Comment les dirigeants politiques, les parlementaires entendent-ils favoriser la reconnaissance des compétences féminines?
Les paroles prononcées font foi.
Madame la présidente,
Mesdames les conférencières, Messieurs et les conférenciers,
Mesdames et Messieurs les invités,
Le partage des savoirs est la base de la croissance économique et du progrès social. Les idées et les connaissances nouvelles nourrissent la création et l’invention. De nouveaux produits, de nouveaux procédés techniques et de nouvelles formes d’organisations voient le jour.
Des abbayes cisterciennes aux académies scientifiques royales du XVIIe siècle, des corporations du Moyen Âge aux grandes entreprises du début du XXe siècle, la société a toujours cherché à diffuser les nouveaux savoirs. Au début de ce deuxième millénaire, la mise en commun des connaissances a explosé grâce à Internet.
Aux prises avec les accélérations de la société de l’information et de la communication, la citoyenne et le citoyen doivent répondre à des exigences grandissantes. Quand je parle de citoyens, je ne pense pas seulement à la jeune génération mais à chacun d’entre nous, juniors, personnes dans la force de l’âge ou encore seniors. Je ne pense pas seulement aux hommes mais également aux femmes et à leurs compétences indispensables à la vie de la communauté.
Chacun de nous doit pouvoir se former pour rester en phase avec l’environnement économique et social. La Commission européenne a doté la formation continue de quelque sept milliards d'euros pour la période 2007-2013. Dans son "Mémorandum sur l’éducation et la formation tout au long de la vie", l’Union européenne dit sa volonté de garantir l’accès universel et permanent aux actions d'éducation et de formation afin d’offrir une éducation ininterrompue tout au long de la vie et dans tous les domaines de la vie.
Et en Suisse?
Genève et le Tessin font figure de pionniers. Ainsi, certaines vallées tessinoises ont-elles lancé ALICE. Cette formation sur mesure répond aux besoins particuliers des mères, en tenant compte de leurs obligations et en prenant en compte leur «curriculum à trous».
Durant leur parcours de vie, les femmes accumulent des savoirs importants. ALICE les aide à en dresser le bilan. Les participantes à cette formation apprennent ensuite à utiliser les technologies de l’information pour élaborer un projet d’activité en partant d’elles-mêmes, de leurs aspirations et de leurs rêves. Ce projet peut déboucher sur une activité rémunérée, communautaire ou d’utilité publique.
ALICE va dans le sens de la nouvelle politique régionale de la Confédération et des cantons car elle revitalise les ressources humaines des régions périphériques ou de montagne.
Mesdames et Messieurs,
La Suisse fait sa révolution copernicienne et tourne doucement le dos à la vision archaïque de la formation permanente. Le perfectionnement n’est plus l’affaire de l’individu mais de la société.
On prend lentement conscience que chaque membre de la société doit rester en état permanent d’apprentissage pour que la Suisse reste compétitive.
Le 21 mai 2006, la constitution fédérale a été modifiée dans le but de réaliser un espace suisse de la formation et de la recherche. Désormais Confédération et cantons doivent gérer ensemble cet espace dans le but d’améliorer la collaboration à tous les niveaux des formations et de favoriser la mobilité des personnes. Les filières de formation générale et les voies de formation professionnelle, du degré secondaire II comme du degré tertiaire, jouissent désormais de la même reconnaissance sociale et c’est un pas important.
Cette réforme a été complétée par un article sur la formation continue, l’art. 64a, qui stipule que la Confédération fixe les principes applicables à la formation continue, qu’elle peut encourager la formation continue et qu’elle en fixe les domaines et les critères.
Le Parlement a d’ores et déjà rendu le gouvernement attentif à son devoir de créer également un espace suisse de la formation continue.
Ces dernières années, les commissions de l’éducation, science et culture des deux Chambres ont débroussaillé le terrain en étudiant le rapport Gonon/Schlaefli, le rapport du Conseil fédéral ainsi que le rapport de l’OCDE qui compare la situation de l’apprentissage des adultes en Suisse et dans les autres pays.
