John-Calame Francine (G, NE):
Depuis toujours, la Suisse a eu un comportement ambigu en ce qui concerne la vente de matériel de guerre dont elle n'a plus l'utilité. Les dispositions légales étant faites pour être interprétées, la Confédération ne s'est jamais gênée pour adopter la lecture la moins contraignante pour concrétiser quelques bonnes affaires en vendant du matériel de guerre obsolète ou dont notre armée n'avait plus besoin suite à ses réformes. Pourtant, depuis quelque temps, les exportations douteuses augmentent. Ce phénomène est dû à la mise en oeuvre du projet "Armée XXI", qui demande un certain redimensionnement de l'armée et qui redéfinit ses nouvelles missions.
Le groupe des Verts pense qu'il est extrêmement difficile de concilier les affaires économiques et le commerce du matériel militaire avec des valeurs telles que le respect des droits de l'homme et avec le soutien aux efforts de paix que notre pays déploie au sein de l'ONU, notamment en étant un des membres fondateurs du tout nouveau Conseil des droits de l'homme.
La motion de la commission a été déposée au mois d'octobre 2005. Elle demande au Conseil fédéral de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d'annuler la vente et le courtage des chars M113 vers l'Irak et le Pakistan. Cette motion fait suite à différentes interventions de Monsieur Lang qui s'indignait de la légèreté avec laquelle la Confédération traitait des dossiers aussi sensibles.
Le 14 septembre 2005, le Conseil fédéral a répondu à la question Lang 05.1071 déposée le 13 juin 2005, en disant qu'il avait la compétence pour octroyer une autorisation d'exportation vers l'Irak et une autorisation de courtage vers le Pakistan concernant des véhicules blindés de type M113. Ce n'est qu'après une pression parlementaire et médiatique que le Conseil fédéral a annulé ses contrats à contrecoeur. Malheureusement, à la suite de ces cas, il y en a eu d'autres, notamment la vente de 40 obusiers blindés aux Emirats arabes unis (E.A.U.), où le destinataire final de la transaction était le Maroc.
Avant-hier mardi, nous recevions ici-même une délégation du Parlement sahraoui, qui est venue nous expliquer comment le Maroc maltraitait la population sahraouie et bafouait ses droits dans les territoires occupés du Sahara-Occidental. Pourtant, faisant fi de tous les principes de base qui sous-tendent notre politique extérieure en termes de maintien de la paix et de défense des droits humains, la Confédération a trouvé des excuses pour justifier son attitude et a prétendu qu'elle ne pouvait pas savoir que les E.A.U. utiliseraient ce matériel au Maroc à des fins d'entraînement. Saisissez la nuance: les E.A.U. n'ont pas revendu ce matériel, car ceci leur était interdit par le contrat de vente signé avec la Suisse; mais ils le stationnent sur le territoire marocain.
C'est bien cette attitude-là du "tout-à-l'économie" qui motive aujourd'hui notre proposition de rejeter la motion de la CPE-CN, car les différentes affaires que j'ai citées sont un scandale pour un pays qui veut donner des leçons à tout vent sur le maintien de la paix et le respect des droits humains.
Le matériel militaire a toujours été un marché important, comportant de nombreuses zones d'ombre et faisant la part belle au marché noir et illicite. Il est donc illusoire de vouloir réglementer le sort du matériel de guerre que l'on vend, car même si celui-ci est détourné de son but initial, la Confédération n'a aucun pouvoir pour faire respecter les clauses du contrat au pays acquéreur. Afin d'éviter tout détournement, la seule solution sûre à cent pour cent pour se défaire du matériel militaire dont notre armée n'a plus besoin est sa destruction, et en aucun cas sa vente.
Pour mettre fin à ces pratiques dont personne ne maîtrise les conséquences, et afin que la Confédération respecte les critères minimaux exigés en matière de politique de paix et de stabilité, de coopération au développement et de respect des droits humains, le groupe des Verts vous demande de rejeter cette motion, car l'avis du Conseil fédéral n'est pas satisfaisant et ne nous garantit pas une pratique exempte de tout risque en matière d'exportation de matériel militaire.