Eggly Jacques-Simon (L, GE):
Est-ce que nous aimons le G8 ou est-ce que nous ne l'aimons pas? "That is not the question." Vous avez et nous avons bien le droit d'avoir des opinions sur ces réunions. Nous pouvons dire bien sûr qu'il est essentiel que ces chefs d'Etat des huit puissances industrielles les plus importantes se réunissent, notamment pour parler des relations avec des pays moins importants militairement et économiquement, et pour parler de la manière dont l'équilibre mondial pourrait être mieux garanti, développé. Ou bien l'on peut dire que ce club des riches n'a rien compris et que finalement, ce n'est pas une réunion démocratique. Mais il y en a d'autres de réunions, qui sont plus équilibrées, comme par exemple à l'OMC.
J'ai de la peine à comprendre une fois pour toutes pourquoi l'on voudrait que, quand les pays en voie de développement se réunissent, ce soit bien, et que, quand les pays du monde les plus importants industriellement et économiquement se réunissent, ce soit mal. Je crois que, dans un cas comme dans l'autre, il y a des possibilités de développement positif et des possibilités de dérapage ou d'incompréhension. On doit en parler! Et qu'on en parle au Parlement! Monsieur Cuche, si, un jour, on avait un grand débat politique et économique sur la mondialisation - on l'a déjà eu, mais il faudrait qu'il soit mieux organisé -, j'en serais ravi. J'adore qu'on parle de ces idées générales. Mais, en l'occurrence, franchement, je ne vois pas pourquoi il faudrait tout mélanger.
Là où je suis d'accord, c'est que nous sommes dans un contexte un peu spécial, celui de la crise irakienne. Mais ça, c'est une autre affaire! Il est évident que si la guerre était déclarée à l'Irak et menée contre ce pays, et cela en plus sans l'aval des Nations Unies, on pourrait se demander si MM. Bush et Chirac, par exemple, auraient du plaisir et un intérêt à se rencontrer à Evian, fin mai début juin, s'ils en avaient la possibilité. On peut en douter. Il n'est pas encore certain que ce sommet aura lieu, à cause en effet de la crise irakienne.
La question du G8 étant posée, et sans doute est-ce une circonstance exceptionnelle, c'est une tâche normale de la Suisse que d'être disponible pour prendre sa part de responsabilité et pour coopérer vu le caractère exceptionnel de l'événement. C'est une vocation naturelle de la Suisse. D'ailleurs, Evian, ça ne vous rappelle rien? Bien sûr, c'était autre chose! Mais, au début des années soixante, la Suisse a offert sa disponibilité pour la rencontre décisive entre les Algériens qui étaient pour l'indépendance et le gouvernement français. On a même eu une lettre du général de Gaulle qui remerciait le Conseil fédéral pour sa disponibilité.
Il avait fallu prendre des risques, protéger la délégation du FLN, faciliter son transport à travers le lac. Le lac, mon Dieu! on ne se posait pas la question de savoir si le lac était français ou s'il était suisse. Le lac, il était un lac diplomatique en l'occurrence. Et la Suisse, en effet, a joué son rôle.
Je crois qu'il faut absolument admettre que la Suisse, indépendamment de ses opinions et de l'opinion de son gouvernement, de son Parlement et de son peuple, a, dans la continuité, une tâche de disponibilité à remplir. Et si, à Evian ou ailleurs, une sorte de sommet des organisations, y compris des organisations non gouvernementales, était organisé, vraiment organisé, bien et démocratiquement organisé, avec certaines garanties de sécurité, la Suisse devrait aussi offrir sa disponibilité.
Alors, finalement, sur quoi est-ce que nous votons? Certains d'entre vous sont en train de faire un débat surréaliste! Car en fait, nous nous prononçons simplement, par rapport, encore une fois, à un devoir naturel mais impérieux de la Suisse, sur la possibilité, pour le Conseil fédéral, durant |
AB 2003 N 314 / BO 2003 N 314
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quelques jours, de mettre des troupes à disposition, en appui de la police, selon des principes et une pratique que nous connaissons bien et que nous avons déjà expérimentés. En appui, et non pas au front en première ligne: nous permettons au Conseil fédéral de faire cela. Nous l'avons fait à propos de protection d'ambassades ou de biens menacés; nous le faisons à propos d'une conférence dont il faut aider à assurer la tenue.
La question des frais a été négociée entre la France et la Suisse, et réglée, je crois, à satisfaction.
Nous sommes aussi dans un exercice qui demande une bonne coopération entre la Confédération et les trois cantons concernés. C'est donc un bon exercice.
Je crois qu'il faut dépolitiser la démarche. Ce n'est pas parce que certains d'entre vous n'aiment pas le G8, ce qui s'y fait ou ce qui s'y dit, ou ceux qui y vont, qu'ils doivent tout d'un coup dire: "On ne veut pas de ça"; ou bien: "On ne veut ça qu'à la condition que ....", par exemple, comme le disait Mme Teuscher, ".... il y ait une journée" - j'allais dire "contre" - "sur la mondialisation dans les écoles". Pourquoi ne pas inviter l'économie suisse dans des débats contradictoires aussi, pour expliquer, par exemple, les bienfaits de la mondialisation? Cela devient vraiment n'importe quoi! Il s'agit seulement et simplement, encore une fois, de mettre l'armée à disposition, en appui, pour une collaboration sur le plan de la sécurité que la Suisse doit assumer. C'est dans sa tradition, dans sa vocation, et c'est conforme à son devoir.
C'est la raison pour laquelle je vous demande, au nom du groupe libéral, non seulement d'entrer en matière, mais de rejeter ensuite toutes ces propositions franchement plus ou moins surréalistes ou farfelues - on ne peut pas dire les choses autrement! - et finalement, d'en revenir à des choses simples.
Il s'agit d'une demande simple, donnons une réponse claire et simple. Il ferait vraiment beau voir - et je vous assure qu'on aurait le choc en retour - que la Suisse soudain dise: "Nous ne voulons pas de ça. Allez ailleurs, nous ne collaborons pas." Mais ce serait une catastrophe, une catastrophe politique, alors que d'assumer simplement ce qu'il y a à assumer, c'est tout naturel.
Evidemment, ça nous met dans l'embarras. Cela met le Conseil fédéral un peu dans l'embarras pour des raisons pratiques. Cela met naturellement aussi les cantons dans l'embarras. Cela met probablement les manifestants dans l'embarras. Comme M. Beck l'a dit en posant sa question, ces chefs d'Etat, eux, on peut en penser ce qu'on veut, mais ils ont été élus démocratiquement; et il faudrait que les manifestants, qui ont le droit de manifester, réussissent à garantir qu'on restera dans l'esprit de la démocratie et qu'ils feront tout pour qu'il n'y ait pas des casseurs qui les débordent. Il y a une responsabilité des manifestants quand ils organisent des manifestations.
Je vous invite donc à adopter le projet du Conseil fédéral.