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Révision
partielle du droit de bail dans le Code des obligations et initiative
populaire « Pour des loyers loyaux » |
Message du
15 septembre 1999 relatif à la révision partielle du droit de bail dans le code
des obligations et à l'initiative populaire « Pour des loyers
loyaux » (FF 1999 9127)
Situation
initiale
Le droit du bail actuel est entré en vigueur le 1er juillet
1990. Des appels provenant aussi bien des locataires que des bailleurs n’ont
cessé de s’élever pour réclamer d’autres modifications.
Le 14 mars 1997, l’Association suisse des
locataires a déposé l’initiative populaire «pour des loyers loyaux».
L’initiative populaire renferme les points suivants, sous la forme d’un texte
rédigé de toutes pièces:
a. Définition des
loyers initiaux considérés comme abusifs;
b. Fixation des
variations de loyers sur la base d’éléments influençant directement les coûts,
à l’exclusion des motifs d’adaptation dits absolus (loyers usuels dans la
localité ou dans le quartier, amélioration du rendement). Les adaptations de
loyer basées sur l’évolution du taux hypothécaire doivent être calculées sur
une valeur moyenne établie sur cinq ans (taux hypothécaire «lissé»);
c. Limitation et
échelonnement des augmentations de loyer liées à un transfert d’immeuble;
d. Délégation aux
cantons de la tâche de légiférer afin que seules les prestations liées à la
consommation effective des locataires puissent leur être facturées au titre de
frais accessoires;
e. Obligation générale
de respecter des formules approuvées, également pour les loyers initiaux et les
autres prétentions du bailleur;
f. Dispositions
spéciales pour les logements d’utilité publique et pour les contrats- cadre
ayant force obligatoire;
g. Obligation de
prouver que les motifs d’un congé sont justifiés et définition des éléments
constitutifs du congé abusif.
Le Conseil fédéral rejette l’initiative car celle-ci entérine les
éléments de loyers couvrant les coûts comme étant la seule base d’adaptation
des loyers et prive ainsi le marché du logement d’une
nécessaire souplesse. Il reconnaît néanmoins la justesse de certaines
revendications de l’initiative populaire, notamment en relation avec les effets
problématiques du couplage entre le taux hypothécaire et les loyers. Cependant,
la proposition de fixer un taux hypothécaire lissé ne ferait que différer le
problème sans le régler.
De l’avis du Conseil fédéral, il convient donc de traiter le «problème du
couplage» sur le fond. Il souhaite également remédier à quelques-unes des
faiblesses incontestées de la réglementation actuelle.
Fort de ces considérations, le Conseil fédéral a décidé d’opposer à
l’initiative populaire «Pour des loyers loyaux» un contre-projet indirect
comportant les nouveautés essentielles suivantes:
– les loyers doivent
dorénavant être adaptés en priorité à l’évolution de l’indice suisse des prix à
la consommation, ceci à raison de 80 % des variations de l’indice;
– la détermination du
caractère abusif d’un loyer ne repose plus sur la notion de rendement excessif,
mais sur le principe des loyers comparatifs,
– la taille des
appartements et des maisons familiales de luxe est estimée sur la base de la
surface nette habitable et non plus sur le nombre de pièces,
– les augmentations de
loyer motivées par des investissements entraînant une plus-value de la chose
louée ou par un transfert d’immeuble doivent être échelonnées dès qu’elles
dépassent 20 %du montant du loyer précédent,
– les loyers de
logements en faveur desquels des mesures d'encouragement ont été prises par les
pouvoirs publics doivent également pouvoir être examinés quant à leur
légitimité, ceci dans le cadre des dispositions de la procédure administrative,
– les autorités de
conciliation doivent pouvoir trancher tous les litiges portant sur une valeur
litigieuse ne dépassant pas 5000 francs,
– les parties sont
exonérées d’émoluments et de frais judiciaires pour les litiges concernant les congés
abusifs ainsi que pour les litiges portant sur une valeur litigieuse ne
dépassant pas 20 000 francs.
Aucune modification n’est prévue au niveau de la protection contre les
congés abusifs. Celle-ci a été beaucoup moins controversée par le passé que les
règles d’adaptation des loyers. La modification de la loi s’applique donc
essentiellement à la détermination des loyers.
Délibérations
Projet 1
Arrêté
fédéral relatif à l'initiative populaire « Pour des loyers loyaux »
05-12-2000 CN
Décision conforme au projet du Conseil fédéral.
14-12-2000
CE Le délai pour le traitement de l'initiative populaire est prorogé d'une
année.
05-12-2001
CE Adhésion.
05-12-2001 CE Adhésion.
12-03-2002 CN L'arrêté est adopté en votation finale. (102:60)
12-03-2002 CE L'arrêté est adopté en votation finale. (35:4)
Projet 2
Code des
obligations (Bail à loyer et à ferme)
11-12-2000 CN
Décision modifiant le projet du Conseil fédéral.
