Menétrey-Savary Anne-Catherine (G, VD):
L'énergie nucléaire est une énergie chère, beaucoup plus chère que ce qu'on paie, surtout si l'on tient compte des dommages qu'une centrale pourrait causer. Selon une étude de l'Office fédéral de la protection civile réalisée en 1995 - les chiffres devraient être adaptés -, le coût d'un accident majeur est estimé à 4000 milliards de dollars. Une attaque terroriste contre une centrale entraînerait des frais faramineux, mais des accidents moins graves, tels qu'une fuite de matière radioactive, pourraient nécessiter l'évacuation d'un village ou de toute une région. Cela représenterait des coûts qui pourraient atteindre rapidement 25 milliards de francs.
Il en va de même des déchets. Ils seront radioactifs, donc dangereux, pendant 100 000 ou 200 000 ans. Ce sont des dimensions qui dépassent notre entendement. Comment évaluer ce que coûterait un problème tel que la contamination des eaux ou tout autre désastre dans des milliers d'années? C'est un ordre de grandeur auquel les assurances responsabilité civile ne veulent même pas songer. |
AB 2007 N 44 / BO 2007 N 44
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Le Conseil fédéral, lui, travaille à la révision de la loi sur la responsabilité civile en matière nucléaire et il se prépare à frapper un grand coup en augmentant la couverture d'assurance de 1 à 2,25 milliards de francs, soit 1 milliard couvert par les assurances privées et 1,25 milliard à la charge des pouvoirs publics, selon les conventions de Paris et de Bruxelles sur la responsabilité civile dans le domaine de l'énergie nucléaire. Il prétend qu'ainsi les victimes potentielles seront plus en sécurité. En réalité, elles seraient aussi peu en sécurité que les victimes d'un accident de la circulation causé par un automobiliste qui aurait une responsabilité civile de 560 francs au lieu de 1 million. Avec de telles propositions, les exploitants de centrales et les pouvoirs publics ne couvriraient que 70 centimes par 1000 francs de dégâts. Parler ainsi de la protection des victimes potentielles ressemble à du cynisme.
L'initiative parlementaire Bäumle propose de faire un saut gigantesque puisqu'elle demande une couverture en responsabilité civile de 500 milliards de francs. Evidemment, cette somme paraît énorme, même irréaliste, et pourtant! Selon les estimations de Monsieur Bäumle, elle n'augmenterait le coût de l'électricité que dans une proportion acceptable. Sous réserve de ses aspects utopistes, elle serait donc applicable. Elle est non seulement supportable en termes de hausse des prix, mais aussi réaliste par la distinction qu'elle opère entre les anciennes et les éventuelles nouvelles centrales. Son avantage est d'englober aussi la responsabilité civile en matière de déchets. Cela, c'est très important parce que le Conseil fédéral en fait porter la charge exclusivement sur les pouvoirs publics.
J'ajoute qu'aux yeux de la minorité, ce qui est irréaliste, ce n'est pas cette somme de la responsabilité civile, ce n'est pas le montant de l'assurance, mais c'est le fait que nous produisons des déchets qui feront problèmes dans des centaines de milliers d'années.
Il faut bien voir que la crainte exprimée par les adversaires de l'initiative parlementaire est révélatrice du privilège dont a bénéficié jusqu'ici l'énergie nucléaire. Dans un marché de l'électricité qui se voudrait ouvert et libéralisé, il serait tout de même logique que la vérité des prix soit rétablie et que les distorsions de la concurrence en faveur du nucléaire soient pour le moins supprimées. Le subventionnement indirect dont a bénéficié le nucléaire pouvait se comprendre au début, sinon l'électricité produite aurait été vendue à un prix prohibitif, mais aujourd'hui il prétérite les nouvelles énergies renouvelables et cela n'est plus acceptable.
Reste encore un point de procédure à aborder. On peut en effet se demander s'il est judicieux de présenter une initiative parlementaire alors qu'une loi est en préparation. Sur ce point l'administration nous a donné en commission des informations selon lesquelles la loi n'est pas encore prête à être discutée. L'initiative parlementaire Bäumle pourrait de toute manière être traitée en parallèle avec la loi, comme cela s'est fait pour la loi sur l'approvisionnement en électricité en parallèle avec l'initiative parlementaire Speck.
La minorité de la commission vous demande donc de donner suite à cette initiative parlementaire.