Zisyadis Josef (G, VD):
Notre ancienne collègue Ruth Genner avait déjà déposé un postulat (03.3377) en 2003 pour demander au Conseil fédéral d'étudier ce système dit du "doppelter Pukelsheim". Je ne sais si la majorité d'entre vous connaît ce système de la double proportionnelle, mais vraisemblablement que oui, puisque déjà de nombreux cantons le pratiquent, notamment en Suisse allemande. Ce système dit de la double proportionnelle permet de refléter toutes les opinions et les divers courants politiques de manière plus complète que le système proportionnel que nous connaissons. Depuis 2003, nous sommes dans une situation un peu nouvelle puisque les cantons de Zurich, de Schaffhouse et d'Argovie ont adopté ce système.
Il n'y a jamais de système parfait en matière de proportionnalité. Je ne vais pas tenter de vous "vendre" le système du "doppelter Pukelsheim" en vous disant que c'est le meilleur des systèmes proportionnels. Mais il me semble que nous avons actuellement un problème au niveau de l'élection au Conseil national, et le système proportionnel pourrait être réaménagé et vraisemblablement plus démocratisé. En effet, en fonction de sa population, chaque canton a droit à un certain nombre de sièges, et, dans les cantons qui ont droit à moins de dix sièges, le poids de l'électeur n'est pas le même que dans un canton qui a droit à un nombre de sièges plus élevé.
Le système actuel distord la proportionnalité; elle n'est pas intégrale puisqu'un certain nombre de cantons ont droit à un nombre de sièges très restreint. Le Tribunal fédéral a d'ailleurs vu le problème, et l'une de ses décisions a vraisemblablement poussé plusieurs cantons, dont les trois cantons alémaniques précités, à faire en sorte que les circonscriptions électorales soient si possible de dix sièges au moins, cela afin de permettre la représentation des diverses opinions.
Le système du "doppelter Pukelsheim" pose un certain nombre de questions, mais nous sommes aujourd'hui, me semble-t-il, en Suisse dans une phase de nationalisation de tous les débats politiques. Auparavant, les élections nationales étaient la somme des différents rapports de force cantonaux. Aujourd'hui, le poids des débats internes cantonaux pour les circonscriptions devient petit à petit secondaire. Ainsi, on peut dire que les partis qui disparaissent du plan national n'ont quasiment plus de poids et d'impact, alors que leur opinion existe localement dans différents cantons. Parce qu'il n'y aurait plus de sous-apparentement, ni d'apparentement ou de quorum, le choix du "doppelter Pukelsheim" engendrerait une plus grande clarté politique dans les différents cantons, alors qu'aujourd'hui nous avons une multiplication des listes - listes Jeunes, listes Femmes -, qui s'apparentent, qui se sous-apparentent pour capter un maximum d'électorat.
Une autre conséquence, c'est que toute une série de partis politiques qui refusent aujourd'hui d'apparaître dans tous les cantons, estimant qu'ils n'auraient aucune chance d'avoir un seul élu, choisiraient d'y apparaître presque partout. Donc, le pluralisme serait renforcé ainsi que le choix de l'électeur puisque dans chaque canton il y aurait la possibilité de faire son choix dans toute la palette qu'offre le pluralisme politique suisse.
En plus, il ne faudrait pas négliger le fait que notre système bicaméral - pour ceux qui auraient des craintes que nous perdions une partie de notre génie helvétique, régional et cantonal - est aujourd'hui justement celui qui peut refléter dans une chambre l'originalité de chaque canton et refléter la palette des différentes opinions politiques dans la Chambre du peuple. Donc il y a déjà un contrepoids au système du "doppelter Pukelsheim".
Le but de cette réforme est bien d'élargir la palette du pluralisme politique et de permettre que chaque électeur qui a |
AB 2009 N 2160 / BO 2009 N 2160
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voté même pour un petit parti, même pour un parti ou un courant politique qui n'a un ancrage historique que dans certains cantons, ait un représentant au Conseil national.
Il n'y a pas de système idéal, tout le monde le sait, mais nous avons la chance, avec le système du "doppelter Pukelsheim", de choisir une formule helvétique de résolution des problèmes. Cette solution permet à la fois de sauvegarder les cantons comme entités et circonscriptions électorales et ensuite de renforcer la démocratie et la proportionnalité.
Dans les années qui suivent un certain nombre de cantons vont vraisemblablement adopter ce système. Pourquoi prendre du retard au niveau de la Confédération? C'est pour cela que je vous invite à soutenir cette initiative.
Permettez-moi juste une dernière remarque. Nous avons déjà presque 40 pour cent des députés de cette chambre qui sont élus soit par le système de la proportionnelle intégrale, soit par le système du "doppelter Pukelsheim". En effet, si nous prenons le canton de Schaffhouse, de Zurich, d'Argovie, de Genève, de Bâle-Ville et du Tessin, nous avons déjà presque 40 pour cent des députés qui sont élus par le système de la proportionnelle presque intégrale. Petit à petit, je pense que ce système s'imposera de manière démocratique.