​Message du président du Conseil des Etats Raphaël Comte

Les paroles prononcées font foi.

Madame la Présidente du Conseil de la Fédération,
Mesdames et Messieurs les invités,

Notre monde actuel est particulièrement tourmenté. Les conflits, nombreux et meurtriers, nous choquent, nous font parfois perdre foi en l’Humanité. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, autant de populations ne s’étaient trouvées jetées sur le chemin de l’exil, obligées de fuir leur pays ravagé par la guerre. Aucun responsable politique ne peut rester insensible à la situation des enfants, des femmes, des hommes qui souffrent ou qui meurent si près de chez nous.

La Suisse est profondément attachée au respect de la personne humaine et fait de la promotion de la paix et du dialogue l’un des fondements de sa politique étrangère. Il y a 150 ans exactement, la Croix-Rouge suisse voyait le jour, une institution à laquelle les Suisses accordent une grande importance.

La Suisse joue un rôle particulier dans le concert des Nations. Comme pays dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse se doit de rappeler, partout et en tout temps, l’importance du droit humanitaire. C’est notamment le cas en Syrie, où il est plus que jamais nécessaire que les belligérants respectent le droit humanitaire et évitent de s’en prendre aux populations civiles. La guerre n’est pas exempte de règles et de limites: le droit international donne à chaque Etat des responsabilités qui doivent, même sur les terrains militaires, être respectées. La Suisse, comme pays neutre, ne peut que rappeler sa disposition à favoriser la recherche de solutions politiques au conflit et à accueillir sur son sol toutes les parties intéressées à sortir de cette crise aux conséquences dramatiques. La Suisse rappelle aussi son souhait que les travailleurs humanitaires puissent remplir leur mission sur place et venir en aide aux victimes du conflit.

La Suisse et la Russie sont membres du Conseil de l’Europe. Le Conseil de l’Europe défend les droits de l’Homme, la démocratie et l’Etat de droit. Ces valeurs sont fondamentales: ce sont elles qui permettent l’épanouissement de chaque individu et de la société en général. Ces valeurs sont aussi essentielles pour le développement de l’économie: il ne peut y avoir, à long terme, d’économie forte sans droits humains, sans démocratie et sans Etat de droit. Les personnes et les entreprises qui travaillent et qui investissent dans un pays souhaitent être protégées contre l’arbitraire de l’Etat et avoir la garantie que leurs activités pourront se déployer de la manière la plus libre possible. La garantie des libertés fondamentales est un facteur indispensable du développement économique. Il est aussi essentiel que nous parvenions, dans chaque pays membre du Conseil de l’Europe, à garantir une Justice efficace et indépendante, capable de protéger les libertés individuelles garanties par la Convention européenne des droits de l’Homme. Nos économies ont aussi besoin d’Etats souverains, dont la souveraineté territoriale est garantie par le droit international, des Etats souverains parlant d’égal à égal et cherchant à nouer des relations toujours plus fortes basées sur le droit.

Sur le plan économique, il ne faut pas se voiler la face: la situation est extrêmement préoccupante. La crise entre la Russie et l’Ukraine a décidé l’Union européenne à prendre des sanctions contre la Russie. Parallèlement, l’Association européenne de libre-échange, et donc la Suisse également, a suspendu les négociations sur un accord de libre-échange avec la Russie. Pour sortir de cette crise, seule la mise en œuvre du Protocole de Minsk et la résolution pacifique de ce conflit permettront à l’Union européenne de renoncer à ses sanctions et à l’AELE de reprendre les négociations sur un accord de libre-échange. La Suisse ne peut ici qu’apporter son soutien comme médiateur et réitérer sa disposition à aider les parties à trouver une paix durable. La Suisse a d’ailleurs pleinement joué ce rôle lorsqu’elle a assumé, en 2014, la présidence de l’OSCE, la neutralité de la Suisse donnant à notre pays toute sa crédibilité dans de telles situations.

Aujourd’hui et demain, les Sénats d’Europe se réunissent à Berne afin d’échanger sur différentes questions, notamment sur celle du terrorisme. La présidente du Conseil de la Fédération de la Fédération de Russie, Mme Valentina Matvienko, y participera, et nous aurons l’occasion d’approfondir nos discussions cet après-midi lors d’une rencontre bilatérale. Cette rencontre vise à maintenir le dialogue entre le Parlement suisse et le Parlement russe, un dialogue qui ne s’est jamais arrêté, puisque, l’année dernière, en marge d’une réunion de l’Union interparlementaire, le président du Conseil national avait rencontré le président de la Douma et le président du Conseil des Etats avait rencontré la présidente du Conseil de la Fédération.

Ces rencontres permettent d’échanger nos préoccupations et aussi de mettre sur la table les problèmes qui peuvent exister. Entre parlementaires, nous pouvons parfois nous dire les choses de manière plus franche et plus libre qu’entre gouvernements. Et nous pouvons également transmettre le fruit de nos discussions à nos gouvernements et les rendre attentifs à nos inquiétudes respectives.

Mesdames et Messieurs,
Plus que jamais, le dialogue entre Etats est nécessaire pour gérer les problèmes de manière pacifique et constructive. Le droit international est, pour tous les Etats, le meilleur garant de relations internationales harmonieuses et d’un développement économique partagé. Le droit international sert donc intimement l’intérêt national.

Je formule le vœu que le dialogue entre pays permette de résoudre les graves conflits qui frappent le monde et que, malgré les divergences, nous puissions chercher des consensus où, à la fin, chacun pourrait se sentir gagnant. C’est à cette condition – et à cette condition seule – que nos économies pourront se développer et que les échanges entre pays pourront progresser. «Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles», disait Leibnitz. Malheureusement, aujourd’hui, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais chaque responsable politique doit faire tout son possible pour rendre le monde meilleur. Puissent la Suisse et la Russie partager ce point de vue et mettre tout en œuvre pour que la pensée de Leibnitz devienne réalité et qu’un jour, tout soit effectivement pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. La Suisse, en tous les cas, sera toujours prête à dialoguer avec les femmes et les hommes de bonne volonté et à apporter sa contribution à un monde plus juste et plus humain. Notre porte est toujours ouverte.