Rielle Jean-Charles (S, GE), pour la commission:
Réunie le 28 octobre 2009, la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique de notre conseil a procédé à l'examen préalable de la présente motion, déposée le 11 mars 2009 par la conseillère aux Etats Verena Diener et adoptée par le Conseil des Etats le 4 juin 2009, par 15 voix contre 15 et plusieurs abstentions avec la voix prépondérante de son président.
Ladite motion charge le Conseil fédéral de fixer la marge de distribution des médicaments par canal de distribution, indépendamment du prix.
La commission propose, par 14 voix contre 10 et 1 abstention, d'adopter la motion. Une minorité Baettig propose au contraire de rejeter la motion.
La commission a pris acte de la décision prise par le Conseil fédéral le 1er juillet 2009 de réduire la part de la prime de distribution le 1er mars 2010. Ainsi, pour les catégories de médicaments dont le prix d'usine atteint jusqu'à 880 francs, la part de la prime relative au prix sera réduite de 15 à 12 pour cent. Pour les médicaments dont le prix d'usine est compris entre 880 et 2570 francs, cette prime passe de 10 à 7 pour cent. Enfin, plus aucune prime ne sera prise en compte pour les médicaments dont le prix d'usine excède 2570 francs. Le fait que le médicament soit remis par un pharmacien, un médecin ou un hôpital n'entre pas en ligne de compte.
La majorité de la commission a apporté son soutien à la motion, considérant que la prime relative au prix pratiquée par les médecins qui distribuent eux-mêmes les médicaments était trop élevée. Elle a rappelé que cette prime avait été mise en place pour les pharmaciens, qui doivent supporter la charge de l'achat préalable et du stockage de plusieurs milliers de médicaments; les médecins, eux, ne doivent conserver que quelques centaines de produits.
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AB 2009 N 2314 / BO 2009 N 2314
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De plus, elle souligne qu'après la chute des prix des médicaments, les médecins ont souvent remis plus de médicaments que les pharmaciens. Adopter la motion reviendrait ainsi à donner un signal fort en faveur de la suppression de la propharmacie, suppression qui devrait être discutée dans le cadre de la deuxième étape de la révision de la loi sur les produits thérapeutiques. La majorité a rappelé que le Conseil fédéral a déjà proposé l'interdiction de la propharmacie dans le projet qu'il a envoyé en consultation.
Au Conseil des Etats, il a été rappelé qu'on ne voulait pas réduire le revenu des médecins dispensateurs, mais que les prestations qu'ils fournissent soient rémunérées grâce aux tarifs qu'ils pratiquent et non pas en utilisant la marge de distribution. Les opposants ont souligné l'aspect discutable de l'intervention de l'Etat dans les différents canaux de distribution par la différenciation des marges, et que la question de la propharmacie avait été réglée différemment selon les cantons, après votations.
En commission, des problèmes liés à l'éthique quant à la distribution de médicaments par le médecin hors des régions de montagne ou reculées ont été relevés. Par cette pratique, le médecin dispensateur se prive d'un contrôle de qualité par le pharmacien, nécessaire sur la prescription et la posologie. De plus, le médecin dispensateur peine à garder sa totale liberté face aux multiples sollicitations des pharmaceutiques et aux offres alléchantes. La prescription ne devrait pas déboucher sur d'autres profits que l'acte lui-même. Pour rappel, le Conseil fédéral admet le principe "celui qui prescrit ne vend pas", principe qui est aussi postulé par l'OMS et qui est appliqué dans les plus grands pays. Il est fondamentalement interdit pour le médecin de remettre des médicaments. Il doit lui être possible cependant après la révision de remettre un remède d'urgence.
Une minorité de la commission a, quant à elle, rejeté la motion. En effet, elle a estimé que la possibilité d'une distribution des médicaments via le médecin devait être maintenue. Que les cantons admettent ou non la propharmacie n'influence en rien, selon cette minorité, le volume des ventes des médicaments. En outre, elle a souligné que le prix des médicaments distribués par les médecins était plus avantageux.
A ce titre, il a été rappelé que les médecins dispensateurs disent que les dépenses pour les médicaments dans leur canton sont moins élevées et ils en tirent la conclusion que c'est dû à la dispensation directe par les médecins. Il a été aussi rappelé par d'autres, qu'en réalité, ce n'est pas lié à la propharmacie, mais à un phénomène culturel. En effet, les Germaniques consomment beaucoup moins de médicaments que les Latins. Entre l'Allemagne et la France, cette différence est évidente. Dans le canton de Fribourg, à la frontière des langues, dans un même système de santé, la consommation de médicaments est plus importante chez les Suisses romands que chez les Suisses alémaniques. En Valais, le rapport est de un à quatre. Cela ne tient donc pas à la propharmacie, mais à une attitude culturelle différente par rapport à la santé et aux médicaments.
Par ailleurs, il a été rappelé qu'une motion 09.3532 "Dispensation de médicaments par les médecins. Réduire les marges et les compenser si nécessaire", a été déposée, motion qui n'a pas encore été traitée. Malgré le fait que le Conseil fédéral propose le rejet de cette motion, il reconnaît qu'une certaine nécessité d'action existe et la renvoie à la deuxième étape de la révision de la loi sur les médicaments et les dispositifs médicaux, révision dans laquelle il veut interdire l'auto-dispense.
La commission vous propose, par 14 voix contre 10 et 1 abstention, d'adopter la motion. Une minorité Baettig propose au contraire de rejeter la motion.