(ats) L'initiative d'Uniterre pour une agriculture écologique, sans OGM et tournée vers la production locale n'a pas la cote au National. Pour tous les partis hormis les Verts, le texte va trop loin. Tout comme les plans du Conseil fédéral pour 2022, selon le lobby paysan.

Moins de trois mois après le oui massif à l'article constitutionnel sur la sécurité alimentaire, la question de l'agriculture revient sur le tapis au Parlement. Mais cette fois, l'initiative du syndicat paysan "Pour la souveraineté alimentaire. L'agriculture nous concerne toutes et tous" ne bénéficie pas des mêmes faveurs.

La votation du 24 septembre portait sur "un projet couvrant l'ensemble du secteur, de la fourche à la fourchette, on peut s'interroger sur l'utilité de l'initiative soumise aujourd'hui au Parlement, a déclaré pour la commission Olivier Feller (PLR/VD). L'article constitutionnel prévoit déjà une protection massive des terres cultivables, selon Isabelle Chevalley (PVL/VD).

Plus d'agriculture et moins d'agroindustrie

Mais Uniterre n'est pas satisfait de cet article plébiscité par le peuple. "Ce que veut l'initiative, c'est plus d'agriculture et moins d'agroindustrie", a lancé Balthasar Glättli (Verts/ZH) membre du comité d'initiative. Il faut selon lui, "une autre agriculture qui revienne aux fondamentaux de la vie" ici et ailleurs dans le monde.

Son orientation générale est claire, selon Adèle Thorens (Verts/VD): "Plus durable, plus écologique et plus sociale". Le texte veut renforcer le rôle des petits paysans dans l'approvisionnement, notamment à travers la commercialisation directe, et demande l'interdiction des OGM, une question qu'il faudra bien régler définitivement, selon la Vaudoise.

Le texte, bien que trop touffu, a bénéficié d'un accueil bienveillant auprès de l'UDC. Car il s'inscrit dans un contexte particulier; à peine la votation passée, le Conseil fédéral a publié début novembre un rapport sur les perspectives de la politique agricole pour l'après 2022.

Engagements de Johann Schneider-Ammann

"Ce rapport a réveillé un géant endormi", a illustré Markus Ritter (PDC/SG), président de l'Union suisse des paysans. Il prône en effet un démantèlement de la protection douanière avec l'UE, ce qui se traduira par la mort assurée du secteur, selon lui.

"C'était une initiative de trop avant le 1er novembre, depuis la donne a changé", a renchéri Jean-Pierre Grin (UDC/VD). Elle pourrait constituer selon lui une réponse de désapprobation pour la politique agricole fédérale.

Le parti veut d'abord mettre le gouvernement devant ses responsabilités. A la foire des Goûts et Terroirs à Bulle, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s'est dit prêt à organiser une soupe de Kappel avec la branche, a rappelé Pierre-André Page (UDC/FR). "A vous maintenant de nous confirmer votre volonté de dialogue". Pour l'UDC, il faut réviser ce rapport.

Contre-projet compromis

L'idée d'un contre-projet n'a toutefois pas obtenu beaucoup de soutien. Seuls les socialistes et les Verts y souscrivent. L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) s'est montré critique, car il est en contradiction avec la vue d'ensemble 2022+ du Conseil fédéral. Pour les PLR, il faut rejeter à la fois l'initiative et tout contre-projet. Tous deux poseraient trop d'entraves au libre-échange.

Une position partagée par le Conseil fédéral. Introduire des barrières douanières pour les produits importés serait contraire aux accords de libre-échange, selon sa prise de position.

Le débat reprendra jeudi avec notamment l'intervention de Johann Schneider-Ammann. Parmi les promoteurs de l'initiative, on retrouve l'ancien conseiller d'Etat fribourgeois Pascal Corminboeuf, le popiste vaudois Josef Zisyadis ou le socialiste genevois Jean Ziegler.