Cassis Ignazio (RL, TI), pour la commission:
Vous êtes peut-être étonnés du fait que la commission vous parle aujourd'hui de la rougeole et non pas de la grippe porcine, de la pandémie ou de ses vaccins. Oui, la rougeole ne fait plus la une des journaux depuis quelque temps. Et pourtant c'est un véritable problème de santé publique. Une importante épidémie de rougeole sévit en Suisse depuis novembre 2006.
La rougeole est une maladie infectieuse que l'on craint surtout en raison de ses complications et qui est causée par le virus de la rougeole. Depuis le début de l'épidémie, 637 malades ont souffert de complications ou ont été hospitalisés à cause d'une pneumonie ou d'une encéphalite. Ces complications causent des invalidités, des cas dramatiques, qui en plus coûtent cher à nos assurances sociales. Fin janvier 2009, une jeune fille de 12 ans est décédée à Genève à cause de la rougeole.
Contrairement à l'idée reçue, la rougeole n'est donc pas une maladie infantile bénigne et le risque d'infection est aujourd'hui particulièrement élevé en Suisse. Cette maladie très contagieuse se transmet par la projection de gouttelettes lorsqu'une personne atteinte éternue ou tousse.
Avant l'introduction du vaccin, la rougeole était une maladie infantile à l'échelle mondiale qui touchait pratiquement tous les enfants. Depuis lors, elle a fortement reculé. Dans les pays industrialisés, le taux de mortalité est actuellement de 1 à 3 personnes sur 10 000 malades. Dans les pays du tiers monde, il peut atteindre 300 à 500 décès - ou plus - sur 10 000 malades. Même dans les années sans épidémie, la Suisse compte une cinquantaine de cas de rougeole par an. En cas d'épidémie, ce chiffre peut être de l'ordre de 2000.
L'Office fédéral de la santé publique recommande le vaccin antirougeoleux en association avec celui contre la rubéole et les oreillons. Deux doses sont recommandées: l'une à 12 mois et l'autre à un moment situé entre 15 et 24 mois. Un rattrapage est possible à tout âge. La protection dure toute la vie chez la plupart des personnes ayant reçu le vaccin complet. L'Organisation mondiale de la santé et ses Etats membres s'efforcent d'éradiquer la rougeole en Europe par une couverture vaccinale élevée chez les enfants. La couverture vaccinale devrait être de 95 pour cent au moins: c'est en effet à partir de ce pourcentage que le virus ne peut plus circuler et que la population est protégée des épidémies.
Hélas, cette vaccination est victime de son succès. Plus une population est vaccinée, moins la maladie circule. Les gens ne voient plus la maladie et pensent que le danger n'existe plus. Ils arrêtent de croire à l'utilité de la vaccination! Le taux de couverture vaccinale chute. C'est bien ce qui s'est passé chez nous, où il est tombé à 87 pour cent, et ce qui a causé l'importante épidémie qui sévit en Suisse depuis novembre 2006, avec 4371 cas déclarés jusqu'en juin de cette année et l'apparition de nombreuses flambées dans différents milieux: écoles, universités, casernes.
La Suisse a enregistré le taux d'incidence le plus élevé d'Europe en 2007 et 2008. On assiste cette année à une troisième vague de l'épidémie touchant tout le pays. C'est dommage, parce qu'il est possible d'éliminer la rougeole. Le virus de la rougeole a disparu des continents américains et de l'Australie. En Europe, l'OMS a fixé comme objectif l'élimination de la rougeole d'ici à 2010. Cet objectif a été atteint en Finlande, en Hongrie, en Tchéquie et au Portugal. Mais, en comparaison internationale, la Suisse est à la traîne: elle n'atteindra pas l'objectif visé, loin de là. L'OMS critique le peu d'empressement des Suisses à se faire vacciner contre cette maladie. Chaque année, la résistance d'une petite minorité, qui refuse le vaccin contre la rougeole, met en danger entre 2000 à 3000 personnes: il s'agit de personnes pour lesquelles le vaccin est inefficace, de nourrissons trop jeunes pour être vaccinés et de patients immunodéprimés.
Jusqu'ici, l'OFSP n'a fourni que peu d'efforts en vue d'éliminer la rougeole. A l'heure actuelle, la Suisse n'a pas de véritable plan d'élimination de la rougeole qui soit conforme aux exigences fixées par l'OMS. C'est bien ce que cette motion demande. Elle charge le Conseil fédéral d'élaborer et d'exécuter un plan d'élimination de la rougeole d'ici à fin 2010, conformément aux exigences de l'OMS.
Dans sa réponse du 6 mai dernier, le Conseil fédéral affirme qu'il est nécessaire de renforcer les mesures actuelles afin d'éliminer la rougeole de Suisse et de contribuer ainsi à atteindre l'objectif fixé par l'OMS, c'est-à-dire éliminer la rougeole en Europe d'ici à 2010. Il annonce même que l'OFSP est déjà en train d'élaborer une telle stratégie avec les autorités cantonales et les partenaires concernés, et que cette stratégie sera bientôt prête. Le Conseil fédéral propose donc d'accepter la motion.
Le Conseil des Etats a adopté la motion dans sa séance du 4 juin dernier et notre Commission de la sécurité sociale et de la santé publique a aussi décidé, lors de sa séance du 30 octobre 2009, de soutenir la motion, par 18 voix contre 4.
Je vous rappelle que vous avez décidé à la session d'été de cette année de soutenir ma motion 09.3046, dont le contenu est identique à celui que l'on discute aujourd'hui.
Au nom de la commission, je vous demande donc de soutenir cette motion.