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99.443 n Initiative parlementaire. Création d'une commission d'enquête parlementaire

deutsch

Rapport de la Commission de la politique de sécurité du 28 février 2000

La Commission de la politique de sécurité a examiné l'initiative déposée le 31 août 1999 par la Conseillère nationale Jaquet-Berger lors de sa séance du 28 février 2000, conformément à l'article 21ter de la loi sur les rapports entre les Conseils (LREC).

L’initiative demande l’instauration d’une commission d’enquête parlementaire (CEP) chargée notamment de déterminer la nature exacte des actes illicites commis sous l’égide des services de renseignements de l’armée ainsi que les responsabilités des personnes ayant participé à ces agissements ou les ayant couverts de leur autorité.

Proposition de la Commission

Par 14 voix contre 0 et 7 abstentions, la Commission propose de ne pas donner suite à l’initiative.

 

Pour la Commission

Le président: Boris Banga
Contenu:
1 Texte et développement de l'initiative du 31 août 1999
2 Etat des travaux de l'Assemblée fédérale dans le domaine visé par l'initiative parlementaire
3 Etat des travaux de l'Administration fédérale dans le domaine visé par l'initiative parlementaire
4 Considérations de la Commission
 

 

1 Texte et développement de l'initiative du 31 août 1999

1.1 Texte et développement de l’initiative

Selon l’article 21bis de la loi sur les rapports entre les conseils (LRC), je demande par la voie de l’initiative parlementaire l’adoption d’un arrêté fédéral simple portant sur la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée de mener des investigations, avec tous pouvoirs à cet effet, destinées à déterminer la nature exacte des actes illicites commis sous l’égide des services de renseignements de l’armée ainsi que les responsabilités des personnes ayant participé à ces agissements ou les ayant couverts de leur autorité.

1.2 Développement

Les récentes révélations sur les graves dysfonctionnements au sein des services secrets de l’armée montrent que des responsables n’ont pu ignorer, voire ont couvert, des actions illégales. Comment imaginer en effet que M. Dino Bellasi ait pu retirer d’énormes sommes auprès de la Banque nationale sans l’accord d’un de ses supérieurs ou sans que personne ne s’interroge sur ces retraits, leur importance et leur fréquence? Comment expliquer le nombre incroyable de demandes de permis d’achats d’armes sans que quelqu’un se pose des questions? Comment le train de vie de M. Bellasi n’aurait-t-il jamais attiré l’attention de ses collègues ou de ses supérieurs?

Ou bien les services secrets sont à même de se poser au moins de telles questions et de faire preuve d’esprit critique et leur responsabilité peut être mise en cause ou ils sont dépourvus de toute compétence professionnelle et c’est encore plus grave!

Quoi qu’il en soit, la crédibilité de la Suisse et de ses institutions a été gravement mise à mal tant à l’étranger que chez nous. Des faits importants ont été cachés au Parlement, les membres des commissions ont même été induits en erreur. Les informations ne sont venues que tardivement, suscitées par les révélations de la presse ... Et ce ne sont pas les déclarations lénifiantes de Monsieur Ogi au nom du Conseil fédéral le 31 août 1999 qui pourront rétablir la confiance dans nos institutions. C’est pourquoi une enquête parlementaire doit permettre de mettre à jour les responsabilités des uns et des autres et informer des résultats de ses investigations. Le scandale est actuellement trop grand pour vouloir, comme cela paraît être le cas, atermoyer et régler cette question en catimini, laissant aux historiens dans 50 ans le soin de tenter de faire la lumière sur ces épineux dysfonctionnements. Aujourd’hui, nous avons besoin de courage politique. Une commission d’enquête parlementaire en serait un des signes.

2 État des travaux de l’Assemblée fédérale dans le domaine visé par l’initiative parlementaire

En vertu de l’article 47quinquies LRC[1], la mission de haute surveillance des activités de l’administration fédérale dans le domaine de la sécurité de l’Etat et du renseignement incombe à la Délégation des Commissions de gestion. Dans le cadre de l’„affaire Bellasi", après avoir entendu les conseillers fédéraux Adolf Ogi, chef du DDPS, et Kaspar Villiger, ancien chef du Département militaire fédéral, ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires, la Délégation des commissions de gestion décidait le 26 août 1999 de soumettre le Groupe des renseignements (Grrens) à une enquête approfondie, sous réserve que le Parlement ne décide l’institution d’une CEP[2].

