Rielle Jean-Charles (S, GE):
Ici, il ne s'agit pas, soyons francs, de décider si la proposition de la majorité est meilleure que celle de la minorité, mais clairement de décider une bonne fois pour toutes.
Si nous voulons être certains que rien ne change au niveau de la loi, alors il faut suivre la majorité. Les assurés dont la prime augmentera de 8 à 10 pour cent dans cinq mois apprécieront et vous en remercieront!
Par contre, si nous cherchons vraiment à faire faire des économies au moins là où le patient ne devra rien sacrifier à sa sécurité, ni à la qualité de ses traitements, ni même à ses habitudes, alors je vous recommande d'adopter la proposition de la minorité I.
Tout le monde est d'accord que la proposition de la majorité est si imprécise et si peu contraignante qu'elle correspond au statu quo. Bien sûr, le nouveau conseiller fédéral prend les choses en mains et l'administration travaille d'arrache-pied à vérifier le prix des médicaments. Mais notre proposition de minorité ne l'empêche pas de faire son travail, bien au contraire.
Par ailleurs, la commission a été à plusieurs reprises unanime pour considérer la version du Conseil des Etats comme contre-productive, voire dangereuse pour les malades chroniques et, par conséquent, inacceptable. Je partage pleinement ce point de vue. Avec Monsieur Cassis, qui est médecin tout comme moi, nous nous sommes donné la peine de vous proposer une correction des principaux griefs émis à l'encontre de la version du Conseil des Etats. Voici ces reproches justifiés et les solutions que la minorité vous propose.
Voici la première correction: même si la version du Conseil des Etats permet au médecin des dérogations pour "raisons thérapeutiques", la pression serait grande sur les fournisseurs de prestations et sur les patients d'accepter que des traitements au long cours, bien équilibrés, soient perturbés. Les économies possibles sont incomparablement plus |
AB 2010 N 1054 / BO 2010 N 1054
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faibles que les risques pris. En effet, la perturbation de ces traitements soumet à un risque objectivement élevé de complications et d'interventions médicales très coûteuses. Pensez seulement une minute à une personne âgée qui prend plus de six médicaments et à ce qui arrive si vous changez ne serait-ce que la couleur d'un de ces médicaments. Il n'y a pas besoin d'être médecin pour comprendre que le malade a une relation particulière avec les médicaments qui le maintiennent en vie. Afin d'éviter ce reproche très grave, notre proposition de minorité corrige la solution du Conseil des Etats. La pression en faveur du générique tendanciellement le moins cher ne devrait s'exercer que lors de l'introduction d'un nouveau traitement, ou lorsqu'on doit de toute façon le remanier. Ainsi, on ne court au moins pas le risque de générer des coûts supplémentaires. Donc, dans ces conditions, toute économie réalisée, même petite, en est vraiment une!
Deuxième correction: la décision du Conseil des Etats de ne rembourser que le prix du générique le moins cher de la liste des spécialités majoré de 10 pour cent semble à première vue tout à fait applicable, car actuellement le prix de la plus grande partie des génériques de la liste des spécialités se trouve plus ou moins dans cette fourchette.
Mais attention, les fins connaisseurs des mécanismes économiques avertissent d'un risque bien réel: il suffirait qu'un fabricant ou qu'un importateur de médicaments, dont l'envergure est suffisante pour se permettre des pertes à court terme, propose un générique à un prix inférieur de 10 pour cent au moins cher sur le marché pour qu'il obtienne un monopole de fait, car cela limiterait le choix des fournisseurs de prestations à ne prescrire et à ne remettre que celui-là. Vous me direz que le patient n'a qu'à verser le supplément de prix de sa poche s'il veut autre chose, certes, mais nous ne pouvons pas cautionner un risque de dérapage qui supprime directement la concurrence nécessaire et utile.
Les premiers fabricants touchés de plein fouet par ce dumping seraient en tout cas les PME suisses qui offrent une qualité particulièrement élevée, car elles ne pourraient pas rester concurrentielles. Une telle situation porterait aussi atteinte à la qualité des traitements à cause du choix limité au moins cher et à l'approvisionnement de la population, qui ne dépendrait plus que d'un seul fournisseur pour ce médicament.
Pour cette raison, nous vous proposons de corriger cet effet pervers potentiel en disant tout simplement que si la clause des 10 pour cent a pour effet de limiter le choix à moins de trois préparations différentes, alors elle ne s'applique pas. Ceux qui prétendent que c'est compliqué auront de la peine à être convaincants.
Si quelque chose est compliqué, c'est plutôt le système en vigueur pour déterminer dans quel cas une participation de 20 pour cent s'applique ou lors de la fixation du prix du générique, où il faut tenir compte du chiffre d'affaires réalisé par l'original notamment. Mais, pour ce dernier, le fabricant peut baisser volontairement son prix, ce qui change tout, et ainsi de suite. Allez y jeter un oeil et vous ne direz plus jamais que la proposition de la minorité est compliquée!
Troisième correction: enfin, nous proposons que le médecin et le pharmacien puissent déroger à cette règle, mais que tous les deux doivent étayer leur choix par une justification médicale. Le Conseil des Etats limite la possibilité de dérogation au seul médecin, ce qui est impraticable. Nous ne voulons pas revenir à la situation d'avant 1999, année où nous avons introduit dans la LAMal le droit pour le pharmacien de substituer un générique au médicament original. En effet, la plupart des problèmes liés au choix du générique sont des problèmes pratiques, de forme pharmaceutique, de substances auxiliaires ou de disponibilité, qui sont de la compétence première des pharmaciens. Ce sont des problèmes qui se révèlent surtout au moment de présenter le médicament au patient lors de sa remise. Comme les motifs en faveur du choix du générique sont strictement médicaux au moment du diagnostic, les problèmes sont plutôt rares ou alors bien connus des deux professions médicales. Ce sont par exemple les allergies ou la marge étroite entre dose efficace et dose toxique.
J'aimerais préciser en outre que nous ne sommes pas naïfs et que nous savons parfaitement que le choix des génériques prescrits et remis actuellement peut aussi être influencé par, disons, de bonnes relations avec les fournisseurs. Nous insistons ainsi sur la nécessité de préciser dans la loi que ceux qui prescrivent et ceux qui remettent des médicaments plus chers que ce que prévoit notre proposition doivent justifier leur choix. Déjà ce seul point apporterait un progrès immédiat et notable dans la pratique actuelle en la matière, croyez-moi.
Pour toutes ces raisons, je vous invite, avec mon collègue Ignazio Cassis, à adopter la proposition de la minorité sans hésiter, car aucune raison objective ni motif d'intérêts des malades ne s'y oppose.