Monsieur le Président de la Confédération,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités du canton et de la Ville de Genève,
Chers collègues,

Je déclare ouverte la 11e session de la 44e législature du Conseil national. La présente session est ordinaire en ce sens qu'elle est l'une des quatre sessions annuelles prévues par notre règlement. Elle est extraordinaire dans la mesure où pour la première fois de son histoire, notre Parlement fédéral siège en dehors de la Ville fédérale. Au cours de cette session, nous débattrons de problèmes importants pour l'avenir du pays et de ses habitants comme la révision de la loi sur l'assurance-maladie, la révision de l'arrêté sur l'économie laitière et le nouvel article constitutionnel sur les langues.

C'est avec joie que le Conseil national a accepté l'invitation du Conseil d'Etat genevois de tenir sa session d'automne à Genève. Et c'est aussi avec satisfaction que j'ai pu suivre les préparatifs pour l'organisation de cette session historique, qui se déroulés en étroite collaboration entre les Services du Parlement et ceux de Genève. Je remercie d'ores et déjà toutes celles et tous ceux qui y ont contribué avec un grand engagement et avec une grande motivation. L'hospitalité avec laquelle vous nous recevez, chers compatriotes, est exemplaire.

Pour le Parlement, 1993 restera dans les mémoires comme l'"année de Genève". En mars, pour la première fois depuis trois quarts de siècle, une Genevoise, Mme Ruth Dreifuss, était élue au Conseil fédéral par l'Assemblée fédérale. Elle fut reçue dans son canton par des transports d'allégresse que nous n'oublierons pas. Six mois plus tard nous siégeons à Genève ce qui nous donne l'occasion de respirer "un air plus libre" dans un canton mêlé de Bourgogne, de Savoie et de Suisse.

Un Valaisan comme moi ne s'y sent point étranger puisque le Rhône y déroule ses méandres pensifs et que Genève est la première ville du Valais par le nombre d'habitants.

Point n'est besoin d'insister longtemps sur l'apport du 22e canton à la Confédération. Si la liste des conseillers fédéraux est courte mais heureusement extensible, les parlementaires genevois, qui ont illustré les travaux de notre conseil, sont en nombre et en qualité. Je n'évoque que quelques noms prestigieux du siècle passé: James Fazy, Antoine Carteret, Georges Favon, Carl Vogt et surtout le Général Dufour, qui par sa fermeté, son courage et sa modération à l'égard des vaincus du Sonderbund s'est attiré la gratitude de tous les Confédérés.

Genève n'a pas seulement apporté beaucoup à la Suisse. Son rayonnement est universel. Genève a permis à la Suisse, grâce à l'esprit d'ouverture, de respirer sans s'étouffer. Calvin le réformateur, Rousseau le philosophe, Necker le banquier, de Saussure le savant, Mme de Stael l'écrivain, Sismondi l'économiste, Toepffer le conteur ironique, Appia le chirurgien, Claparède et Piaget les éducateurs, Michel Simon l'acteur, Denis de Rougemont l'Européen. Autant de noms qui illustreront à jamais l'esprit de Genève.

Depuis l'époque d'Henry Dunant la volonté d'aider s'est multipliée par mille et ce sont des Suisses qui visitent et défendent les prisonniers, qui rendent l'espoir à ceux qui n'en ont plus et qui font parvenir les secours aux victimes des hostilités.

Genève est la capitale de la paix. Depuis l'arbitrage de l'Alabama jusqu'à la conférence sur la Bosnie, que d'efforts déployés dans cette ville pour résoudre les conflits qui divisent les Etats ! Mais il reste beaucoup à faire. Que les premiers pas vers une paix au Proche-Orient, entre Israël et les Palestiniens que nous avons suivi avec un grand soulagement et une grande satisfaction, se poursuivent. Nous exprimons notre reconnaissance aux parties concernées, mais aussi à la Norvège pour les efforts couronnés de succès. Permettez-moi de mentionner également la mission réussie de nos deux collègues, Mme Angeline Fankhauser et M. Eugen David, pour la libération des otages suisses en Turquie (applaudissements).

J'espère que la Suisse contribuera dans l'avenir encore plus activement au règlement pacifique des conflits et à la recherche de la paix.

A deux pas d'ici, au Palais des Nations, bat le coeur du monde. Genève a su offrir depuis plus d'un siècle une atmosphère sereine et désintéressée aux parties en conflit. La Suisse toute entière lui en est reconnaissante. Toutes les organisations internationales sont autant de ruches bourdonnantes où des hommes et des femmes de tous les coins du monde mènent des études sur le commerce mondial, la santé, la météorologie, le travail, la propriété intellectuelle, les télécommunications.

A l'occasion de cette session, nous pourrons nouer des contacts avec certaines des organisations dont l'activité nous intéresse tout spécialement: les Nations Unies, le GATT, le CICR, l'OIT, l'AELE. Ces visites constitueront un enrichissement et nous permettront de mieux comprendre le rôle éminent de la Genève internationale que notre Parlement n'a cessé d'appuyer, notamment par des crédits à la FIPOI.

Le vote du 6 décembre 1992 a marqué une profonde césure entre la Suisse romande qui a massivement approuvé le traité EEE et les autres parties du pays. Notre simple venue à Genève n'effacera pas une décision - certes démocratiquement prise - mais qui paraît incompréhensible de ce côté-ci de la Sarine. Comme le président du Conseil d'Etat d'alors, M. Jacques Vernet, l'avait dit à Berne lors de la manifestation du 175e anniversaire de l'entrée de Genève dans la Confédération: "Dans l'Europe en formation, Genève estime que le projet de la Suisse est une contribution à l'évolution du projet européen". Notre pays ne peut rester en dehors des institutions où se forge son destin.

C'est non seulement la question européenne qui doit continuer de nous préoccuper mais aussi la situation économique de la Suisse, les finances de la Confédération et des cantons, ainsi que la sécurité intérieure qui sont des sources d'inquiétude pour nos concitoyens et nos concitoyennes. Le taux de chômage élevé, le problème de la drogue qui provoque une croissance inquiétante de la criminalité, nécessitent des décisions et des mesures politiques courageuses. Laissons de côté les bagarres politiques et les simulacres de combat menés dans la presse.

Permettez-moi de terminer ce discours par une citation du roi des Belges, décédé il y a quelques semaines et qui avait étudié à Genève. Dans un discours prononcé l'an dernier, il faisait remarquer avec beaucoup de clairvoyance qu'"aucun Etat à structure de type fédéral ne peut fonctionner sans une conscience aiguë des enjeux nationaux communs." Cette remarque profonde, valable pour le fédéralisme belge en devenir, l'est aussi pour un pays au fédéralisme profondément enraciné comme le nôtre. Puisse notre session contribuer à cette nécessaire prise de conscience et renforcer l'indispensable lien fédéral.

Genève, heureuse république, le ciel t'a choisie pour être un exemple de la félicité dont les hommes peuvent jouir sur cette terre !

Je vous remercie.

Avant de passer à l'ordre du jour, je voudrais féliciter notre collègue Helmut Hubacher qui fête en ce début de session le trentième anniversaire de sa vie parlementaire. C'est en effet en septembre 1963 que notre doyen d'âge et de fonction a été assermenté. Les électeurs de Bâle-Ville l'ont honoré de leur confiance à huit reprises. Je l'assure de notre amitié.

Nous allons maintenant aborder notre ordre du jour qui appelle en premier lieu la vérification des pouvoirs de deux nouveaux conseillers nationaux.