Le 31 août 1999, lors de la session spéciale des Chambres fédérales, les groupes socialiste et écologiste demandaient l’institution d’une CEP. Le 30 septembre 1999, le Bureau du Conseil national refusait par 7 voix contre 3 et 1 abstentions l’institution d’une CEP pour faire la lumière sur les récents événements survenus au sein du Grrens du DDPS. Le Bureau estimait en effet dans sa majorité qu’aucun élément nouveau n'était apparu qui justifierait la création d'une CEP. Il restait convaincu que la Délégation des Commissions de gestion est l'organe approprié pour tirer au clair les événements en question.

L’enquête de la Délégation des Commissions de gestion avait notamment pour but[3] de recenser les données sensibles touchées par les événements survenus au sein du Grrens, d’estimer les dommages qui en ont résulté pour le Grrens, d’examiner si les mesures de contrôle interne ont fonctionné, de juger si les règles relatives au contrôle de sécurité des personnes étaient suffisantes, d’évaluer si les recommandations en la matière de la CEP DMF étaient toujours valables, d’apprécier si le fait d’exercer comme fonctionnaire des fonctions analogues dans le civil et au service militaire présentait un danger particulier et de déterminer, à l’avenir, comment concilier impératif du maintien du secret et nécessité de transparence. La Délégation s’était fixé pour objectif d’apprécier les faits sur le plan politique et d’en tirer les enseignements nécessaires pour l’avenir.

Dans les remarques finales de son rapport du 24 novembre 1999, la Délégation des Commissions de gestion constate que „le cas Bellasi n’est pas un problème spécifique aux activités du service de renseignements. Il s’agit d’une infraction grave d’un individu de ce service qui a abusé de sa position officielle pour s’enrichir personnellement au détriment de l’OFEFT (l’Office fédéral des exploitations des forces terrestres). Il est parvenu à ses fins en dissimulant ses agissement illicites aussi bien à ses supérieurs qu’à ses collègues de travail et à ses proches."[4]

Comme le relève le rapport, l’„affaire Bellasi“ a cependant mis en lumière la nécessité de restructurer et de renforcer le service de renseignements. Le rapport propose l’adoption d’une motion chargeant le Conseil fédéral de proposer aux Chambres fédérales un projet de révision de la Loi sur l’organisation du gouvernement et de l’administration (LOGA), qui permette de donner au renseignement stratégique le statut qui est le sien au sein de la conduite de l’Etat. La motion de la Commission de gestion du Conseil national[5] a été transmise le 24 mars 2000[6] et est actuellement à l’examen au Conseil des États; la motion de la Commission de gestion du Conseil des Etats[7] n’a pas encore été examinée. Parallèlement, la Délégation soumettait dix recommandations s’adressant au Conseil fédéral et au DDPS. Les Commissions de gestion prenaient acte du rapport le 30 novembre 1999.

3 État des travaux de l’Administration fédérale dans le domaine visé par l’initiative parlementaire

Depuis le lancement de l’„affaire Bellasi“, plusieurs démarches ont été effectuées, dont toutes n’ont pas encore abouti. Dans le détail, on peut relever les éléments suivants:

3.1 Enquête pénale

Le 12 août 1999, le Ministère public de la Confédération est chargé d’une enquête pénale. Parallèlement, il ouvre une enquête de police judiciaire contre l’ancien comptable. A ce jour, la procédure n’est pas encore achevée. Dino Bellasi est soupçonné d’avoir commis une ou plusieurs des infractions suivantes: gestion déloyale des intérêts publics, faux dans les titres commis dans l’exercice de fonctions publiques, blanchiment d’argent, recel et instigation à commettre un crime ou un délit. Le 27 août 1999, le Ministère public de la Confédération indique que l’enquête de police judiciaire n’est plus dirigée uniquement contre Dino Bellasi, mais également contre MM. Regli (sous-chef d’Etat-major renseignements), Stoll (attaché de défense à Budapest et supérieur de Bellasi entre janvier 1996 et octobre 1997), Geinoz (chef d’Etat-major du Grrens) et Schreier (chef du service de renseignement stratégique et supérieur de Bellasi entre janvier 1990 et décembre 1995). Après avoir inculpé les anciens supérieurs de Bellasi de complicité et éventuellement d’abus d’autorité, le Ministère public libère le 31 août MM. Regli, Stoll et Geinoz de tout acte d’accusation et les innocente. En revanche, l’enquête contre Fred Schreier se poursuit en tant que coauteur ou complice présumé des infractions commises par Dino Bellasi. Elle n’est à ce jour pas terminée.