05-12-2001 CE
Divergences
05-06-2002 CN Divergences.
18-09-2002 CE Divergences.
30-09-2002 CN Divergences.
26-11-2002 CE Divergences.
09-12-2002 CN Décision conforme à la proposition de la
Conférence de conciliation.
10-12-2002 CE Décision conforme à la proposition de la
Conférence de conciliation.
13-12-2002 CN La loi est adoptée en votation finale. (98:71)
13-12-2002 CE La loi est adoptée en votation finale. (36:5)
Lors du
débat d’entrée en matière au Conseil national, les orateurs se sont
accordés sur la nécessité d’un changement dans la législation. Alors que les
socialistes et les Verts soutenaient l’initiative au nom de la protection des
locataires, la droite défendait l’entrée en matière sur un contre-projet
destiné à insuffler davantage de marché dans le secteur du logement.
Finalement, l’arrêté fédéral proposant de rejeter l’initiative a été adopté par
112 voix contre 66. C’est par 113 voix contre 66 que l’entrée en matière sur le
contre-projet indirect du Conseil fédéral, remanié par la Commission de
l’économie et des redevances au détriment des locataires, a été votée.
Au cours de
la discussion par article, l’une des questions les plus controversées a porté
sur le niveau à partir duquel un loyer peut être considéré comme abusif. Selon
une minorité bourgeoise de la commission, les loyers sont à considérer comme
abusifs s’ils dépassent de plus de 20 % le niveau des loyers usuels dans la
localité et dans le quartier. L’écart de 15 % retenu par le Conseil fédéral et
la majorité de la commission l’a emporté par 107 voix contre 70. En accord avec
le Conseil fédéral, les appartements de luxe ne doivent pas être pris en
considération lors de l’adaptation des loyers de référence. Mais les
appartements loués par des coopératives ou des collectivités ont également été
écartés, contre l’avis du Conseil fédéral, qui a plaidé pour une norme
statistique la plus proche possible de la réalité, et d’une forte minorité rose-verte de la commission (93-78).
La question
de savoir dans quelle mesure les loyers doivent être adaptés au renchérissement
a constitué l’un des principaux points d’achoppement des débats. La majorité de
la commission exigeait une compensation du renchérissement de 100 %, la
minorité étant favorable à une adaptation à hauteur de 60 %. Une proposition de
Hugo Fasel (G, FR), allant dans le sens souhaité par
le Conseil fédéral visait un compromis à 80 %. La solution de compromis a
rallié la majorité des suffrages (90-74). La Chambre du peuple a refusé, contre
l’avis de la majorité de sa commission, mais dans le sens souhaité par le
Conseil fédéral, d’accorder la possibilité aux bailleurs de procéder tous les
quatre ans à une adaptation aux loyers comparables dans la localité en plus de
la compensation du renchérissement.
Elle s’est
prononcée contre la gratuité de la procédure pour des litiges dont la valeur
n’excède pas 20 000 francs. Le Conseil fédéral, soutenu par une minorité
de la Commission, proposait cette innovation sur le modèle du droit du travail.
Craignant une ruée sur les tribunaux, la majorité bourgeoise a estimé, par 99
voix contre 57, que la mesure n’était pas nécessaire.
Au vote sur
l’ensemble, les députés ont adopté le projet par 95 voix contre 55.
Le Conseil
des Etats a estimé, comme la majorité de sa commission, que l’initiative
comprenait des éléments de loyers couvrant les coûts, notamment le lien avec les
taux hypothécaires, qui manquent de souplesse et qu’elle prévoyait une
protection des locataires contre les résiliations qui limite par trop la
liberté des bailleurs dans ce domaine. Il a donc adopté l’arrêté fédéral
proposant de rejeter l’initiative par 32 voix contre 5.
Lors de la
discussion par article du contre-projet, le Conseil des Etats s’est écarté du
Conseil national en décidant, comme le souhaitait la majorité de sa commission,
que les loyers comparatifs seraient utilisés pour contrôler, tous les cinq ans,
à la demande du locataire, si un loyer est abusif. Il a créé une divergence
notoire avec le Conseil national sur la question de l’adaptation des loyers.
Contre l’avis du Conseil fédéral qui estimait cette proposition injuste à
l’égard des locataires et comportant des conséquences sociales négatives, il a
suivi la proposition de minorité de Toni Dettling (R, SZ). Les bailleurs pourront ainsi non
seulement adapter les loyers chaque année au plein renchérissement, mais aussi,
tous les cinq ans, à la moyenne des loyers usuels dans le quartier, cette
seconde hausse ne devant pas dépasser 15 %. La Chambre haute a d’autre
part repris une disposition écartée par le Conseil national et décidé que le
Conseil fédéral pourrait fixer une limite aux augmentations lorsque le
renchérissement dépassait 5 % durant deux années consécutives. Au vote sur
l’ensemble, le projet a été accepté par 22 voix contre 12.
