Zisyadis Josef (G, VD):
Mon initiative vise à donner à un canton la possibilité d'instaurer une caisse unique cantonale pour l'assurance-maladie de base en dérogation à la loi actuelle. Cette solution provisoire serait l'occasion de procéder à des expérimentations dans certains cantons qui, par un choix populaire, pourraient décider de tester la caisse unique publique. Cela permettrait de faire avancer ce dossier aujourd'hui bloqué, alors que nous savons tous que nous avons de très grosses lacunes dans le domaine de l'assurance-maladie.
Donc, mon initiative parlementaire ne remet pas en cause la LAMal actuelle. Le choix a été fait par le peuple il y a quelques années, lorsqu'il a refusé l'initiative populaire "pour une caisse maladie unique et sociale". Et nous vivons, je crois, encore dans le cadre de ce refus populaire.
Maintenant, la question est de savoir si nous voulons avancer vers une solution de type fédéraliste et permettre à certains cantons, comme Neuchâtel ou le Jura dont les votes étaient en faveur de la caisse unique, de l'adopter. Ainsi, ces cantons pourraient expérimenter une caisse unique de type public.
Afin de justifier mon initiative, je vais parler d'un certain nombre de lacunes actuelles, particulièrement dans deux domaines. D'abord, les lacunes d'organisation. Les concepteurs de la LAMal ont tenté d'élaborer une solution consensuelle entre les principaux acteurs: l'OFAS, les assureurs-maladie, les cantons, et cette solution se base sur un système avec un volet public et un volet privé. Pourtant, la mise en place de la LAMal aurait dû reposer sur une définition claire, simple et précise des tâches, des compétences et des responsabilités de chacun des acteurs. Cette organisation structurée aurait également dû conduire à l'établissement d'une solide base de données publique, tant dans le domaine ambulatoire qu'hospitalier, ainsi que de statistiques fiables. Aujourd'hui, on sait bien que tous les chiffres sont contestables et fortement remis en question.
Une deuxième lacune importante concerne la gestion des coûts. La maîtrise des coûts implique la connaissance de ces derniers, connaissance qui s'appuie sur la transparence des données. La vraie question est de savoir aujourd'hui si l'acteur public fédéral veut et peut créer cette transparence exigée par les assurés: par exemple, publier uniformément les bilans et comptes des caisses-maladie ou la méthodologie suivie pour le calcul des primes, ce que l'assuré ignore actuellement. De plus, la LAMal a introduit un système de compensation des risques dont l'efficacité est plus que douteuse.
Les assureurs ont l'obligation de constituer des réserves de sécurité, ce qui leur permet d'effectuer à leur guise tous les transferts entre bilans et comptes d'exploitation, conformément à leur politique commerciale. Il n'a jamais été répondu à la question de savoir à qui appartiennent les réserves et les provisions, et les changements d'assureurs-maladie, vivement conseillés par l'OFAS, ne font que déséquilibrer le système.
Comment faut-il donc agir? Nous avons aujourd'hui un système mixte étatique et libéral, mais la Suisse est composée de 26 cantons ayant leur spécificité propre. Près d'une centaine d'assureurs-maladie se sont vu attribuer des missions, donc des droits et des obligations qu'ils ont mal assumés, trop préoccupés qu'ils étaient par le développement de leur activité commerciale. La solution à ce problème passe, à notre sens, par l'adoption de plus de public dans le système, tout en respectant le fédéralisme. La seule solution est donc d'attribuer aux cantons la mission d'administrer l'assurance-maladie dans sa globalité au niveau cantonal. Cette solution aurait l'avantage de maintenir pour certains la LAMal dans son esprit, et la loi devrait évidemment avoir des dérogations telles que l'éradication de la clause de concurrence, ainsi que le transfert des réserves et des provisions auprès de la caisse-maladie cantonale publique.
Je vous invite à donner suite à mon initiative parlementaire. Dans la situation de blocage que l'on connaît et dans laquelle chacun défend le système soit totalement libéral, soit totalement public, je pense que cette proposition permet d'avancer et de mettre à profit les années que nous avons
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AB 2010 N 1299 / BO 2010 N 1299
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devant nous non pas pour stagner, mais pour expérimenter une caisse publique dans un ou plusieurs cantons.