Ruey Claude (RL, VD):
Je dois avouer qu'on aurait pu se passer de ce débat. Nous l'avons déjà fait deux fois, et par deux fois nous avons rejeté la légalisation du cannabis.
Personnellement, je serais assez heureux qu'on puisse sortir du romantisme, d'une part, et des vieilles querelles, d'autre part. Dans ce domaine, il ne faut en effet ni diaboliser, ni banaliser. Et, hélas, on reste dans l'idéalisme romantique des années Katmandou, des années 1960 et du temps des hippies, où effectivement consommer un joint paraissait être un idéal qu'on a aussi célébré à Woodstock. Je crois |
AB 2007 N 1804 / BO 2007 N 1804
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qu'il faut en sortir. D'un autre côté, il n'y a pas de société sans drogue, nous devons aussi pouvoir l'accepter sans diaboliser. Nous n'arriverons jamais à éradiquer totalement la drogue, donc il faut savoir que c'est un combat incessant, un combat jamais fini et, encore une fois, cette situation devrait nous inciter à sortir des querelles - ce que les initiants ne veulent pas comprendre en restant accrochés à une conception dépassée.
Il y a tout de même quelques principes que j'aimerais rappeler. Premièrement, s'accommoder du mal ne l'a jamais transformé en bien. Deuxièmement, banaliser l'usage des drogues ne les a jamais rendues inoffensives. Troisièmement, il n'y a pas de drogues innocentes. Quatrièmement et peut-être surtout, les jeunes ont besoin de repères.
Ce sont ces convictions qui me conduisent à m'opposer résolument à l'initiative pour la libéralisation de la consommation du chanvre. Qui plus est, en donnant ce signal et en dépénalisant la consommation de cannabis, on renonce à proclamer que le but premier de toute politique de la drogue devrait et doit être de viser l'abstinence. Ce n'est pas parce que le but est un idéal qu'il faut renoncer à cet idéal. Bien sûr, on m'a déjà répondu que l'initiative tient compte de la protection de la jeunesse, et on nous dit parfois que l'interdit social pour les jeunes doit remplacer l'interdit légal. Mais, excusez-moi, entre interdit social et interdit légal, à part les sociologues, qui y comprend quelque chose? En tous cas pour un jeune, c'est totalement opaque.
Bien sûr, je l'ai dit, il ne faut pas diaboliser: la consommation unique ou occasionnelle ne doit pas être stigmatisée inutilement. Mais ce n'est pas le cas aujourd'hui: ce n'est pas un crime! Je sais qu'en allemand, on parle d'"Entkriminalisierung". En fait, ce n'est pas un crime, c'est une contravention - comme un dépassement de vitesse d'ailleurs - pour laquelle le juge a par ailleurs la faculté d'exempter le consommateur de toute peine. En revanche, dépénaliser, libéraliser est un signal tout à fait contre-productif pour notre jeunesse qui y verra clairement un signe de banalisation, voire d'encouragement inadmissible. Je l'ai vécu concrètement avec des adolescents.
Les initiants disent bien qu'ils veulent qu'on fasse de la prévention, mais comment rendre un message de prévention crédible si, en même temps, on ouvre les vannes de la consommation? Pour les plus âgés, dit-on. Comment prendre au sérieux le danger que comporte la prise régulière de stupéfiants si, dans le même mouvement, on diffuse un message contradictoire? Les initiants ne font certainement pas preuve d'hypocrisie consciente, mais, à mon avis, il y a une forme de tromperie à l'égard de nos jeunes. Je le répète, l'éthique commande de leur fournir des repères clairs sur lesquels se fonder plutôt que de céder à ce que je qualifierai de forme de non-assistance à personne en danger.
Alors, me dit-on, la vision des antiprohibitionnistes - dont je fais partie - empêcherait, si on avait libéralisé la consommation de cannabis, le marché noir de se développer et on assainirait la situation. Regardons ce qui s'est passé concrètement dans les pays où on a fait des tentatives de ce type. Aux Pays-Bas, la consommation a augmenté, du cannabis à l'héroïne en passant par la cocaïne; je vous renvoie à l'ouvrage de Jean-Philippe Chenaux, "On ne pactise pas avec la drogue", L'Age d'homme, Lausanne 2003, page 28. C'est un fait. En Alaska, où l'on a libéralisé la consommation de cannabis en 1975, il y a eu une telle explosion de la consommation - en 1989, 45 pour cent des élèves de terminale avaient consommé de la marijuana dans les trente jours qui précédaient, soit deux ou trois fois plus que dans le reste des Etats-Unis - que, dès lors, cet Etat est sagement revenu en arrière en tenant compte des faits. La dépénalisation ne marche pas dans les faits.
Au moment où les enseignants se plaignent de plus en plus de voir des élèves apathiques ou somnolents parce qu'ils ont consommé du chanvre, au moment où le taux de THC a augmenté - et cela n'est pas contesté -, au moment où l'on voit que les dangers du cannabis sont plus grands que prévu - la revue "Lancet" parlait des cas psychiatriques liés au problème de la consommation de cannabis -, au moment même où les jeunes du Parlement des jeunes, à une très large majorité, viennent de rejeter cette initiative, ce n'est vraiment pas le moment de renoncer à fixer des limites à nos jeunes, ce n'est vraiment pas le moment de démissionner.
Si bien que, comme la large majorité du groupe radical-libéral, je vous invite à voter non à cette initiative.