Derder Fathi (RL, VD):
Vouloir interdire les dauphins n'est clairement pas une bonne idée. Au premier abord, bien entendu, cela a l'air assez séduisant: on se dit que de pauvres dauphins meurent, alors il faut les protéger, interdire leur importation et leur détention. C'est un raisonnement extrêmement noble, mais aussi extrêmement simpliste. En fait, la modification de la loi, même telle que décidée par le Conseil des Etats, serait simplement contre-productive et contraire à l'idée même d'une loi visant à protéger les animaux. Si vous aimez les animaux, comme moi, comme nous, si vous voulez défendre les animaux intelligemment, le groupe libéral-radical vous demande de rejeter la motion Quadranti et de soutenir la proposition de la minorité Riklin Kathy.
Il faut se poser quelques questions et poser quelques faits, comme dirait mon collègue Matthias Aebischer. Que disent les vétérinaires, qui ne sont pas connus pour vouloir du mal aux animaux de ce pays, jusqu'à nouvel avis? Ils disent qu'interdire la détention ou l'importation de dauphins n'est pas une bonne idée. Pourquoi? Tout d'abord, si vous interdisez la détention des dauphins, il faudra envisager, purement et simplement, l'euthanasie des derniers dauphins du pays; ils ne peuvent pas retourner à l'état sauvage, c'est extrêmement compliqué, et leur transfert sera lui aussi très compliqué. En clair: ils ne peuvent pas vivre seuls, il faudra les abattre. Ensuite, l'interdiction d'importer n'est pas meilleure: elle rend de fait la détention des derniers dauphins de Suisse quasi impossible: ils seraient isolés, ce sont des animaux sociaux, et pour des raisons de protection des animaux, il faudrait là aussi trouver des solutions au problème des dauphins survivant aux autres, notamment pour le dernier, qu'il faudrait vraisemblablement là aussi euthanasier, donc l'abattre.
L'Office vétérinaire fédéral nous dit donc une chose assez claire: si l'on veut interdire quelque chose, il faut interdire la détention. Interdire l'importation est un peu hypocrite, voire inutile, mais surtout, le problème principal, c'est l'idée même de vouloir interdire la détention d'espèces animales. Cela n'est pas du tout conforme à l'esprit de cette loi que de mentionner des espèces. Si l'on met les dauphins, il est évident que la porte serait ensuite grande ouverte à toutes les espèces. Si nous interdisons les dauphins parce que les conditions de détention ne sont pas bonnes, pourquoi autoriser les loups, les ours polaires, et pourquoi autoriser les zoos, purement et simplement? Allez, interdisons les zoos, pendant qu'on y est! On le voit bien, ce n'est pas une idée raisonnable, ni constructive.
Au lieu d'interdire, faisons mieux: améliorons la loi, améliorons les conditions de détention des dauphins. Soyons un tout petit peu constructifs et positifs! Ne soyons pas émotionnels, mais rationnels. Posons-nous la question de savoir si l'on peut faire mieux. Nous le pouvons, nous devons faire mieux pour assurer à tous les animaux détenus en Suisse des conditions dignes, respectueuses de leurs besoins. Il y a un intérêt - il faut le rappeler aussi - scientifique et éducatif à détenir des animaux sauvages, à les observer, à faire partager le fruit des observations scientifiques.
Donc si les conditions aujourd'hui ne sont pas idéales, alors, soyons constructifs, adaptons la loi, renforçons les conditions de détention des dauphins, puisque interdire, c'est simplement renoncer à progresser. L'Office vétérinaire fédéral nous propose une solution, reprise par la proposition de la minorité Riklin Kathy: c'est une proposition intelligente, qui va de l'avant. Elle a été entendue en commission, même si elle est minoritaire. C'est réellement la solution la plus intelligente, la plus constructive et la plus démocratique.
Dans l'intérêt des dauphins et des animaux en général, le groupe libéral-radical vous invite donc à soutenir la proposition de la minorité Riklin Kathy et à rejeter la motion Quadranti 12.3051.