Sommaruga Carlo (S, GE):
L'initiative parlementaire que je présente touche à la Convention de Dublin et à la politique en matière d'asile. La Convention de Dublin veut que le premier pays en Europe où une demande d'asile est déposée traite de manière exclusive cette requête.
Si, sur le principe, cette manière de faire est bonne - à savoir que le premier pays où la demande d'asile est déposée s'occupe exclusivement du traitement du dossier -, cela a comme conséquence que lorsque le requérant d'asile se déplace dans un autre Etat, on le renvoie dans l'Etat où il a déposé sa requête, et cela a parfois des conséquences dramatiques.
Tout d'abord, il y a des disparités extrêmement fortes dans la politique d'asile des Etats: certains pays prennent en considération une requête d'asile, alors que d'autres Etats écartent la même requête. Par exemple, pour les Irakiens, l'Etat grec refuse d'entrer en matière sur ces demandes d'asile, alors même qu'en Suisse, en Allemagne, en Suède, en Angleterre, ces demandes sont acceptées - certes pas toutes, |
AB 2010 N 428 / BO 2010 N 428
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mais il n'y a pas un taux d'acceptation qui est nul, comme c'est le cas en Grèce. Ensuite, les requérants d'asile, quand ils arrivent en Europe, passent souvent par des Etats qui sont à la frontière extérieure, et parfois le dépôt d'une requête d'asile leur échappe, c'est-à-dire qu'ils ne comprennent pas que c'est là que la requête formelle a été déposée, alors même qu'ils voulaient aller dans un autre Etat, comme par exemple en Suisse. Cela pose problème, puisqu'ils sont liés pour la procédure à un Etat alors qu'ils souhaitaient déposer leur requête dans un autre Etat, par exemple là où ils ont de la famille.
Il existe en Europe un processus d'unification matérielle du droit d'asile, mais ce processus sera relativement long. Il s'agit donc de répondre à cette discrépance qui existe entre les différents droits nationaux par l'introduction d'une réelle clause humanitaire dans le droit suisse, c'est-à-dire dans le droit d'asile, et ceci en conformité avec le règlement européen qui prévoit à l'article 15 que les Etats doivent introduire une clause humanitaire soumise à toute une série de conditions. C'est cette clause-là qu'il s'agit d'inscrire vraiment dans la loi sur l'asile. D'ailleurs, elle existerait en complément d'une clause de souveraineté qui permet à la Suisse non seulement d'accueillir, dans des situations difficiles, quelqu'un qui a déposé sa demande d'asile ailleurs, mais aussi d'accepter une requête d'asile pour des raisons propres à la Suisse.
L'exemple de Monsieur Fahad Khammas - qui avait d'ailleurs suscité le dépôt de cette initiative - est le plus significatif, dans la mesure où ce ressortissant irakien, traducteur pour l'armée américaine, a déposé sa requête dans un autre Etat puis est ensuite venu en Suisse. Il est devenu connu en Suisse, puisqu'il a fait l'objet d'un film - "La Forteresse" - et que, malgré le fait que matériellement il pouvait prétendre à l'asile en Suisse, il n'a pas pu en bénéficier pour des questions purement formelles. Et, là, une clause humanitaire digne de ce nom, ou une clause de souveraineté plus efficace, auraient permis à cette personne de rester.
Je rappelle que le commissaire européen démocrate-chrétien Jacques Barrot, qui s'occupait du dossier de la migration, en avait appelé aux Etats signataires de l'Accord de Dublin pour introduire de manière efficace ces clauses humanitaires, dans la mesure où il fallait éviter des drames humains.
C'est dans cet esprit que j'ai déposé cette initiative et que je demande donc à ce que le droit suisse soit aménagé, qu'on ait un droit certes rigoureux et cohérent en matière d'asile mais plus humain, et que ce droit tienne compte des situations difficiles. Voilà pourquoi je vous invite à donner suite à mon initiative qui vise à renforcer la dimension humanitaire de notre droit d'asile par une modification de la loi conformément à l'article 15 de la Convention de Dublin.