Après avoir demandé en 2003 par voie de postulat une loi cadre fédérale sur la formation continue, la CSEC du Conseil national a aussi déposé cette année une initiative parlementaire qui va dans le même sens, afin de faire pression sur le Conseil fédéral. Le gouvernement n’a pour le moment pas encore fait son travail et nous attendons avec impatiente le rapport définitif sur la formation continue et surtout sur le projet de loi, prévus pour la fin de l’année.
Quel devrait être le contenu de cette loi-cadre?
Les multiples difficultés à résoudre sont clairement identifiées dans les documents que je viens de citer.
D’abord, la formation permanente est le parent pauvre de l’éducation: Confédération et cantons ne lui consacrent que 1,5 % du budget de formation et leurs compétences respectives ne sont pas définies, pas plus que celles des communes ou des institutions privées.
La base statistique est quasi inexistante en ce domaine. Pas étonnant que la recherche sur les méthodes d’accréditation et les systèmes de certification de qualité n’en soient encore qu’à leurs balbutiements.
Sur le plan fédéral, la promotion et le financement de la formation continue dépendent de deux départements fédéraux différents. Une part de 85% de la très large palette des cours de perfectionnement est offerte par le secteur privé. Le financement reste malheureusement très opaque et l’encadrement de la formation doit se professionnaliser.
Les PME, soit 99% des entreprises suisses et 84% des emplois du pays, sont peu engagées alors que les grandes firmes ont plus de ressources humaines pour mettre une offre sur pied.
La formation permanente est actuellement discriminante parce que il y a des inégalités dans l’accès à la formation continue. Les citoyens sont traités de façon inégale selon le canton qu’ils habitent et ce sont avant tout les personnes les mieux qualifiées qui se perfectionnent.
Les femmes employées en majorité à temps partiel profitent peu de l’offre des entreprises et elles paient souvent leur perfectionnement de leur poche, à la différence de leur collègues hommes.
Les seniors, généralement tenus à l’écart de cette formation, courent le risque d’être éjectés du marché du travail.
Parmi les mesures qui pourraient découler de la loi, il en est une qui augmenterait ainsi la transparence du marché quelque fois sauvage de la formation continue. Il s’agit de l’obligation de mettre en place des systèmes de qualité et des certifications valables dans tous le pays.
La certification de la qualité de la formation et de son contenu, des instruments didactiques, de l’organisation et des formateurs est importante pour ceux qui se forment mais aussi pour les autorités qui veulent favoriser et soutenir la formation de celles et ceux qui ont le moins accès à la formation continue: les personnes peu qualifiées ou sans travail, les femmes qui cherchent à réintégrer le marché de l’emploi, les personnes âgées qui risquent de perdre leur travail si elles ne se perfectionnement pas ou les ressortissants étrangers.
La loi devrait également coordonner l’action de tous les partenaires, Confédération, cantons, communes et institutions privées en matière de formation continue. Seul un système suisse de reconnaissance et de validation est à même de conférer leur vraie valeur aux modules de formation, aux attestations des compétences acquises et aux certificats de validité générale. Seul un système unifié favorisera la mobilité géographique mais aussi à travers les secteurs économiques des détentrices et détenteurs de diplômes de formation permanente.
Car la formation permanente favorise l’insertion et le maintien des personnes dans le monde du travail. Elle revalorise les ressources de notre pays et surtout, elle fait participer tous les habitants du pays à la construction et à la vie de la société: en effet la formation continue est aussi un instrument pour améliorer la citoyenneté active de ses habitants.
La formation continue contribue à éloigner le spectre d’une société à deux vitesses, où certains détiendrait la connaissance et le savoir tandis que les autres en seraient dépossédés. Dans la société de l’information et de la communication, la formation tout au long de la vie est le meilleur moyen d’assurer à chacun les mêmes chances d’exercer pleinement sa citoyenneté.
Je vous remercie de votre attention.