Freysinger Oskar (V, VS), pour la commission:
Bon! Ben, aujourd'hui, je m'adresse à une assemblée aux abois. Cela fait des semaines que tous les caniches du pays lèvent la jambe au mauvais moment, à ce qu'il me semble!
J'aimerais revenir sur le sujet de la pétition que j'ai signée, et que nombre d'entre vous ont signée. Il faut émettre quand même un doute par rapport à cette signature. Evidemment, j'ai signé un peu à la légère et rapidement, sous le coup de l'émotion, comme beaucoup d'entre vous, mais notre décision d'aujourd'hui doit être prise indépendamment de cela. Sur le fond, c'est autre chose. Je crois qu'en tant que Parlement, nous devons surtout travailler en gardant une certaine distance et une certaine indépendance. Mais comment procéder pour arriver à une solution qui soit praticable, acceptable par les gens qui possèdent des chiens et par ceux qui risqueraient de se faire mordre? Voilà un peu la quadrature du cercle à laquelle nous avons été confrontés en commission.
Différentes pistes s'offraient à nous lors de nos délibérations. Il y avait une solution, celle que prône le Conseil fédéral: ne rien faire au niveau confédéral et passer la patate chaude aux cantons. Le problème avec ce genre de procédure, c'est que vous vous retrouvez devant une grande disparité dans les législations et que c'est difficilement praticable. En effet, vous avez tout à coup une jungle de dispositions différentes, et, dès que quelqu'un veut venir en vacances en Valais, il doit laisser son toutou à la maison si celui-ci a les canines un peu plus aiguisées que ce qu'il faudrait.
On aurait pu proposer une modification du Code pénal, mais là il aurait fallu évidemment renvoyer le dossier à un autre département et puis prévoir une procédure longue, ce qui n'est pas non plus une solution que la commission a retenue.
On peut aussi tout reprendre à zéro sur la base d'une intervention parlementaire du groupe UDC (06.3049), ou bien alors - ce que la commission a retenu - agir sur la base des articles 7a et 7c de la loi sur la protection des animaux.
Que prévoient les articles précités? Ils sont quand même assez clairs; certaines phrases autorisent justement une action assez précise. Je vous rappellerai une phrase de l'article 7a: "Le Conseil fédéral peut interdire l'élevage, la production et la détention d'animaux ayant des caractéristiques particulières." C'est donc assez vague, mais assez large aussi. L'article 7c dit: "Le Conseil fédéral peut interdire la production, l'élevage, la détention, la commercialisation ou l'utilisation d'animaux présentant des anomalies dans leur anatomie et dans leur comportement." C'est donc sur l'entrée en vigueur de ces articles-là que nous allons nous prononcer aujourd'hui, que ce soit clair.
Que permettent ces articles? Si on adopte la motion, cela permet de promulguer une ordonnance, telle qu'elle nous a été présentée en commission, de manière déjà assez bien élaborée, par Monsieur Hans Wyss, directeur de l'Office vétérinaire fédéral. Entre autres, je vous cite certains points axés principalement sur les propriétaires de chiens. On peut imaginer un examen des propriétaires de molosses, de chiens qui ont un certain volume et qui représentent une certaine menace; le renforcement de la responsabilité du propriétaire - tout un travail là-dessus!; des règles concernant l'élevage et la tenue de ces chiens; l'obligation faite d'annoncer les morsures, avec un relevé systématique de celles-ci et des blessures; une réglementation sévère au niveau de l'importation, etc. Toutes ces mesures touchent plutôt l'être humain possédant un chien, parce que l'on s'aperçoit que le problème n'est souvent pas au bout de la laisse du côté de l'animal, mais du côté de l'humain.
Cependant les articles 7a et 7c, je dois le concéder, permettent également d'agir contre des chiens jugés dangereux. Donc, ce qui est visé par notre intervention, c'est la menace, le facteur de danger que représente l'animal. On ne détermine donc pas une liste de douze ou treize espèces de chiens à interdire, comme cela a été fait en Valais. Ici, il faut essayer de voir si on peut trouver, au moyen d'un examen fait par un vétérinaire ou que sais-je, la possibilité de définir en quoi un chien est dangereux pour l'homme. Evidemment, cela peut se recouper avec une race, parce que le pitbull, évidemment, c'est une mâchoire ambulante, il a été élevé et éduqué pendant des générations pour mordre. Il est évident que là, le concept de danger et la race du chien se trouvent évidemment très liés.
En commission, nous avons été conscients que le risque zéro n'existait pas. J'ai ici un exemple tout à fait éloquent d'une femme responsable d'un refuge pour animaux, à Sigmaringen, qui se promenait avec son pitbull qui portait une muselière et était tenu en laisse. Le pitbull a échappé à son contrôle, il a arraché sa muselière et est allé mordre un homme au bras. Ce dernier risque maintenant de perdre son bras; parce que, évidemment, un pitbull, c'est un peu un piranha, l'eau en moins - vous voyez donc ce que je veux dire!
Le but que la commission veut atteindre, en vous demandant de soutenir cette motion, c'est de mettre une certaine pression sur le gouvernement pour qu'une action soit entreprise. La commission garde le contrôle sur les ordonnances telles qu'elles seront formulées, puisque la motion demande que ce travail soit fait toujours en collaboration avec les commissions. Mais nous voulons vraiment aller de l'avant et faire en sorte que quelque chose de confédéral soit décidé qui mette tout le monde un peu d'accord.
Monsieur le conseiller fédéral Deiss a joué habilement la carte de la stratégie puisque, au Conseil fédéral, il a retiré le catalogue des mesures en essayant de chercher le soutien du Parlement - qu'il obtiendra vraisemblablement, ce qui est une bonne chose. Cela lui donne plus de muscles - pas dans la mâchoire, j'espère! - pour faire passer ensuite les mesures au niveau du Conseil fédéral.
Voilà un peu ce qu'a été la discussion en commission. Je terminerai en disant qu'évidemment, personne ici n'a envie d'être le "nonosse" d'un molosse et que le pitbull commet parfois de grosses bulles - ce ne sont pas des "p'tites bulles"!