3.2 Enquête administrative

Le 12 août 1999, le DDPS indique dans un communiqué qu’une enquête administrative a été ordonnée. Celle-ci est confiée aux soins de M. Max Widmer qui a consigné ses conclusions dans un rapport[8] rendu public le 29 novembre 1999. Il y décrit plusieurs problèmes inhérents au système, qu’il recommande de régler, notamment concernant les contrôles de sécurité du personnel employé par le Grrens, les prélèvements d’avances en espèces, la comptabilité pour les services effectués au sein du Grrens, l’OFEFT ainsi que l’organisation et la structure du Grrens. L’enquête conclut à la nécessité de resserrer les contrôles tout en gardant un sens des proportions. Le meilleur des systèmes de contrôle ne pourra cependant pas complètement écarter le risque d’infraction contre le patrimoine.

3.3 Enquête militaire en complément de preuves

Le 1er septembre 1999, l’auditeur en chef de l’armée, le brigadier Dieter Weber, informe qu’il a ordonné une enquête militaire en complément de preuves. Celle-ci doit permettre de faire la lumière sur des tirs organisés entre 1994 et 1997 par Dino Bellasi avec des armes et des munitions privées lors de cours et de services de l’armée. Le 17 septembre 1999, l’auditeur en chef de l’armée donne connaissance des résultats de l’enquête du juge d’instruction militaire. L’enquête confirme qu’à l’occasion de cours militaires du Grrens de 1994 à 1997 à Spiez et en 1997 à Andermatt, ainsi qu’à l’occasion de service militaire effectué par des membres du Grrens, Dino Bellasi a organisé, sans permission, des exercices avec des armes et des munitions privées. L’enquête révèle aussi qu’à une reprise au moins, en 1997, les supérieurs de Bellasi ont reçu un rapport écrit sur les tirs effectués avec des armes privées et des armes étrangères.

Une enquête militaire ordinaire est ordonnée contre Dino Bellasi pour non-observation de prescriptions de service. En revanche, aucune enquête n’est ordonnée contre les supérieurs de Bellasi, les faits étant prescrits.

3.4 Analyse des risques et des processus du trafic des paiements

Le 25 août 1999, le chef du DDPS informait la presse que le Conseil fédéral avait chargé le Contrôle fédéral des finances (CDF) d’entreprendre une analyse des risques et des processus du trafic des paiements, notamment au sein du DDPS. Le 6 décembre 1999, le CDF rendait rapport au Conseil fédéral en lui soumettant 122 propositions d’améliorations[9], dont une partie a déjà été réalisée.

3.5 Procédure disciplinaire

A titre de complément, une procédure disciplinaire a été lancée contre 13 collaborateurs du DDPS, dont 7 à l’Etat-major général et 6 aux Forces terrestres. Elle n’est à ce jour pas encore achevée.

3.6 Commission d’étude sur le Grrens

Le 10 septembre 1999, le chef du DDPS indiquait qu’il avait chargé l’ancien secrétaire d’Etat Edouard Brunner de mettre sur pied une commission d’étude afin de faire le point sur les besoins en renseignement et l’organisation des services concernés. La Commission a publié son rapport le 15 février 2000[10], dans lequel elle recommande la démilitarisation du renseignement stratégique. Le rapport contient 17 recommandations, dont les grandes lignes sont la professionnalisation et la démilitarisation du renseignement stratégique ainsi qu'un meilleur contrôle politique et administratif. Le chef du DDPS confiait dans la foulée au chef d’Etat-major général la mission de mettre sur pied un groupe de travail devant préparer la mise en œuvre des recommandations contenues dans le rapport de la commission d’étude.

