Ruey Claude (RL, VD):
Mise à jour attendue, adaptation nécessaire à l'évolution, modernité, voilà comment on pourrait peut-être qualifier cette loi. Rappelons que la loi en vigueur date de 1877 et qu'elle n'a été que très partiellement adaptée en 1999. Elle a bien sûr résisté au temps, mais cela au prix de multiples adaptations par voie d'ordonnances - 37 au total -, si bien qu'il est temps aujourd'hui de refondre le tout dans un texte simple, cohérent. Qui plus est, la loi actuelle a également besoin d'être refondue dès lors qu'elle ne répond plus du tout aux exigences scientifiques du moment ni même aux besoins actuels, en particulier en ce qui concerne la formation, on l'a déjà dit.
La nouvelle loi fédérale sur les professions médicales universitaires qui nous est proposée permet de s'adapter aux exigences actuelles au niveau de la formation, de la reconnaissance mutuelle des diplômes et de l'autorisation de pratiquer. Elle développe aussi, on l'a déjà dit, je crois, un chapitre sur les devoirs professionnels et déontologiques. Elle inclut la chiropratique, ce qui est nouveau.
La nouvelle loi réglementera les grandes lignes de la formation prégraduée, postgraduée et continue de cinq formations médicales, tout en harmonisant les conditions régissant l'accès à la pratique indépendante de la profession, ainsi que la surveillance exercée par les autorités cantonales. C'est un chapitre qui n'est pas négligeable: vous savez qu'il est très important dans le contexte de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne. Le projet de loi donne la liberté de rendre les formations médicales compatibles avec les nouvelles exigences européennes dites de Bologne, ce qui est une nécessité pour permettre aux personnes souhaitant exercer ces professions de se déplacer le plus librement possible en Europe pour achever ou parachever leur formation, par exemple.
J'ajoute que la loi prévoit un processus modulaire en fonction de l'orientation future de l'étudiant. La fin des études devrait être sanctionnée par un diplôme fédéral; de même, la formation postgraduée sera un élément indispensable pour obtenir l'autorisation de pratiquer à titre indépendant en médecine, en chiropratique et en pharmacie pour l'exercice à charge des assurances sociales.
La gestion de la formation, les rapporteurs l'ont dit, est coordonnée par la Commission fédérale des professions médicales, commission comportant des représentants de la Confédération, des cantons, de la Conférence universitaire suisse (CUS) et de toutes les professions, en collaboration avec les facultés et l'Office fédéral de la santé publique, au niveau universitaire. Les organisations professionnelles à l'échelon national prennent le relais au niveau de la formation postgrade et continue.
Ce projet de loi a le soutien du groupe radical-libéral, car il met surtout l'accent sur le maintien de la promotion d'une couverture médicale de qualité. Il pose un cadre législatif plus clair pour les formations universitaire et postgrade. La loi est fortement orientée vers la pratique professionnelle et ancrée dans une logique de santé publique. En fait, comme le signifiait notre ministre de la santé en commission, cette loi se situe à l'intersection de la politique de la santé et de la politique de la formation.
La qualité de la formation est mieux assurée qu'auparavant et vous savez combien le groupe radical-libéral est attaché - il l'a prouvé à maintes reprises - à promouvoir une formation suisse performante et en pointe en Europe et dans le monde. Ce sera le cas avec la mise en place des dispositifs d'accréditation et d'ECTS, avec une formation postgrade |
AB 2005 N 927 / BO 2005 N 927
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beaucoup mieux structurée et surtout avec une sensibilisation nécessaire aux enjeux économiques, ce qui signifie et suppose une modification de la pratique médicale en l'occurrence. Celle-ci s'est basée jusqu'à présent sur la notion de diagnostic différentiel. Or, avec cette sensibilisation économique exigée par la loi, on appliquera une démarche dorénavant davantage épidémiologique.
La loi met encore l'accent sur les compétences relationnelles et le développement de la personnalité des étudiants. Ces qualités sont importantes, évidemment, et il ne saurait être question de les nier; elles ont trop souvent été passées sous silence. En revanche, il faudrait éviter le mouvement de balancier, car, hormis les dispositions contenues dans l'article du projet de loi, il n'est fait que peu référence aux compétences scientifiques et technologiques. Il est vrai que ces deux aspects ont été par le passé fort favorisés par rapport aux compétences psychologiques de la personne en formation. Il n'en reste pas moins - et il faut le souligner - que le moteur même du progrès médical réside aussi et surtout dans ces deux facteurs et qu'il ne faut pas l'oublier, même si la loi ne l'indique pas spécifiquement. Ces facteurs ne sauraient être remplacés par les simples connaissances de base et par les compétences psychologiques plus développées - encore une fois - nécessaires. Le professeur Charles Bader, président de la Commission interfacultés médicale suisse, dans une lettre parue dans le Bulletin des médecins suisses (no 34/2004, 18 août 2004), souhaitait d'ailleurs que le projet de loi "favorise le développement de l'esprit critique, les capacités de synthèse et de démarche scientifique en général" - et ceci il s'agit de ne pas l'oublier.
Vous l'aurez compris, cette loi va dans le bon sens. Le groupe radical-libéral souscrit à ses objectifs moyennant quelques adaptations que l'on verra dans le cours du débat. La commission a d'ailleurs déjà procédé à quelques adaptations au cours de son analyse du projet. Elle a souhaité, avec raison, simplifier les structures ou plutôt la gestion du système qui, au départ, nous paraissait très complexe. Désormais, pour des raisons de qualité, de cohérence surtout et de sécurité juridique, il a été instauré le fait que, pour chaque profession médicale, une seule organisation était responsable de toutes les filières de formation postgrade prévues. En effet, comme nous aurons l'occasion d'en reparler au cours de la discussion par article, des procédures et des instances uniformes permettent de garantir une formation postgraduée de qualité.
Nos réserves apparaîtront notamment par rapport aux droits des cantons. J'ai été assez étonné d'entendre Madame Humbel Näf venir nous expliquer que les cantons n'existent plus! Je la caricature - je veux bien -, mais nous aurons l'occasion d'y revenir à propos de la proposition de minorité à l'article 2 alinéa 3.
Nos réserves se manifestent aussi sous forme de propositions d'amélioration concernant les devoirs professionnels. Nous y reviendrons au cours du débat.
Mais pour l'heure, comme je l'ai dit d'entrée de cause, cette mise à jour de la loi était attendue; elle était nécessaire. Elle tient compte de l'évolution dans un domaine très complexe et elle nous paraît être propre à affronter la modernité des temps.