Monsieur le Président de la Confédération,
Monsieur le Président du Conseil des Etats,
Chers anciens collègues des deux chambres,
Mesdames et Messieurs,
J’ai le plaisir de vous saluer très cordialement, également au nom de mon collègue Otto Schoch, président du Conseil des Etats. Comme vous le savez, notre association des anciens parlementaires organise annuellement deux manifestations. L’une en mars réservée à un parterre choisi d’anciens présidents des Chambres et d’anciens conseillers fédéraux (la petite réunion) et l’autre en septembre à laquelle sont conviés les 460 parlementaires honoraires. En vertu d’une judicieuse répartition des tâches, le président du Conseil des Etats préside la petite réunion de printemps et le président de la Grande Chambre la nombreuse assemblée d’aujourd’hui puisque 115 personnes sont présentes.
Je salue spécialement les anciens conseillers fédéraux Honegger et Stich ainsi que 14 anciens présidents des chambres. Nous sommes très honorés d’accueillir parmi nous le Président de la Confédération. La présence de deux Vaudois parmi les orateurs de ce jours illustre que malgré les difficultés que mon canton rencontre aujourd’hui, il joue pleinement son rôle au sein de la Confédération.
Celui qui vous parle n’est pas comme traditionnellement issu d’un des quatre grands partis. Le parti libéral est un petit parti, encore rapetissé après les dernières élections, qui normalement propose un nouveau président du Conseil national tous les vingt-quatre ans. Le dernier fut André Gautier en 1983, le tour d’un libéral est venu plus tôt pour des raisons que vous connaissez et je m’en excuse auprès de mes amis des cantons représentés par les 4 candidats officiels à la vice-présidence (SG, AG, BL, BE). Mon élection a témoigné d’un beau respect à l’égard des minorités politiques.
La conduite des travaux parlementaires est devenue chaque année un peu plus ardue. Le volume des affaires traitées s’amplifie. Les projets émanant du gouvernement étaient au nombre de 125 en 1995. Nos collègues y contribuent aussi puisque l’an dernier, chaque parlementaire avait déposé en moyenne environ 4 initiatives, motions, postulats, questions ordinaires.
Peut-être aurez vous observé que le Palais fédéral a subi un sérieux lifting cet été et la coupole resplendit à nouveau de la devise fédérale « Un pour tous, tous pour un » dont nous espérons qu’elle ne serait jamais vide de sens. Les médaillons du sculpteur-conseiller national Soldini ont perdu leur crasse presque centenaire. Cet artiste était un radical tessinois qui a siégé entre 1902 et 1905. Les vitraux représentant l’agriculture, le textile, le commerce et l’industrie métallurgique ainsi que ceux représentant les cantons brillent comme des sous neufs. Malheureusement, les indications des cantons sous la coupole demeurent toutes écrites en allemand y compris pour les cantons romands: on y lit WAADT, GENF, NEUENBURG, voire FREIBURG et WALLIS. Les seuls écrits en français semblent être APPENZELL, TESSIN et JURA (les prononcer avec l’accent allemand). Quant à URI, c’est le seul qui se dit de la même manière dans les trois langues officielles. Dans la maison voisine, la Suisse n’est qu’a-lémanique et très peu lémanique, Monsieur Delamuraz. Même votre porte est dominée par une inscription « Chef des Volkswirtschaftsdepartements ». Il est vrai que l’on ne peut garantir à un radical romand la possession éternelle de ce département. En 1902, on était moins chatouilleux sur les questions linguistiques qu’aujourd’hui et à moins d’un nouveau projet Botta de nouveau Palais fédéral, il ne sera plus jamais possible de corriger ce manque de finesse à l’égard des minorités.
Par rapport à l’époque où vous siégiez à Berne, les moyens à disposition des parlementaires se sont fort heureusement accrus. L’ordinateur est devenu un compagnon pour la plupart d’entre nous. Une nouvelle bibliothèque a été installée dans le sous-sol du Parlement depuis l’an dernier. Le Bulletin officiel des débats est logé dans des locaux gagnés dans des sous-sols encore plus profonds et paraît beaucoup plus rapidement.
A la prochaine session et c’est la nouveauté que même la cuvée 95 n’a pas connu, des bureaux pour parlementaires en plus grand nombre seront mis à disposition dans l’aile Est, entraînant notamment le départ d’une partie du BAWI, en français, l’OFAEE, dans les locaux occupés autrefois par le journal DER BUND. C’est l’occasion de remercier ici le Conseil fédéral en général de sa compréhension et le Chef du Département de l’économie publique en particulier accepter de voire son département perdre en substance sinon en influence. Grâce à l’influence de Madame la vice-présidente Judith Stamm, une pièce pour les dames a été aménagée. On y trouvera - enfin je l’imagine - car nous les Messieurs n’y seront jamais admis - peignes, laque à cheveux, foehns, rouges à lèvres, vernis à ongles, mascara et autres accessoires qui donnent au sexe de moins en moins faible l’apparence - toujours - et la réalité - parfois - de la beauté.
Un conseiller fédéral avait prétendu autrefois - je me demande même s’il n’est pas ici - que la place d’un conseiller national était dans la salle et que des bureaux pour députés n’étaient pas nécessaires. L’évolution des besoins a conduit à une nouvelle appréciation de cette question. Si les parlementaires ne sont pas toujours tous dans la salle en même temps, c’est qu’ils sont occupés dans d’autres parties de l’édifice du Parlement.
Les soucis ne manquent pas aux responsables d’aujourd’hui et vous les connaissez tous et toutes fort bien. Comme le disait le président Bremi, un ancien parlementaire n’est pas un demi-parlementaire mais un citoyen à part entière. Je suis sûr que tous nos anciens collègues voudront bien apporter aux responsables actuels l’appui qui leur est nécessaire dans les temps difficiles que nous traversons.
J’espère que le repas qui vous sera servi conviendra à vos palais délicats. La viande a échappé aux abattages récemment décrétés et figure par conséquent dans les 330 000 animaux envoyés annuellement en Helvétie dans un monde que l’on dit meilleur.
Je souhaite aux personnes présentes un excellent moment de fraternité dans cet hôtel qui appartient à la Confédération, ce qui réjouira la gauche, tout en étant régi par les lois du libéralisme économique ce qui rassurera la droite. La carte du Bellevue-Palace tient en effet à la fois du livre blanc et du livre noir.
Bon appétit à tous !