Ce "crime grave contre l'humanité" a commencé il y a un peu plus de dix ans, a indiqué Sibel Arslan (Vert-e-s/BS) pour la commission. Les horreurs ont été documentées, a complété le co-rapporteur Fabian Molina (PS/ZH). "Des femmes, des hommes et des enfants ont dû effectuer des travaux forcés en captivité, et ont subi des violences sexuelles", a-t-il déclaré, relevant des actes "qui dépassent l'entendement humain".
La communauté internationale a reconnu politiquement et juridiquement que c'est un génocide, a continué le Zurichois. Et de dire que la déclaration a pour but de soutenir l'engagement suisse contre l'impunité, pour le respect de l'Etat de droit et la prévention des crimes les plus graves.
Le texte "condamne avec la plus grande fermeté les déplacements forcés, les viols et les meurtres systématiques commis à l'encontre du peuple yézidi dans l'intention de commettre un génocide, ainsi que la destruction de lieux de culte yézidis". Le Conseil fédéral devrait aussi s'engager au niveau international en faveur d'une réparation pour les crimes commis.
Pierre-André Page (UDC/FR) s'est dit sensible aux souffrances infligées aux Yézidis. "Ces faits ne sont pas contestés." Toutefois, il s'est montré attaché au système juridique national et international. "Il ne revient pas à notre Parlement de reconnaître les crimes commis à travers le monde.".
Il a encore craint que cela n'entraîne d'autres reconnaissances face aux nombreux conflits dans le monde. "Il ne faut pas créer de dangereux précédent, mais utiliser tous les moyens pour lutter contre le terrorisme et les violations du droit international." En vain.
Pétition rejetée
Une pétition munie de plus de 80'000 signatures pour reconnaître le génocide des Yézidis, minorité confessionnelle monothéiste non-musulmane, a été déposée cet été à la Chancellerie fédérale. Tacitement, le National n'y a toutefois pas donné suite, car "ses requêtes vont au-delà de la reconnaissance du génocide des Yézidis".
D'après une étude publiée par le journal de la Public Library of Science, 3100 Yézidis ont été tués et 6800 autres capturés. Plus de 2000 femmes et enfants sont toujours portés disparus, et plusieurs fosses communes n'ont toujours pas été ouvertes, a souligné Mme Arslan.