Beck Serge (RL, VD):
Je vous invite à soutenir ma motion d'ordre qui vise à renvoyer le débat sur l'objet concernant la prorogation du délai de traitement ou le classement de différentes interventions et propositions des députés.
C'est une démarche de principe. Il s'agit de la crédibilité de notre Parlement. Nous avons voulu, et j'ai été rapporteur lors des débats sur la loi sur le Parlement, supprimer le système dit système guillotine, c'est-à-dire le classement automatique de toutes les interventions et propositions des députés après deux ans si les chambres - et en particulier notre conseil - n'avaient pas eu le temps de traiter ces propositions. Je crois qu'il s'agit de savoir si nous voulons fonctionner correctement, fonctionner dans le cadre d'une institution démocratique et qui permet aux membres de cette assemblée de déposer des propositions, de les voir débattues, le cas échéant refusées dans le cadre d'une confrontation des idées.
Certes, il y a trop d'interventions déposées - il y en a environ 1400 qui sont à traiter actuellement par le Parlement. Certes, beaucoup d'interventions doivent être classées. Mais, au sens de la loi sur le Parlement, le Bureau doit justifier sa proposition, même brièvement, par exemple en disant simplement que l'on considère avoir traité l'objet dans le cadre d'un nouveau message, ou que l'évolution de la problématique rend l'intervention caduque. Or pour moi, la croix dans une colonne "Proroger le délai" ou dans une colonne "Classement", ce n'est pas une justification de la part du Bureau. Cela signifie que nous n'appliquons pas la loi que nous avons nous-mêmes votée dans cette enceinte.
Certes, notre Parlement fonctionne mal et nous devons l'assainir. Mais nous ne pouvons pas le faire par des décisions à l'emporte-pièce telles que celles que prend de plus en plus souvent le Bureau, comme la limitation du développement des propositions des députés et d'autres mesures qui sont beaucoup trop basées sur la simple pendule plutôt que sur des éléments objectifs de décision.
J'aimerais encore vous rappeler que par exemple, parmi d'autres dispositions légales ou réglementaires qui restent lettre morte, nous n'appliquons pas l'article 28 du règlement de notre conseil qui prévoit qu'à chaque session, au moins deux demi-journées des deuxième et troisième semaines de session sont consacrées au traitement des interventions des députés.
Je crois que nous avons là une multitude d'indices qui démontrent qu'il est urgent que nous prenions le temps de nous pencher, tant au niveau du Bureau, de celui de la Commission des institutions politiques - dont je suis membre et que je saisirai prochainement de cette question - qu'à celui du conseil, sur les difficultés de fonctionnement auxquelles nous sommes confrontés. Mais nous devons le faire dans le cadre d'une réflexion approfondie et étayée et d'un débat serein et démocratique qui, finalement, ne reporte pas, à cause de décisions du Bureau taillées à la hache, des essais pour faire mieux fonctionner l'institution essentielle de notre démocratie qu'est le Parlement.
Je vous invite à soutenir ma motion d'ordre et à mener une réflexion plus fondamentale sur cette question.
Mais, en tout état de cause, pour la crédibilité de notre Parlement, qui vote chaque jour de session des lois que les tribunaux se chargeront de faire appliquer jusqu'à la moindre virgule, nous devons appliquer à nous-mêmes les lois que nous avons mises en place pour notre propre fonctionnement. C'est la raison pour laquelle, si nous voulons parler de prorogation ou de classement de nos interventions, il s'agit de le faire sur des bases objectives et avec une justification minimale de la part du Bureau.