Réunion des présidents de parlement européens, Strasbourg
Raphaël Comte

 

Les paroles prononcées font foi.

 

Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents,
Chères et chers collègues,

 

Comment combattre la peur et l’ignorance?

C’est finalement la question qui se pose lorsqu’on parle de lutte contre la haine et le racisme. Car la haine et le racisme sont essentiellement motivés par des craintes diffuses ou par une méconnaissance de l’autre. Haïr quelqu’un simplement parce qu’il est différent ne peut être le fruit d’une réflexion, d’une analyse raisonnée et intelligente. C’est céder à des instincts qui échappent à toute humanité.

Cette peur de l’autre, malheureusement, n’est pas un phénomène récent. Partout et à chaque époque, des êtres humains ont eu à subir les préjugés et ont dû se battre pour le seul droit d’exister. Cet «autre» peut prendre différentes formes: cela peut être celui qui vient d’un autre pays, celui qui a une couleur de peau différente, celui qui a un mode de vie qui n’est pas celui de la majorité. Au cours des siècles, de nombreux peuples, de nombreuses religions ont été les victimes de discriminations toutes plus inadmissibles les unes que les autres. A croire parfois que l’être humain est incapable de tirer les leçons de l’Histoire.

Face à cet état de fait, le développement des droits humains, particulièrement en Europe, a permis une amélioration de la situation. Notre continent a su constituer un standard minimal de droits humains et protéger ainsi l’ensemble de la population, et notamment les minorités. Le rôle des parlements dans cette construction législative est essentiel, et nous devons avoir, comme parlementaires, la volonté de faire fructifier cet héritage et d’en assurer la pérennité. Car rien n’est acquis, et notre monde tourmenté nous rappelle que les tentations sont fortes de céder au repli sur soi et de manquer à son plus élémentaire devoir d’humanité. Les guerres, le terrorisme, le chômage, les mouvements migratoires: beaucoup d’événements sèment le doute dans l’esprit de nos concitoyens et peuvent amener à des réactions de rejet de l’autre.
En Suisse, le code pénal a été complété, en 1995, par une disposition visant à lutter contre la discrimination raciale. L’incitation à la haine raciale n’est pas une opinion comme une autre: l’appel à la violence crée des troubles sociaux dont les auteurs doivent répondre. Cette disposition du code pénal constitue une limitation de la liberté d’expression, mais une limitation justifiée par la nécessité de protéger la vie et l’intégrité physique des personnes visées et d’éviter que la violence s’installe dans la société. Actuellement, le Parlement suisse discute de la possibilité d’étendre cette norme aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle.
Mais la répression ne suffit pas. Il faut également des mesures préventives pour combattre les discriminations. Par exemple dans les écoles, en sensibilisant les enfants et les jeunes à la tolérance et au respect de la différence. Dans les associations sportives ou culturelles, en intégrant les différentes communautés sans considération pour leur origine ou leur religion. Dans les entreprises, en donnant à chacun des perspectives professionnelles.

Les responsables politiques ont aussi un rôle important à jouer, nous avons, nous parlementaires, un rôle important à jouer. Pas seulement en adoptant des lois, mais également par notre comportement. Comme élus, comme parlementaires, notre parole a un poids, une portée qui nous engage et qui peut influencer la société. Si les responsables politiques se laissent aller à tenir des propos haineux, pourquoi nos concitoyens devraient-ils se retenir? Nous devrions tous avoir le courage de chercher à construire des ponts entre nos peuples plutôt qu’à ériger des murs.

La politique est souvent l’art du possible. En matière de lutte contre la haine et contre les discriminations, c’est presque à l’art de l’impossible que nous sommes confrontés. Mais cela ne fait que rendre notre tâche plus noble et plus essentielle. Nous avons la responsabilité de construire une société où chacune et chacun peut trouver sa place. Une société dans laquelle les générations actuelles et les générations futures pourront s’épanouir dans leur richesse, dans leur diversité. Une société pleine de couleur, loin de la grisaille et du fatalisme de certains discours politiques en vogue. Puissent nos parlements assumer la responsabilité qui est la leur, vis-à-vis de leur population mais aussi vis-à-vis de l’Histoire!