Baettig Dominique (V, JU), pour la commission:
Dans sa séance du 25 avril 2008, la commission s'est prononcée. Par 11 voix contre 7 et 4 abstentions, elle souhaite ne pas donner suite à l'initiative parlementaire 06.420 Huguenin, "Interdiction de la publicité en faveur du tabac et de la vente aux mineurs".
Je rappelle brièvement le contenu de cette initiative. Celle-ci vise à effectuer des modifications législatives qui permettraient à la Suisse de ratifier la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. Cette convention-cadre vise à l'interdiction globale de la publicité et de la vente de tabac aux mineurs. Elle est entrée en vigueur en février 2005 et déjà un certain nombre d'Etats l'ont ratifiée.
Le Conseil fédéral a approuvé en 2001 le Programme national pour la prévention du tabagisme 2001-2005 et la ratification de cette convention fait partie de ses objectifs. Depuis lors, il a agi avec prudence. La motion Hess Hans 05.3618, "Prévention du tabagisme. Pour une coordination des mesures cantonales", a échoué en 2005, de même que l'initiative parlementaire Grobet 00.432, "Pour l'interdiction de la publicité en faveur du tabac". Mais depuis il y a une évolution rapide des mentalités et de la législation, en ordre dispersé certes, qui va dans le sens de la criminalisation de la consommation de tabac et la mise à l'index des fumeurs - qui sont médicalement stigmatisés, d'une certaine manière, ou mis à l'écart de par des comportements de santé qui sont dangereux pour eux-mêmes et pour autrui.
La présente initiative veut faire avancer les choses et faire adhérer plus vite à la convention-cadre précitée. Les arguments généraux de la majorité de la commission, qui souhaite ne pas y donner suite, sont les suivants: la ratification de la convention-cadre fait déjà partie des objectifs du Conseil fédéral, celui-ci veut aussi inscrire dans la législation des mesures de prévention du tabagisme; un message sera présenté au Parlement et un mandat de négociation a déjà été adopté avec l'Union européenne pour un accord santé. Je ne veux pas entrer dans le détail des arguments de la majorité; il est question de la liberté du commerce, certains estiment aussi que l'impact de l'interdiction de la publicité est limité et qu'il y a des difficultés liées à des restrictions sur le commerce. Le bilan est globalement négatif: les mesures sont peu efficaces. L'interdiction générale de la publicité est problématique par rapport à d'autres produits illégaux comme par exemple le haschich. La publicité n'a pas beaucoup d'impact et le problème est quand même toujours bien réel. Il semblerait aussi que la consommation de tabac chez les jeunes soit en baisse, sans doute est-elle remplacée par d'autres addictions.
De manière générale, certains membres de la commission pensent que résister à la séduction de la publicité est un problème plus lié à l'éducation, à l'exemplarité et à des modèles qu'à des mesures restrictives.
Pour toutes ces raisons, la majorité de la commission vous invite à ne pas donner suite à cette initiative parlementaire.