Le couperet est tombé le 26 mai. Après sept ans de négociations interminables, Berne enterre l'accord-cadre. Le ministre des affaires étrangères, en charge du dossier, n'est certes pas le seul à blâmer. Mais il n'a pas non plus réussi à convaincre ses collègues.
Son discours parfois louvoyant n'a sûrement pas aidé. Alors que le Conseil fédéral ne voulait pas faire de concession sur la protection des salaires, Ignazio Cassis a laissé entendre que cette "ligne rouge" pourrait être franchie.
Face à la levée de boucliers des syndicats et de la gauche, il fait marche arrière. C'est l'une des raisons avancées, avec la directive sur les droits des citoyens européens et les aides d'Etat, pour justifier le rejet de l'accord-cadre.
Arrondir les angles avec Bruxelles
Au final, l'UDC est la seule à se réjouir de cet échec. Certains de ses élus félicitent le Tessinois d'avoir mis en lumière les enjeux et les problèmes du texte. A l'autre bout de l'échiquier, d'aucuns l'accusent d'être resté prisonnier de son électorat parlementaire.
Le Plr avait fait les yeux doux à l'UDC lors de sa campagne pour le Conseil fédéral en 2017, en renonçant par exemple à sa nationalité italienne. Pierre Maudet, son concurrent avec Isabelle Moret, avait lui refusé d'abandonner son passeport français. Ignazio Cassis passe la rampe sans peine. Le Tessin n'était plus représenté au gouvernement depuis près de vingt ans.
A la présidence de la Confédération, il aura la délicate tâche de renouer les relations passablement écorchées avec l'Union européenne. Bruxelles ne semble pas décolérer et refuse tout nouvel accord d'accès au marché sans régler auparavant la question institutionnelle.
Les conséquences s'en font déjà ressentir. La reconnaissance mutuelle pour le matériel médical n'a pas été poursuivie. La Suisse est exclue du programme de recherche européen Horizon Europe. Et l'accord pour le secteur de l'électricité est bloqué. Fortement critiqué dans les médias pour avoir édulcoré, voire même passé sous silence, les effets négatifs du rejet de l'accord-cadre, Ignazio Cassis devra peut-être revoir sa communication.
Le coronavirus en embuscade
La crise du coronavirus pourrait également occuper une part importante de son mandat. La campagne de vaccination semble stagner. Or l'immunité collective n'est pas encore assez élevée. Avec environ 10'000 cas par jour, la Suisse se situe au coeur de la cinquième vague et le système de santé risque de nouveau la surcharge.
L'arrivée du variant omicron, plus contagieux et potentiellement résistant à l'immunité, pourrait encore aggraver la situation. L'ancien médecin cantonal, relativement effacé sur le dossier jusqu'ici, pourrait alors se mettre en avant.
Une exposition bienvenue, alors que le deuxième siège du PLR au Conseil fédéral est sous pression avec la poussée verte aux dernières élections. Le Tessinois, plus controversé que sa collègue de parti Karin Keller-Sutter, est dans leur ligne de mire.
Plusieurs faux-pas diplomatiques
Outre l'accord-cadre, plusieurs affaires diplomatiques font tache. Au retour d'une visite en Israël et dans les territoires occupés, Ignazio Cassis affirme que l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) "fait partie du problème davantage que de la solution" et provoque un tollé.
La Suisse abandonne ensuite à son sort l'ex-commissaire de l'agence, Pierre Krähenbühl, mis en cause pour abus de pouvoir, et suspend temporairement sa contribution à l'agence. Même blanchi, le Genevois n'a toujours pas retrouvé le soutien de Berne.
Les critiques fusent également à l'interne. Plusieurs diplomates ont dit haut et fort leur mécontentement face à un transfert vers un poste moins prestigieux. Pour leur chef, les insatisfactions ponctuelles sont normales, notamment après des réformes.
Le ministre, qui n'a jamais dû affronter le verdict du peuple, s'est aussi mis le Parlement à dos plus d'une fois. Autorisations de vente d'armes vers les pays en guerre civile, traité sur l'interdiction des armes nucléaires ou pacte sur les migrations ont fait l'objet de vives joutes entre les élus et le ministre.