Monsieur le Président,
Monsieur le Président du Conseil des Etats,
Monsieur le Secrétaire d'Etat, Monsieur l’Ambassadeur,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec une joie profonde que nous vous accueillons aujourd'hui à Berne. Votre visite revêt une éminente signification. Elle intervient au moment même où nous espérons une conclusion heureuse des négociations sectorielles bilatérales que nous avons engagées après le refus de justesse du traité instituant l'Espace économique européen.

Nous voulons rendre hommage tout d'abord à ceux qui ont créé l'Assemblée parlementaire des Communautés européennes devenue le Parlement européen. La première idée qui vint aux Européens lorsque à la sortie de la Seconde Guerre mondiale ils voulurent tourner le dos à leur passé et unir l'Europe fut de créer une assemblée européenne. En 1945, c'était la démocratie qui sortait victorieuse de dictateurs. Il fallait donc faire l'Europe démocratique, c'est à dire l'Europe parlementaire. C'est ce que vous avez eu la lucidité de faire à six d'abord dès 1952. Les autres peuples d'Europe vous sont reconnaissants d'avoir initié ce mouvement historique, cette œuvre de paix. Votre propre pays, l’Espagne, a pris une éminente part à ce processus dès son retour à la démocratie.

Vous avez réussi à dépasser des rivalités mortelles par la mise sur pied d'institutions communautaires et l'activation des forces vives de l'Europe. Aujourd'hui, avec le traité de Maastricht, complété par celui d’Amsterdam, vous voulez aller plus loin car comme vous l’avez dit lors de votre élection : " L’UE a un objectif essentiel : préserver la paix et pour celle faire elle doit s’améliorer et se renforcer ". Les nations de l'Union européenne pour maintenir leurs valeurs de civilisation, pour affermir la paix sur le Vieux Continent, pour faire valoir efficacement leurs intérêts. Elles comprennent que l'Union européenne ne comptera, au 21e siècle, sur la scène mondiale que si elle dispose d'une monnaie, symbole de la puissance économique, d'une politique étrangère au service de leurs intérêts communs, d'une défense sans laquelle elles doivent s'en remettre à autrui pour leur sécurité.

Les révisions des traités ont abouti à une extension des pouvoirs du Parlement européen. Nous savons que vous ne concevez pas cet élargissement des compétences comme une fin en soi, mais parce que l’Union connaîtra immanquablement une crise de légitimité si ses structures ne deviennent pas aussi démocratiques que celles de pays membres.

Face au dynamisme de l’Union européenne, il était impensable que la Suisse se tienne durablement à l'écart d'une entreprise qui est la réalité majeure de l'Europe d'aujourd'hui et qui exerce une force d'attraction considérable comme en témoigne les nombreuses candidatures présentées ces dernières années en provenance de l’Europe centrale et orientale.

Pour notre pays, le rapprochement avec l'Europe est un défi considérable. Il s'agit de concilier les exigences de l'intégration européenne avec la tradition suisse de l'autonomie cantonale et communale ainsi que la démocratie directe. Il conviendra aussi de prévenir le dumping salarial qui aurait pour effet de diminuer les salaires des travailleurs suisses. Ce ne sera pas facile à réaliser. Nous sommes conscients des sacrifices à faire et du travail de persuasion qui est devant nous. Mais comme le disait si justement le regretté Jean-Pascal Delamuraz, nous sommes de ceux qui pensent que l’Europe n’est pas un problème mais une solution.

En effet, la Suisse est trop européenne pour pouvoir renoncer à participer à l'édification de notre continent mais ses habitants sont trop enracinés dans un ordre étatique à la taille de l'homme pour jeter par-dessus bord notre fédéralisme et notre démocratie directe. Y a-t-il là une contradiction insurmontable ? Nous ne le pensons pas car une fois passées les années de l'approfondissement de l'œuvre entreprise les valeurs que j'ai évoquées me paraissent appelés à un grand avenir et permettre de combler ce que l'on qualifie parfois de déficit démocratique dans l’UE d'aujourd'hui. Nous avons un bénéfice démocratique à partager avec l’Europe !

Fédéralisme créatif et démocratie directe, quoi de plus moderne que la participation permanente et la plus large possible des citoyens aux choix essentiels pour leur destin !

Notre parlement a été suivi par le peuple lorsqu’il a mis au point la redevance poids lourds liée aux prestations. Nous sommes présentement en pleine campagne référendaire pour faire adopter la réalisation et le financement des projets d’infrastructures destinés aux transports publics. Dans cinq jours, nous espérons un résultat heureux qui nous rapprochera encore plus de vous.

L’Assemblée fédérale compte sur le soutien du Parlement européen afin que les négociations soient conclues rapidement puis, lorsque le temps sera venu, de ratifier les résultats.

Je lève mon verre à votre santé, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, et à l'avenir des peuples de l’Union européenne que vous représentez !

Vive la Confédération suisse ! Vive l'Europe unie !