Le texte, déposé en octobre 2023, veut que tous les jeunes s'engagent au bénéfice de la collectivité et de l'environnement, et non plus seulement les jeunes hommes suisses dans l'armée. L'engagement pourrait être effectué au sein de l'armée, du service civil, de la protection civile ou d'un autre service de milice. Une compensation financière doit être prévue.
L'initiative a été tour à tour décrite comme sympathique, séduisante, intéressante ou charmante par des orateurs de tous bords politiques. La "bonne volonté" des initiants a été saluée. Toutefois, plus de points négatifs que de points positifs ont été soulevés au final.
Pas une obligation
Tout d'abord, l'engagement volontaire ne doit pas passer par une obligation. Quand il devient obligatoire, non seulement la motivation mais aussi la qualité du travail en pâtit, a relevé Regina Durrer (Centre/NW).
Des intervenants ont aussi fustigé plusieurs questions trop ouvertes au niveau de la mise en oeuvre. "Comment assurer qu'il y ait suffisamment de volontaires dans l'armée, comment occuper 70'000 astreints de plus, comment les compenser sur le marché du travail, qu'est-ce qui est considéré comme service à la collectivité?" s'est demandé Heinz Theiler (PLR/SZ).
L'initiative prévoit que les effectifs doivent être garantis dans le service militaire et la protection civile. Martin Candinas (Centre/GR) a parlé de "contradiction". "Comment garantir à la fois le libre choix du service et la garantie des effectifs?", a-t-il lancé, ajoutant qu'au vu de la situation géopolitique actuelle, on ne peut pas fonctionner "à l'envie".
L'initiative affaiblit la capacité de défense du pays alors qu'il s'agit déjà d'un grand défi aujourd'hui, a encore argué M. Candinas. La priorité est d'assurer les effectifs de l'armée et de la protection civile.
Conséquences économiques
Le camp bourgeois a encore craint des répercussions négatives sur l'économie. Avec l'augmentation du nombre d'astreints, deux fois plus de personnes seront retirées du marché du travail, a avancé Thomas Hurter (UDC/SH). Cela entraînera aussi des coûts, a abondé Isabelle Chappuis (Centre/VD), articulant un montant de cinq milliards de francs par an.
La Vaudoise a encore parlé de double pénalisation pour les femmes, si elles sont obligées de servir alors qu'elles effectuent déjà du travail non rémunéré. Il faut reconnaître cet "énorme travail" avant d'introduire une obligation pour les femmes, a appuyé Fabien Fivaz (Vert-e-s/NE).
La gauche a par ailleurs évoqué que le service citoyen pourrait être assimilé à du travail forcé, contraire au droit international. Elle a encore soulevé un risque de dumping salarial.
Les structures actuelles ne pourraient pas absorber un nombre doublé d'astreints, ce qui veut dire que ceux-ci seraient engagés dans d'autres domaines, comme la santé ou la garde d'enfants, a expliqué Fabian Molina (PS/ZH). Ils concurrenceraient ainsi le personnel ordinaire.
Contre-projet
La gauche demande plutôt un contre-projet visant à réduire le temps de travail hebdomadaire, sans toucher au salaire, afin de laisser plus de place à l'engagement volontaire. "Plus de temps, plus d'argent, plus de vie", a résumé M. Molina. M. Hurter a qualifié l'idée de "complètement utopique".
Patrick Hässig (PVL/ZH) a lui plaidé pour l'acceptation de l'initiative. Toutes les personnes, hommes et femmes, doivent servir la collectivité, selon lui. Il a aussi salué une notion de la sécurité plus élargie. "Toutes les crises ont désormais une composante civile."
Quelques autres élus du Centre et des Vert-e-s ont également défendu le texte. Le débat se poursuivra mercredi prochain 19 mars.