(ats) Le budget de l'aide au développement a fait l'objet d'un âpre débat au Conseil national. Les députés ont finalement soutenu lundi par 139 voix contre 53 l'enveloppe globale de 11,25 milliards de francs pour 2021 à 2024.

La crise du coronavirus a été omniprésente lors d'un débat de près de quatre heures. Pour les uns, elle est la preuve de l'importance cruciale de la coopération internationale, pour d'autres, elle a mis l'économie suisse en danger et il faut faire preuve de mesure dans les dépenses.

Avec la crise, l'aide au développement est plus importante que jamais, a indiqué Hans-Peter Portmann (PLR/ZH) au nom de la commission de la politique extérieure. La pandémie a impacté le revenu de plus d’un milliard d'habitants de pays en développement. Les mécanismes de la stratégie 2021 à 2024 sont suffisamment flexibles pour répondre aux conséquences de la pandémie.

Les députés se sont rangé à cet avis et ont accepté le budget de 11,25 milliards de francs demandé par le gouvernement pour l'aide au développement. Sur la période concernée, cela représente un peu moins d'un franc par jour et par habitant, a précisé Damien Cottier (PLR/NE) au nom de la commission des finances.

Pas d'augmentation

La commission de politique extérieure avait proposé d'ajouter 241 millions supplémentaires correspondant à la somme totale nécessaire pour augmenter progressivement le taux d’aide publique au développement à 0,5% du revenu national brut d’ici à 2024. Par 103 voix contre 89, les députés n'ont pas voulu de cette augmentation.

Par 100 voix contre 88, ils se sont en revanche prononcés pour une proposition du PLR visant à ce que le Conseil fédéral tienne compte de la situation économique pour fixer les contributions annuelles. En cas de récession, celles-ci baisseront, mais augmenteront en cas d'essor économique, a précisé M. Portmann.

Pour le Conseil fédéral, la coopération internationale est un investissement dans la liberté, la prospérité et la sécurité de la Suisse et du monde entier, a indiqué le conseiller fédéral Ignazio Cassis. La crise du coronavirus pourrait faire baisser fortement le revenu national brut (RNB) de la Suisse, et le budget proposé par le gouvernement serait ainsi au-dessus du seuil de 0,5%, a-t-il précisé.

"Indigne de la Suisse"

La nouvelle stratégie de coopération va dans le bon sens en augmentant la coopération avec le secteur privé, s'est réjouie Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL). La majorité de son groupe ne voulait ni augmentation ni diminution du budget. Même son de cloche du côté du PLR. Si le montant n'atteint pas la cible de 0,5%, il s'en approche, a souligné Laurent Wehrli (PLR/VD).

Quelques députés du Centre étaient cependant en faveur d'une augmentation à 0,5% du RNB. "Toute autre décision serait indigne de la Suisse", a lancé Philipp Kutter (PDC/ZH).

Pour l'UDC, il est déraisonnable d'accepter un tel budget dans la situation actuelle. Roland Rino Büchel (UDC/SG) a plaidé en vain pour la non-entrée en matière ou pour un renvoi au Conseil fédéral, afin d'élaborer un nouveau projet prenant en compte les nouvelles réalités suite à la crise du coronavirus.

Si le parti soutient sur le fond la stratégie de coopération, il voulait un budget à la baisse. Il faudra une génération voire plus pour rembourser les dettes de notre pays après la crise du coronavirus et il faut commencer par aider les Suisses, a argué Franz Grüter (UDC/LU). L'UDC a ainsi proposé plusieurs coupes, voire de diviser par deux les crédits-cadre, sauf celui destiné à l’aide humanitaire. En vain.

Pays riche

Si les inégalités croissantes dans notre pays sont de plus en plus insupportables, la Suisse reste un pays riche et peut se permettre d'investir dans la coopération au développement, a souligné Denis de la Reusille (POP/NE). La gauche et les Vert'libéraux ont ainsi plaidé pour une augmentation progressive du taux d'aide publique dès 2021 afin d'arriver à 0,7% du RNB en 2024.

De nombreux pays ont déjà atteint ce seuil sans se plaindre, a ajouté Fabian Molina (PS/ZH). Il faut assumer notre responsabilité en tant que pays riche, a abondé Roland Fischer (PVL/LU). L’augmentation proposée aurait porté le montant total des crédits à 15,41 milliards. Elle a été rejeté par 89 voix contre 83 et 21 abstentions.

Le dossier passe aux Etats.