Après ce
choix du Conseil des Etats qualifié de « déséquilibré et inacceptable pour
les locataires » par Jean-Paul Glasson (R, FR),
la Commission des affaires juridiques du Conseil national a repris l’étude de
la révision du droit du bail. La majorité de la commission s’est prononcée en
faveur du compromis élaboré par les milieux immobiliers romands et les locataires,
dit accord romand. Ce modèle prévoit la suppression de toute référence aux taux
hypothécaires pour la fixation des loyers. Ceux-ci ne pourraient être indexés
en principe qu’à raison de 80 % du renchérissement annuel. En cas de
flambée des taux hypothécaires, le propriétaire pourrait exiger une hausse s’il
démontre que le rendement net de ses investissements s’est effondré. A
l’inverse, le locataire pourrait demander une baisse si le rendement est
excessif. Une minorité de la commission, à laquelle ont adhéré la plupart des
députés bourgeois alémaniques a soutenu les propositions de Jean-Michel Cina (C, VS). Ce modèle fixe les loyers initiaux sur la
base d’une comparaison des prix usuels dans le quartier, les propriétaires
pouvant ensuite répercuter le plein renchérissement annuel et prévoir d’autres
augmentations en cas de travaux ou autres investissements. Une autre minorité
de la commission emmenée par Rolf Hegetschweiler (R,
ZH) a défendu un système encore plus favorable aux bailleurs.
La majorité
bourgeoise du Conseil national a refusé l’accord romand. Soutenu par
Pascal Couchepin qui a qualifié ce compromis de
« pyramide baroque, catastrophique du point de vue du droit », la
droite a imposé un système proche de celui choisi par le Conseil des Etats. La
Chambre du peuple s’est prononcé en faveur du modèle de Jean-Michel Cina (C, VS) refusant ainsi aux propriétaires le droit
d’augmenter tous les cinq ans les prix en se basant sur la statistique des
loyers usuels. Par contre, les loyers initiaux fixés sur la base d’une
comparaison des prix usuels dans le quartier ne seront considérés comme abusifs
que s’ils dépassent de plus de 15 % la moyenne. Différentes propositions
du président des propriétaires zurichois, Rolf Hegetschweiler
(R, ZH) plus favorables aux bailleurs comme certaines autres du camp rose-vert en faveur des locataires ont été rejetées.
Le Conseil
des Etats a maintenu des divergences avec le Conseil national. Lors d’un
changement de propriétaire, le bailleur pourra augmenter le loyer de 20 %
au maximum par année. La Chambre haute a suivi sa commission en ce sens par 24
voix contre 9. Elle a en revanche rejeté la proposition de Jean Studer (S, NE) d’appliquer la même limite lors d’un
changement de locataire. Enfin, la protection contre les loyers abusifs ne
concernera pas les baux d’entreprises qui atteignent un chiffre d’affaires
annuel de plus de 2,5 millions de francs ou emploient au moins 20 personnes.
Cette proposition de Rolf Schweiger (R, ZG) a été
adoptée de justesse par 17 voix contre 15.
Le Conseil
national a refusé de se rallier au Conseil des Etats sur les hausses de
loyer en cas de changement de propriétaire. Il n’a pas non plus voulu écarter
certains locaux commerciaux de la protection contre les loyers abusifs. Il a de
même maintenu des garde-fous pour éviter les abus lors du changement de
système. Un propriétaire qui voudrait augmenter d’anciens loyers devrait
d’abord prouver qu’il a reporté aussi les baisses des taux hypothécaires
précédentes. Par contre, la Chambre basse s’est ralliée au Conseil des Etats
sur la question de la consultation des loyers comparatifs. Par 96 voix contre
60, il a décidé que les locataires n’auront pas le droit de consulter
personnellement la statistique des loyers comparatifs établie par la Confédération,
malgré l’opposition rose-verte.
Le Conseil
des Etats a maintenu ses positions précédentes, souvent contre l’avis du
conseiller fédéral, Pascal Couchepin, et rendu ainsi
inévitable la convocation d’une conférence de conciliation. Cette dernière
a proposé notamment de ne pas soumettre à la protection contre les loyers
abusifs certains baux d’entreprise. Elle a également laissé la possibilité
d’augmenter le loyer en cas de changement de propriétaire, avec un maximum fixé
toutefois à 10 % par année du montant du loyer précédent.
Les deux
Conseils ont adopté les propositions de la conférence de
conciliation.
L’initiative populaire a été rejetée le 9 mai 2003 par 67,3 % des votants. (cf. http://www.admin.ch/ch/f/pore/va/index.html)
Le referendum
lance par l’Association suisse des locataires ayant
abouti, le peuple s’est prononcé contre la révision partielle du droit de bail.
Le projet a
été rejeté par le people le 8 février 2004 par 64,1 % des votants et par tous
les cantons.