Cassis Ignazio (RL, TI), pour la commission:
Le Parlement a adopté, le 24 mars 2000, il y a donc huit ans, dans le cadre de la première révision de la LAMal, un nouvel article 55a. Celui-ci confère au Conseil fédéral la compétence, pour une durée limitée à trois ans au maximum, de faire dépendre de la preuve d'un besoin l'admission de certains fournisseurs de prestations à pratiquer dans le secteur ambulatoire à la charge de l'assurance obligatoire des soins. Les jeunes médecins pouvaient bel et bien ouvrir un cabinet médical, mais les prestations médicales fournies ne pouvaient pas être payées par les caisses-maladie. Les médias ont alors appelé cette décision, de manière un peu imprécise, "moratoire sur l'ouverture de nouveaux cabinets médicaux", ou encore "Ärztestopp".
L'objectif était de prévenir une explosion des coûts de la santé avec l'entrée en vigueur des accords bilatéraux avec l'Union européenne, accords qui auraient permis à tout médecin de l'Union européenne de s'installer en Suisse. La thèse sous-jacente est que le marché de la santé fonctionne à l'envers des marchés habituels: c'est l'offre qui détermine la demande. Comme notre désir de bien-être est illimité, plus de médecins signifie davantage de consultations, donc une augmentation des coûts de la santé et des primes d'assurance-maladie. Chaque nouveau cabinet médical produit en effet un chiffre d'affaires moyen de 500 000 francs, selon les estimations du Département fédéral de l'intérieur. Face à la menace d'un afflux important de médecins venant de pays membres de l'Union européenne, nous avons pris la décision de donner au Conseil fédéral la possibilité de régler l'accès aux caisses-maladie pour tous les professionnels de la santé. Il s'agit donc d'une mesure de planification étatique. Cette mesure devait être provisoire parce que discriminatoire envers les jeunes médecins.
Le Conseil fédéral a fixé les critères d'application dans l'ordonnance du 3 juillet 2002 sur la limitation de l'admission des fournisseurs de prestations à pratiquer à la charge de l'assurance-maladie obligatoire. Les cantons ont alors légiféré de différentes manières: dans certains cantons, il a fallu préparer une véritable loi d'application; dans d'autres, on a promulgué une ordonnance du gouvernement ou encore une directive de la Direction de la santé.
Les discussions sur la suite à donner ont eu lieu lors du débat sur la deuxième révision de la LAMal, et la Conférence de conciliation est parvenue à trouver un accord sur un modèle de suppression partielle de l'obligation de contracter, selon lequel le fait d'être médecin ne devait plus automatiquement permettre de fournir des prestations à la charge des caisses-maladie, donc de la collectivité. Toutefois, à la session d'hiver 2003, notre conseil a rejeté ce projet lors du vote final.
Cette situation, ainsi que l'échéance au 3 juillet 2005 de l'ordonnance sur la limitation de l'admission de fournisseurs de prestations, nous ont obligés, sur proposition du Conseil fédéral, à proroger l'article 55a LAMal pour trois ans encore. Malgré cette prorogation, aucune solution viable n'a été trouvée entre 2005 et 2008. Ni le Conseil des Etats, ni le Conseil fédéral n'ont su présenter à temps une solution qui puisse régler définitivement la question.
Le Conseil des Etats a alors décidé le 6 décembre 2007 de reconduire cette décision pour deux ans et demi, soit jusqu'au 31 décembre 2010, le temps de trouver une meilleure solution. Notre conseil s'y est opposé lors de la |
AB 2008 N 742 / BO 2008 N 742
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session de printemps, le 5 mars dernier. J'y vois la manifestation d'une déception à la suite de l'échec de l'autre chambre dans sa tentative de trouver une solution et le désir d'exprimer du mécontentement à propos de la nouvelle prorogation d'un article de loi discriminatoire et de plus en plus inacceptable.
Le Conseil des Etats a confirmé sa décision il y a quelques jours, soit le 27 mai dernier, par 34 voix contre 4. Ce faisant, il a pris acte de notre souci et il a décidé d'approfondir très vite quatre pistes afin de trouver des solutions qui touchent les réseaux de soins, les médecins de premier recours, les spécialistes et les franchises.
Ce signal donné par l'autre conseil qu'il s'engage à chercher des solutions a incité votre commission à se rallier à la décision du Conseil des Etats et, par 16 voix contre 5 et 3 abstentions, elle vous invite à entrer en matière et à proroger l'article 55a. Cependant, pour continuer à exercer une pression politique sur la Chambre des cantons, votre commission vous invite, à une large majorité, à limiter la durée de validité de cette disposition au 31 décembre 2009, c'est-à-dire à demander au Conseil des Etats de trouver une solution d'ici la fin de l'année prochaine.
Nous sommes persuadés qu'il ne s'agit pas d'une bonne solution, mais de la solution la moins mauvaise. Nous voulons d'une part avoir confiance dans le Conseil des Etats, et d'autre part le risque de ne rien faire et de laisser l'article 55a devenir caduc sans prévoir une solution de remplacement aurait des conséquences intolérables. Cela a été largement exposé par le président de la Confédération et chef du DFI. Un tel scénario aurait des conséquences financières très douloureuses, estimées entre 300 et 400 millions de francs.
Pour cette raison, la majorité de la commission vous invite à soutenir le principe de la prorogation limitée de l'article 55a LAMal, sans y apporter d'autres modifications que les cantons n'auraient pas le temps de mettre en oeuvre.