Chevrier Maurice (CEg, VS):
L'initiative parlementaire que j'ai déposée le 19 décembre 2008 se veut une petite mesure pragmatique destinée à faciliter la vie de tous les acteurs de la politique fédérale. Elle part d'une situation de faits, celle de novembre 2008, situation que beaucoup d'entre nous ont mal vécue.
Ces dix dernières années, nous avons voté sur 93 objets, donc 9,3 objets par année. On se situe bien en dessous de la limite de 12 que je propose. Nous nous sommes rendus aux urnes 33 fois, alors que sur la base de l'initiative parlementaire déposée, nous aurions pu nous y rendre 40 fois. Cela signifie en pratique que l'on peut très facilement respecter le calendrier imposé.
Il faut constater que sur les 33 fois que nous nous sommes rendus aux urnes, à 9 reprises, nous nous sommes prononcés sur plus de trois objets: 9 sur 33, vous aurez fait votre calcul, cela fait quasiment du 30 pour cent, et c'est dans ce sens que l'initiative a été déposée. Elle ne s'attaque pas à un cas isolé, mais à une pratique plus ou moins récurrente qui est celle de soumettre simultanément au vote un nombre d'objets relativement important.
Si je prends l'an 2000, en mars nous avons voté sur cinq objets importants, et en mai nous n'avons voté que sur un seul objet. En décembre 2001, nous avons voté sur cinq objets, extrêmement importants ceux-là, alors qu'en septembre nous n'avons pas voté. En 2002, il n'y a rien de particulier à signaler. En 2003, et c'est le casus belli, le bonnet d'âne, en mai nous avons voté sur neuf objets, dont Armée XXI, et nous n'avons voté ni en septembre ni en décembre. En 2004, nous avons voté une fois sur cinq objets. En 2008, nous avons voté une fois également sur cinq objets en novembre.
Le calendrier est fixé par la loi et le Conseil fédéral doit désigner quatre mois à l'avance, sur la base de l'article 10 alinéa 1bis de la loi sur les droits politiques, les objets sur lesquels nous nous prononcerons. Pourquoi arrivons-nous parfois à des incongruités? Y a-t-il négligence de la part du Conseil |
AB 2009 N 1902 / BO 2009 N 1902
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fédéral? Y aurait-il volonté parfois d'escamoter certains débats? Y a-t-il manque d'anticipation? N'y a-t-il pas une prise de conscience que de voter sur trop d'objets simultanément est néfaste? Si au niveau des causes je n'ai pas d'explication, par contre au niveau des conséquences, elles sont manifestes et diverses.
Pour commencer, est-il pensable, est-il digeste de demander au peuple de se prononcer simultanément sur neuf objets? Malgré toute sa bonne volonté, lui est-il possible de s'informer de manière plus ou moins complète sur tant d'objets, alors que notre but est que le peuple se prononce en toute connaissance de cause? Cela me semble impossible lorsque l'on multiplie le nombre d'objets simultanément, sans oublier que la plupart du temps les cantons et les communes y vont également de leurs consultations, que parfois ces votations sont couplées avec des élections. Cela fait beaucoup.
Avoir tant d'objets est inopportun pour les partis et organisations qui sont les acteurs de la vie politique. Cela crée ponctuellement une suractivité qui est démesurée. Nous n'avons pas de moyens adaptés. Il n'est pas prévu d'avoir neuf objets au vote simultanément. C'est particulièrement vrai pour les plus petites organisations, les plus petits partis. Cela signifiera des travaux bâclés qui ne répondent pas forcément aux attentes de ceux qui en ont besoin. Il n'est pas possible pour un parti de mener simultanément cinq vraies campagnes sur des objets qui sont parfois tout aussi importants les uns que les autres. Lorsqu'on ne peut pas mener une vraie campagne - c'est-à-dire une campagne contradictoire -, on ouvre la porte à certains abus.
Ce n'est pas bon non plus pour nous, les députés. Lors des périodes qui précèdent les votations, on nous demande de participer à des soirées, à des conférences et à des comités. Prétentieux serait celui qui dirait qu'il maîtrise parfaitement tous les objets lorsqu'il y en a cinq ou neuf!
Parlons de la presse. On se plaint souvent de son approche superficielle des dossiers; on lui reproche parfois sa partialité. Je crois malheureusement que parfois on la contraint d'en arriver là. On ne peut pas mener un vrai débat de médias lorsqu'il y a autant d'objets à présenter dans le mois qui précède la votation. Cela signifie que certains objets seront occultés, que d'autres seront amplifiés de manière artificielle, alors qu'il est du devoir de la presse de renseigner les citoyens au mieux. Il nous appartient de lui en donner les moyens.
Je vois aussi des risques de dérive à vouloir consulter sur trop d'objets. Pourquoi des risques de dérive? Lorsqu'il n'y a pas de campagne, il suffit qu'un lobby assez fort, qui dispose de moyens financiers suffisants, génère beaucoup d'informations et influence le résultat de manière déterminante, faute d'une vraie opposition. Il en va ainsi de la crédibilité de nos institutions; c'est notre étendard, pour nous, le pays de la démocratie directe. D'ailleurs, il ne faudrait pas que ce pays devienne un simulacre de démocratie directe.
A titre d'exemple, pour confirmer et illustrer cette problématique, je reviens à l'année 2008, Madame la présidente, où nous avons voté pour l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine et quatre autres sujets. J'étais dans le camp des gagnants, mais je suis convaincu que, s'il y avait eu une vraie campagne sur l'objet relatif à l'imprescriptibilité, le résultat eût été différent. Donc, agissons de manière à ce que le résultat corresponde bien à la réalité de l'opinion publique et non pas à une réalité biaisée.
C'est ainsi que je vous invite à donner suite à mon initiative parlementaire, en vous répétant que je suis en plus disposé à modifier légèrement le texte par l'intermédiaire de la commission, si cela devait être nécessaire.