La succession de Simonetta Sommaruga s'est ponctuée par un énorme rebondissement. La Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider, qui aura 59 ans à Noël, a obtenu au troisième tour de scrutin 123 voix sur 245 bulletins valables. Avec elle, les Latins obtiennent la majorité au gouvernement.
Eva Herzog, pourtant favorite tout au long de la course au Conseil fédéral, a obtenu 116 voix. La sénatrice jurassienne a fait la course en tête dès le premier tour de scrutin. Mais les voix se sont distribuées sur un troisième candidat non officiel en la personne de Daniel Jositsch.
Le sénateur zurichois s'était porté candidat avant de se retirer pour laisser la place à un ticket entièrement féminin, selon la volonté de la direction du PS. Une décision qui n'a apparemment pas été du goût de certains parlementaires de droite. Le Zurichois a obtenu 58 voix au premier tour, 28 au deuxième et 6 au dernier.
"Avec passion"
Dans son allocution devant le Parlement, Elisabeth Baume-Schneider a dit vouloir s'engager "avec passion et sans relâche" dans sa nouvelle fonction. La force d'un peuple se mesure au bien-être des plus faibles. Cette phrase de la Constitution a guidé l'engagement de la Jurassienne et continuera à le faire, a-t-elle assuré.
Avec l'élection d'Elisabeth Baume-Schneider, le Jura a son premier représentant au Conseil fédéral 44 ans après son entrée dans la Confédération. Et les cantons latins deviennent majoritaires avec quatre représentants. Une situation que certains veulent absolument temporaire. Le PLR a lancé un avertissement en ce sens au PS.
L'UDC sans suspense
Pour l'UDC, les choses ont été réglées en un coup de cuillère à pot. Comme beaucoup le prévoyaient, le duel entre le Bernois Albert Rösti, 55 ans, et le Zurichois Hans-Ueli Vogt pour succéder à Ueli Maurer s'est conclu en un tour. L'ultra favori a obtenu 131 voix sur 243 bulletins valables. Hans-Ueli Vogt en a obtenu 98.
Le nouvel élu s'est dit prêt à s'engager pour le bien-être de la population et ses acquis. Il se voit porteur de grandes responsabilités à assumer pour les générations futures. Sans oublier la nécessité de tenir compte des uns et des autres, au-delà des frontières cantonales et linguistiques.
Répartition des départements jeudi
Devant la presse mercredi après-midi, les deux candidats n'ont pas dévoilé leur souhait de département. Une première discussion sur la répartition des dicastères a lieu jeudi.
Albert Rösti a rappelé les multiples défis auxquels la Suisse fait face, tels l'équilibre budgétaire, l'approvisionnement énergétique, les relations avec l'UE ou l'armée. Il est prêt à apporter sa contribution.
Connu pour ses nombreux mandats de lobbyiste, il a assuré qu'il n'y avait pas de problème. "A partir du 1er janvier, je ferai de la politique en toute indépendance". Il abandonnera tous ses mandats d'ici la fin de l'année.
Elisabeth Baume-Schneider a également rappelé les nombreux problèmes du moment, avec la guerre en Ukraine, le risque de pénurie d'énergie ou le pouvoir d'achat en baisse. "Nous devons maintenant travailler ensemble", a-t-elle dit.
Les deux élus ont été chacun questionnés sur la majorité latine qui règne désormais au sein du gouvernement. Pour le Bernois, cela ne va pas changer les choses sur le fond. "C'est aussi une chance culturelle d'avoir une telle majorité. La Jurassienne se voit elle comme une bâtisseuse de ponts entre les villes et les campagnes. "Il ne faut pas se monter les uns contre les autres", a-t-elle répondu.
"Le Jura n'est plus dans la lutte"
Interrogé si l'élection simultanée d'un Bernois et d'une Jurassienne signifiait que la question jurassienne était définitivement réglée, Albert Rösti a répondu: "J'en suis sûr". Elisabeth Baume-Schneider a elle répondu: "Le Jura n'est plus dans la lutte, mais est désormais de la partie."
Albert Rösti et Elisabeth Baume-Schneider sont respectivement les 120e et 121e ministres. La Jurassienne est la dixième conseillère fédérale.