4 Considérations de la commission

La Commission de la politique de sécurité du Conseil national (CPS-CN) est convaincue que ce qui devait être fait pour éclairer l'„affaire Bellasi" l'a été. Elle a même l’impression qu’une réaction moins émotionnelle aurait mieux servi la cause. De son point de vue, il ressort clairement des différentes démarches entreprises que l’„affaire Bellasi" est une affaire d’escroquerie qui n’est pas un problème spécifique aux activités du service de renseignements et qui ne jette aucune ombre sur les activités de renseignement. Tout au plus cette affaire constitue-t-elle une occasion de se poser la question plus fondamentale de la place que doit occuper le renseignement dans la conduite de l’Etat.

La CPS-CN estime en revanche que la politique d’information pratiquée de toute part lors de cette affaire a été néfaste à la cause et a contribué à envenimer la situation. Elle fustige notamment le DDPS qui, de son point de vue, a surréagi! La commission conseille au département de mettre au point un concept d’information qui détermine à l’avance la façon dont il convient de réagir à ce type d’événements, ceci devant lui permettre de ne pas se laisser dicter la marche à suivre par la presse.

La CPS-CN se déclare préoccupée par les conséquences de l’„affaire Bellasi". Elle constate que l’on a à l’avance condamné plusieurs personnes, qui se sont révélées innocentes par la suite. Cette démarche a eu pour effet négatif de coûter son poste notamment au divisionnaire Regli, ce que la commission regrette.

Selon la CPS-CN, l’institution d’une commission d’enquête doit répondre aux critères définis par l’article 55 LREC[11], qui stipule que des commissions d’enquête peuvent être instituées lorsque des faits d’une grande portée survenus dans l’administration fédérale exige que l’Assemblée fédérale clarifie de façon particulière la situation. La commission d’enquête doit rester un moyen extraordinaire de faire la lumière sur des faits non avérés. En l’état, la CPS-CN estime que la situation a été établie dans les détails, les conditions fixées par l’article 55 LREC ne sont ainsi pas remplies. Selon elle, la Délégation des Commissions de gestion était et reste l'organe parlementaire approprié pour traiter de la question.

Pour toutes ces raisons, la CPS-CN est d’avis qu’il convient de clore le chapitre Bellasi et de se concentrer sur l’organisation future du renseignement. Selon elle, le service de renseignements devrait à l’avenir être découplé de la structure militaire de l’Etat-major général; idéalement, il devrait être placé à proximité du Conseil fédéral. Le problème est en effet souvent que l’analyse ne parvient pas au Conseil fédéral. Dans l’intervalle, il conviendrait au minimum de subordonner le plus rapidement possible le service de renseignement stratégique au chef du DDPS. La question d’un département de la sécurité reste posée.


[1] RS 171.11
[2] Voir: Evénements survenus au Groupe des renseignements de l’Etat-major général („affaire Bellasi“). Rapport de la Délégation des Commissions de gestion des Chambres fédérales, 24 novembre 1999, FF 2000, p. 531
[3] Evénements survenus au Groupe des renseignements de l’Etat-major général („affaire Bellasi“). Rapport de la Délégation des Commissions de gestion des Chambres fédérales, 24 novembre 1999, FF 2000, p. 534
[4] Evénements survenus au Groupe des renseignements de l’Etat-major général („affaire Bellasi“), op.cit., p. 565
[5] 99.3578 Mo. CdG-CN. Renseignement stratégique et LOGA
[6] Bulletin Officiel, Conseil national, Session de printemps 2000, Quinzième séance – 24 mars 2000
[7] 99.3579 Mo. CdG-CE. Renseignement stratégique et LOGA
[8] Schlussbericht der Administrativuntersuchung im VBS, erstattet vom Untersuchungsbeauftragten Dr. Max Widmer, Rechtsanwalt, Luzern, 29. November 1999, 114 S.
[9] Bericht an den Bundesrat über die Prozess- und Risikoanalyse im Zahlungsverkehr des Eidg. Departementes für Verteidigung, Bevölkerungsschutz und Sport (VBS), Eidgenössische Finanzkontrolle, 6. Dezember 1999
[10] Rapport de la Commission d’étude sur le Groupe des renseignements au président de la Confédération, Adolf Ogi, chef du DDPS, 15 février 2000, 23 p.
[11] RS 171.11

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