Huguenin Marianne (-, VD):
Au nom d'"A gauche toute!", j'interviens pour soutenir le principe de l'autorisation du diagnostic préimplantatoire (DPI) et donc la transmission au Conseil fédéral de cette proposition sous forme de motion.
En politique, les sujets parfois les plus intéressants sont les sujets complexes et ils seront de plus en plus nombreux, en particulier dans les domaines touchant aux sciences de la vie; sujets qui font parfois éclater les clivages gauche/droite ou les clivages progressistes/réactionnaires. Il est clair que la problématique de l'autorisation du DPI est de ceux-là.
Permettez-moi d'intervenir de façon ciblée sur les points débattus par des adversaires du DPI dont nous sommes en règle générale proches - la majorité du PS, la majorité des Verts, ceux issus des milieux de l'Appel de Bâle et de l'Association de parents de personnes mentalement handicapées (Insieme), association qui par ailleurs fait sur le terrain un remarquable travail de soutien des parents. Mais je ne peux soutenir les affirmations générales et finalement théoriques de celles et ceux qui, au fond, en reviennent à nier la souffrance des personnes concernées et confondent surtout choix individuel et choix de société.
Actuellement, les couples porteurs de maladies héréditaires graves doivent se rendre à l'étranger: Belgique, Espagne, Angleterre. Le DPI permet au stade dit "morula", soit environ trois jours après la fécondation, au moment où il y a 8 à 16 cellules, de poser un diagnostic précoce pour certaines maladies génétiquement transmissibles et évite ainsi d'implanter un embryon malade.
Insieme, ramenant l'ensemble de la problématique du DPI au handicap mental, voire à la trisomie, nous dit que "le handicap n'est pas une maladie". C'est oublier, simplement, de quoi nous parlons vraiment ici. Nous parlons de maladies comme la mucoviscidose (altération des sécrétions muqueuses du corps, dont l'évolution est marquée par de multiples complications et hospitalisations et souvent par un décès précoce), la myopathie de Duchenne (aboutissant à l'invalidité et à un décès précoce également), la chorée de Huntington (maladie neurologique dégénérative d'évolution tragique et difficilement soutenable pour les proches). Toutes ces maladies ont en commun d'être transmises génétiquement, soit de façon liée au sexe, soit de façon dominante (avec un risque sur deux d'être atteint), soit de façon récessive (avec un risque sur quatre).
Les familles qui pourraient bénéficier de cette procédure du DPI ont pratiquement toutes eu des proches malades dont |
AB 2005 N 919 / BO 2005 N 919
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elles ont vu l'évolution et les souffrances. Une mère peut être elle-même atteinte, par exemple de mucoviscidose, et désire éviter de faire subir cela à son enfant. Ces femmes ont souvent déjà eu aussi un enfant malade et fait des fausses couches à répétition avant qu'un diagnostic ne soit posé. Elles choisissent donc, en toute connaissance de cause, d'avoir recours à une fécondation in vitro, démarche qui implique aussi, il n'est pas inutile de le rappeler, une intervention chirurgicale pour prélever des ovocytes et pratiquer ensuite un DPI. Il ne s'agit donc aucunement de décision prise à la légère par une femme ou par un couple.
Il me semble parfaitement inadéquat de parler, dans ces situations, comme le font l'Appel de Bâle ou certains intervenants précédents, de simples interactions techniques en laboratoire entre un chercheur eugéniste et un embryon que l'on sélectionne. Pour en arriver là, pour que la femme, le couple demandent l'aide des biologistes, il a fallu des souffrances à répétition, une longue réflexion, une implication émotionnelle importante et, finalement, un choix, forcément douloureux. Vouloir imposer à cette femme de revivre une grossesse, l'attente, les risques de fausse couche, et, finalement, de se trouver ou se retrouver confrontée à une décision d'interruption de grossesse, excusez-moi, mais, comme les milieux religieux opposés à toute interruption volontaire de grossesse (IVG) avec lesquels vous vous trouvez, c'est faire peu de cas de l'humain et privilégier les idéologies. C'est ajouter de la souffrance à la souffrance, comme par exemple chez cette femme, dont le mari est atteint d'une de ces maladies dégénératives avec un risque sur deux d'avoir un enfant malade, qui, après cinq IVG (cinq parce que cinq fois de suite le destin a choisi pile plutôt que face), ne supporte plus cette situation et doit partir à Londres ou à Bruxelles pour effectuer à ses frais une fécondation in vitro et transfert d'embryon et un DPI.
Si l'on admet la logique des opposants au DPI, nous devrions interdire tous les tests de diagnostic prénatal pratiqués depuis des dizaines d'années, comme ce qu'on appelle le "triple test", l'échographie à 12 semaines, toute amniocentèse et, finalement, nous devrions aussi interdire toute IVG. Car si on juge l'IVG mauvaise, non éthique, dans la perspective d'éviter la venue d'un enfant après avoir diagnostiqué un grave handicap, elle ne peut non plus être acceptable pour des raisons forcément moins graves.
Nous sommes là au coeur d'un débat éthique complexe, dans un domaine, celui de la reproduction, de la gestation, de la naissance, qui a connu ces dernières décennies des changements fondamentaux. Je comprends les vertiges éthiques et les doutes que ces nouvelles techniques font naître. Je comprends aussi ce que j'appellerai le "vertige de la pente savonneuse", l'impression que si l'on commence à donner le petit doigt, on va glisser sans limites vers de nouveaux problèmes éthiques, de nouvelles limites à définir. Mais je crois profondément que la complexité du monde actuel ne nous permet pas de court-circuiter ces doutes et ces questionnements. On les rencontre dans les débats sur l'IVG, sur la procréation médicalement assistée, sur les cellules souches et même sur le PACS, sur la drogue, par exemple.
La seule voie, étroite, me paraît d'avancer pas à pas dans cette complexité et ce questionnement, en répondant aux questions, une à une. Elle me paraît être celle qui part de l'humain et qui laisse aux personnes concernées une liberté de choix dans leur vie telle qu'elle est, plutôt que de s'en référer aux idéologies abstraites.
Dans ce sens, au nom d'"A gauche toute!", je vous invite à transmettre le contenu de l'initiative au Conseil fédéral dans une motion.