Meyer-Kaelin Thérèse (CEg, FR):
Par la présente initiative parlementaire, je demande que les mesures législatives nécessaires soient prises de manière à ce que la prévention du suicide, spécialement celui des jeunes, soit intégrée expressément dans la loi fédérale sur la prévention et la promotion de la santé, loi qui est en préparation - le message y relatif n'est pas encore parvenu au Parlement. Il est donc tout à fait légitime de pouvoir déposer une initiative parlementaire actuellement pour "booster" un des aspects qui n'a pas été pris en compte dans la loi en préparation.
Au chiffre 1.1.1, page 9, du rapport explicatif du 25 juin 2008 relatif à la loi précitée, le Conseil fédéral écrit expressément que les maladies cardiovasculaires, le cancer, les accidents et les suicides sont les principales causes de morbidité et de décès. Le suicide est la première cause de mortalité chez les hommes entre 25 et 44 ans et chez les femmes entre 15 et 24 ans, et ce malgré une baisse dès les années 1980. C'est l'Office fédéral de la statistique qui l'écrit dans son rapport intitulé "D'une génération à l'autre: évolution des causes de décès entre 1970 et 2004", publié en 2008. En 2007, notre collègue Hans Widmer relevait aussi que 1794 jeunes de 12 à 25 ans s'étaient ôté la vie, selon une annonce de l'Office fédéral de la justice.
Nous parlons donc ici de la plus grande cause de mortalité des jeunes, avec des conséquences sociales et financières qui peuvent être très graves. De plus, notre pays est un des pays au monde parmi les plus touchés par ce fléau. L'espoir était que le Conseil fédéral inclue expressément cette problématique dans la législation en matière de prévention, destinée justement à prévenir les conséquences graves des maladies physiques ou psychiques, transmissibles et intransmissibles. Or, en choisissant le libellé de l'article 1, qui n'est pas destiné à être modifié après la consultation, le Conseil fédéral, d'une certaine façon, ne permet pas de pratiquer une prévention plus globale de la plus grande cause de mortalité en Suisse. Et c'est dommage, voire incompréhensible, de ne pas mentionner expressément dans la législation en matière de prévention cette cause la plus importante de décès d'une couche de notre population.
L'article 1 limite l'action de la prévention aux maladies physiques et psychiques. C'est l'angle de la maladie qui est choisi pour aborder la prévention, alors que l'Office fédéral de la statistique indique dans son rapport - et Monsieur Baettig l'a dit aussi - que le suicide est influencé par beaucoup de facteurs, psychologiques et sociaux entre autres. Donc cette décision du Conseil fédéral m'a touchée; elle est la raison de |
AB 2009 N 696 / BO 2009 N 696
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mon intervention immédiate après cette prise de conscience.
Au plan international, le Conseil de l'Europe a invité les Etats membres à faire de la prévention du suicide des jeunes une priorité politique aussi. Et nous, dans le pays le plus touché, nous ne saisirions pas l'opportunité d'agir dans la loi sur la prévention et la promotion de la santé en préparation! Cela, j'ai de la peine à le comprendre. L'action de la Confédération pourrait être de soutenir une coordination nationale de la prévention, une bonne information au plan national et des programmes de qualité pour combattre ce fléau. Ce n'est pas la lune qui est demandée, mais une prise de conscience responsable.
Malheureusement, la majorité qui vous demande de ne pas donner suite à cette initiative ressemble un peu à une "unheilige Allianz" qui, d'un côté, ne veut pas du tout aborder cette problématique de cette façon et qui, de l'autre, voit le problème, mais dit que c'est un problème de timing inadéquat. Or, comme je l'ai dit, le message du Conseil fédéral ne nous est pas encore parvenu. Si nous ne donnons pas suite aujourd'hui à cette initiative, nous hypothéquons la possibilité de prendre en compte cette problématique dans la loi sur la prévention. Le signal serait désastreux, ce qui serait très dommage.
Le problème nous crève les yeux. Il faut donner suite à cette initiative parlementaire pour avoir une chance de faire face de façon efficace à ce problème douloureux et réel qui s'affiche comme un triste record dans notre pays. Alors, s'il vous plaît, suivre la minorité, c'est donner suite à cette initiative. Nous en sommes au stade de l'examen préalable, nous aurons tout loisir de continuer les travaux lorsque le message du Conseil fédéral, qui n'aborde actuellement toujours pas cette problématique, nous sera soumis.
S'il vous plaît, soutenez la minorité.