Moret Isabelle (RL, VD), pour la commission:
Le fil du scénario est bien connu: un étudiant venu d'un pays non membre de l'Union européenne ou de l'AELE réalise la totalité ou une partie de ses études dans une haute école de notre pays. Ses études sont brillantes et il est promis à un bel avenir, soit sur le plan académique, soit dans l'économie. Mais voilà, une fois terminé sa formation, il doit plier bagages et quitter la Suisse, à moins qu'avant la fin de ses études il n'ait procédé à un véritable parcours du combattant pour obtenir un travail et un permis de travail dans le cadre de la voie étroite des dérogations prévues à l'article 30 de la loi sur les étrangers et au fin fond de l'ordonnance d'application.
En général, cet étudiant formé en Suisse ne retourne pas dans son pays d'origine, mais il est engagé dans un autre pays industrialisé, souvent les Etats-Unis. Cela fait quelques années déjà que les milieux académiques et économiques tentent d'attirer l'attention du monde politique sur ce |
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gaspillage de cerveaux venus de l'étranger, mais aussi sur ce gaspillage de l'argent du contribuable, vu que ces personnes ne paieront pas leurs impôts en Suisse pour rembourser, en quelque sorte, leurs études.
Il faut aussi rappeler qu'un étudiant étranger venu se former en Suisse coûte à l'EPFL entre 500 000 et 1 million de francs aux contribuables suisses pour des études de médecin. Et il ne s'agit plus, comme ce fut le cas à l'origine, d'une sorte d'aide indirecte aux pays en développement, puisque ces jeunes étrangers, qui proviennent déjà parfois de pays concurrents, tels les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), vont ensuite travailler dans d'autres pays industrialisés. En très raccourci: nous avons passé de l'aide aux pays du tiers monde à la subvention par la Suisse des entreprises des pays concurrents! Et il ne s'agit pas seulement de quelques cas isolés! Les étudiants venus de pays tiers représentent 30 pour cent de l'ensemble des étudiants étrangers inscrits en Suisse.
J'aimerais souligner que ces jeunes étrangers ne doivent pas être considérés comme une concurrence pour les jeunes Suisses. Ils seront une concurrence pour les européens qui n'ont pas étudié en Suisse, et c'est tant mieux! Car quelle est la meilleure situation pour notre pays et nos entreprises: engager un Européen formé à l'étranger qui ne connaît pas notre pays et nos spécificités, ou un étudiant, certes non européen, mais qui a été formé dans nos écoles, qui connaît notre pays, nos directives techniques et nos pratiques, qu'il a apprises dans nos propres écoles, et qui sera donc plus rapidement productif?
Dernier argument: nos entreprises veulent développer les marchés d'exportation des pays BRIC. Il est donc fortement intéressant de pouvoir engager des étudiants provenant de ces pays, mais formés à notre mentalité suisse, afin qu'ils puissent faire le lien entre notre pays et leur pays d'origine et faciliter ainsi l'expansion des entreprises suisses dans les pays BRIC.
La proposition de la commission, basée sur l'initiative parlementaire Neirynck, a les moyens de corriger ces problèmes. Il s'agit d'un compromis capable de rendre justice à toutes les parties intéressées. D'un côté, le projet prend en compte les demandes et les besoins du monde académique et, plus généralement, de la place économique suisse. Notre économie et nos universités ont besoin d'étudiants excellents, et ce indépendamment de leur lieu d'origine! D'un autre côté, la proposition de la commission respecte la volonté du législateur et du souverain contenue dans la loi sur les étrangers et, plus généralement, dans la politique suisse menée à l'égard des étrangers. A ce titre, la proposition ne remet pas en cause la cohérence de la loi sur les étrangers.
La proposition de la commission prévoit de réaliser un triple changement dans la loi sur les étrangers.
1. La règle de l'ordre de priorité inscrite à l'article 21 de la loi sur les étrangers est modifiée. La proposition de la commission prévoit une exception à la règle des priorités si deux conditions cumulatives sont données: un diplôme d'une haute école suisse et une activité lucrative qui revêt un intérêt prépondérant pour la place scientifique ou économique suisse.
2. La proposition de la commission souhaite biffer la garantie de départ à l'article 27. Désormais, ce sera le fait que les conditions d'admission à cette formation sont remplies qui doit être décisif. On évite ainsi des abus, par exemple dans le cas où quelqu'un tenterait, sous couvert de formation, de pénétrer en Suisse.
3. Le temps dédié à la formation entre dans les calculs de la procédure d'octroi d'une autorisation d'établissement. A n'en pas douter, le temps passé en formation représente un apport très important à une intégration réussie.
En résumé, la proposition de la commission est un projet équilibré et pragmatique, qui répond à une situation non satisfaisante. Il rend justice aux personnes hautement qualifiées souhaitant rester en Suisse. Il rend justice aux intérêts de la place scientifique et économique suisse, toujours à la recherche des cerveaux les plus brillants afin de créer plus d'emplois dans notre pays. Et finalement, il rend justice aux contribuables, qui déboursent une somme colossale pour cofinancer la formation de jeunes talents dont profiteront ensuite d'autres pays!
La procédure de consultation a montré que cette proposition jouissait d'un vaste soutien. La majorité des intervenants, cantons, partis politiques ou cercles intéressés se sont déclarés en faveur de la proposition de la commission.
La Commission des institutions politiques vous propose, sans opposition, d'entrer en matière et, par 16 voix contre 3 et 3 abstentions, d'accepter cette modification légale. Dans l'intérêt de notre place scientifique et économique, je vous demande d'en faire de même.