Perrinjaquet Sylvie (RL, NE), pour la commission:
La question qui s'est posée à la commission et qui se pose aujourd'hui à vous est la suivante: y a-t-il une nécessité de légiférer en matière d'engagements de l'armée suisse à l'étranger? Si la réponse devait être oui, nous devrions donner suite à l'initiative parlementaire du groupe UDC qui demande ni plus ni moins que l'abrogation de l'article 1 alinéa 4 de la loi sur l'armée et l'administration militaire |
AB 2009 N 1572 / BO 2009 N 1572
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(LAAM): "Elle - l'armée - contribue à la promotion de la paix sur le plan international."
Cette disposition est entrée en vigueur au 1er janvier 2004. La commission s'est tout naturellement penchée sur les bases légales régissant l'engagement de l'armée à l'étranger et a constaté que la LAAM établissait une distinction entre:
1. le service de promotion de la paix qui a été approuvé par le vote du peuple le 10 juin 2001 sur la modification de la LAAM permettant d'armer des troupes pour des engagements pour la promotion de la paix et qui est régi par l'article 66 de la LAAM; et
2. le service d'appui à l'étranger pour soutenir une aide humanitaire, pour assurer la protection de personnes ou d'objets particulièrement dignes de protection à l'étranger. Là il s'agit de l'article 69 de la LAAM. Cette disposition a aussi été sanctionnée par la votation populaire dans le cadre d'Armée XXI le 18 mai 2003.
La mise en oeuvre de cette législation repose sur la révision de l'ordonnance sur l'organisation de l'armée adoptée entre juin et septembre 2007 par nos deux chambres, après diverses adaptations demandées entre autres par la Commission de la politique de sécurité du Conseil national. Elle prévoit de fournir, dès 2010, 500 militaires pour les missions de maintien de la paix, ceci afin d'atteindre les objectifs que s'est fixés la Confédération en matière de promotion de la paix. Il est important également de rappeler ici que le service de promotion de la paix ne s'effectue que sur une base volontaire et par des personnes spécialement formées.
Le service d'appui à l'étranger est également volontaire. Il peut être déclaré obligatoire, mais uniquement pour soutenir l'aide humanitaire dans les régions frontalières, avec des probabilités très marginales. Les bases légales sont donc limpides et ont été validées deux fois par le souverain.
Les discussions en commission pour l'entrée en matière ont permis à sa majorité de dégager les arguments suivants:
- tout d'abord, l'engagement de l'armée à l'étranger est légitimé par le soutien en votation populaire;
- ensuite, il constitue un acte de solidarité internationale et est perçu comme tel à l'étranger;
- il permet également une action positive de paix et offre une reconnaissance internationale à notre pays pour son engagement en faveur de la paix dans le monde;
- il perpétue la tradition humanitaire de notre pays par le biais d'une action de paix;
- les contingents engagés sont relativement modestes;
- les expériences que font nos militaires à l'étranger sont utiles à notre armée;
- last but not least, notre neutralité n'est pas mise à mal.
Une minorité de la commission, composée de six parlementaires UDC et d'un Vert, ne partage pas ces avis. Cette minorité émet des doutes sur l'approbation populaire et estime que ces votations peuvent tout à fait être rediscutées. Cette minorité estime que la Suisse n'a rien à attendre de ces opérations à l'étranger en termes de reconnaissance internationale. Elle considère que ces opérations menées sous l'égide de l'ONU et dépendant de décisions du Conseil de sécurité de l'ONU nous relèguent, en fin de compte, au rang d'outil aux mains des grandes puissances. Selon cette même minorité, pour honorer notre tradition humanitaire, nous devons nous limiter à des engagements civils. Enfin, elle affirme que notre neutralité est violée.
L'élément fondamental de la réflexion a été celui de la neutralité, que chacune et chacun veut bien entendu préserver et dont la suprématie sur les autres considérations n'est pas remise en question. Sur ce point, les membres de la commission s'accordent pleinement. Or, il ne s'agit pas ici de se prononcer sur la violation ou non de la neutralité lors d'une opération, mais de se prononcer sur un article de loi qui permet ou empêche l'envoi de militaires à l'étranger par principe. Nous devons donc faire abstraction, par exemple, du cas qui nous occupe parallèlement, ou en tout cas qui nous a occupés, à savoir Atalanta.
Il a été relevé en commission que le fait d'apprécier s'il y a une éventuelle entorse à notre neutralité doit se faire pour chaque cas. Autrement dit, le Conseil fédéral a pour obligation de s'interroger à chaque fois qu'une opération est envisagée pour savoir si la neutralité est touchée.
Comparaison n'est pas raison, mais il a tout de même été relevé que l'engagement de pays tels que l'Autriche avec 1240 militaires, la Finlande avec 750 militaires ou la Suède avec 800 militaires était proportionnellement plus important que le nôtre. Un renoncement total à l'engagement de l'armée suisse serait tout à fait incompréhensible pour ces Etats partenaires et ne ferait qu'ajouter à l'isolement de la Suisse.
En conclusion, si la tâche de l'armée est effectivement la défense nationale, la majorité de la commission estime cependant que celle-ci ne s'arrête pas à nos frontières géographiques, le Liechtenstein ou d'autres pays voisins ne représentant pas une menace. Un engagement en faveur de la sécurité internationale ne peut avoir qu'une influence positive sur notre propre sécurité, tant il est vrai que notre Etat, comme tous les autres, a tout intérêt à contribuer à la stabilité et surtout à la paix internationales.
La question de la neutralité doit être examinée pour chaque cas, avant chaque opération. Elle n'est donc pas l'objet du texte qui nous est soumis aujourd'hui.
Forte de ces constatations, c'est par 16 voix contre 7 et 2 abstentions que la Commission de la politique de sécurité vous demande de ne pas donner suite à l'initiative parlementaire 08.464 qui vise à interdire tout engagement de l'armée suisse à l'étranger.