Favre Laurent (RL, NE):
Pour prendre sérieusement en compte les problèmes occasionnés à la biodiversité, à l'agriculture, à la viticulture et à de nombreux quartiers de villégiature dans notre pays, je prie le Conseil fédéral de prendre les mesures adéquates permettant une réelle lutte contre les dégâts causés par les corneilles noires et les corbeaux freux, en priorité par la régulation de leurs effectifs. A cet effet, le statut de protection du corbeau freux est à remettre en question eu égard à la progression importante de sa population. De plus, pour une lutte efficace, l'utilisation du somnifère chloralose doit être autorisée pour les services cantonaux compétents et leurs gardes-faune professionnels et auxiliaires.
En effet, depuis plusieurs années, les dégâts dus aux corneilles et aux corbeaux freux ne cessent d'augmenter. L'agriculture est particulièrement concernée par des pertes sur les semis, sur les récoltes, dans les poulaillers, sur les fruits et la vigne. Les substantielles pertes financières ne sont pas indemnisées par les cantons. Les mesures préventives tout comme le tir ne sont que peu efficaces. En outre, les autorités cantonales ne bénéficient pas des meilleurs instruments permettant de prendre les mesures de régulation qui s'imposent.
De plus, il est bien connu que les dégâts urbains des corvidés sont très nombreux: poubelles, mastic des fenêtres, composts et autres petits saccages. Les amoureux de la nature et des oiseaux savent aussi que la corneille comme le corbeau freux n'ont pour ainsi dire pas de prédateur sous nos latitudes, ce qui provoque une augmentation importante des effectifs. Ces animaux sont aussi des prédateurs importants de nombreuses petites espèces d'oiseaux, mais aussi de batraciens, de levreaux et autres mammifères et reptiles. La prédominance des corvidés met clairement en péril la biodiversité.
Pratiquement, l'homologation du chloralose et son utilisation d'une manière professionnelle permettraient une vraie gestion de la population de corvidés. La régulation des espèces est bien pratiquée en Suisse, à l'exemple des sangliers, renards, cormorans, etc. Utilisée d'une manière appropriée - notamment par les gardes-faune professionnels -, le chloralose est un outil efficace ne provoquant pas de dégâts collatéraux. L'usage de ce somnifère est plus favorable à l'environnement que la multiplication des tirs des chasseurs, notamment.
Par ailleurs, de l'aveu même des services cantonaux concernés, la protection des corbeaux freux est exagérée. Il est donc juste de la remettre en question. Le corbeau freux est protégé par la législation fédérale, car il est beaucoup plus rare et ne niche sur notre territoire que depuis quelques années.
Voici quelques chiffres: en 1960, aucune nichée en Suisse; en 1990, 450 nichées; en 2008, 3200 nichées. En Europe, le corbeau freux est plus fréquent que la corneille. Ainsi, en raison de la forte progression des effectifs de corbeaux freux, il est tout à fait envisageable de lever le statut de protection dont ils bénéficient. Aujourd'hui, cette espèce figure encore sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de Suisse. Or les corbeaux freux sont source de nombreux conflits et problèmes divers, en particulier dans les zones d'habitation, car ils nichent en colonies, font donc beaucoup de bruit et produisent quantité de fientes.
Aussi, la levée du statut de protection du corbeau freux donnerait-elle aux cantons une plus grande marge de manoeuvre. Cette appréciation est issue également de la réponse du Conseil fédéral, qui entre donc en matière sur cette question.
Dans cet esprit, je vous demande de soutenir ma motion. Elle permettrait à la biodiversité, à l'agriculture et à de nombreux citoyens de ne plus subir les désagréments toujours plus prononcés des corneilles noires en donnant à l'autorité les moyens de réaliser une réelle régulation des effectifs, comme cela est réalisé pour différentes autres espèces en Suisse.