​​Les paroles prononcées font foi.

 


  (Photo: Canton de Neuchâtel)

 


Monsieur le conseiller fédéral,
Madame la présidente du Grand Conseil,
Madame la présidente du Conseil d’Etat,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités fédérales, cantonales et communales,
Chères concitoyennes, chers concitoyens,



Une élection à la présidence d’une des Chambres fédérales représente évidemment un honneur personnel dont je mesure pleinement l’importance. Mais vous le savez certainement, il n’est pas dans ma nature de me mettre en avant ou de manifester, publiquement, une joie excessive. Je suis affreusement Neuchâtelois: mon plaisir reste contenu dans mon for intérieur, et je laisse transparaître uniquement ce qui est nécessaire pour satisfaire les nombreux journalistes qui me suivent à la trace, en particulier depuis quelques jours!

Et pour quelqu’un d’aussi retenu que moi, les festivités d’aujourd’hui ont quelque chose de contre-nature: fêter l’accession d’une personne à une fonction relève d’une forme de célébration, d’autocélébration même, qui n’est pas commune dans nos contrées si austères.

Mais il faut bien s’y faire : la Suisse fête, chaque année, les présidents des Chambres fédérales, et nous devons donc quelque peu bousculer nos habitudes!

Au cours des derniers jours, j’ai eu le privilège de faire l’objet de plusieurs portraits dans les médias. Si j’en crois ces observateurs toujours avisés, je suis – je cite – discret, sérieux, terne, triste comme une souris grise, aussi expressif qu’un crustacé. Pauvres bêtes qui sont ainsi comparées à moi ! Que font donc les sociétés de protection des animaux ?

Quand je lis les descriptions qui sont faites de moi, j’hésite presque à passer mes prochaines vacances avec moi-même ! Fort heureusement, quand je vois mon agenda se remplir jour après jour, j’ai le sentiment que la notion de vacances risque d’être très abstraite au cours des 12 prochains mois!

Oui, je suis quelqu’un d’ennuyeux, je le confesse. Mais j’ai des excuses. Je suis Neuchâtelois, un canton longtemps prussien aux racines protestantes. Mélanger l’austérité protestante et la rigueur prussienne, cela ne peut pas produire des boute-en-train ! Mettez 50 Neuchâtelois côte-à-côte, et vous obtiendrez 50 nuances de gris!

Pourtant, Jean-Jacques Rousseau avait une vision différente des Neuchâtelois. Il disait d’eux : «Je les trouve bien remuans pour des gens Sages».

Comme quoi, les stéréotypes sont souvent fallacieux. Il n’y a pas, dans le caractère neuchâtelois, de l’austérité, mais seulement de la simplicité. Si nous n’aimons pas forcément les têtes qui dépassent, c’est plus par idéal républicain que par peur ou par jalousie.

 

En ce jour, j’ai surtout envie d’adresser des remerciements. Des remerciements tout d’abord à la population neuchâteloise, qui m’a, à trois reprises, accordé sa confiance pour la représenter au Conseil des Etats, malgré ma jeunesse ou grâce à elle, je ne sais pas vraiment. Je ne suis pas dans la tête des électrices et des électeurs qui ont glissé mon nom dans l’urne…

En fait, je ne suis plus vraiment un jeune perdreau de l’année. Ainsi, au sein du groupe libéral-radical du Conseil des Etats, je suis aujourd’hui le doyen de fonction : tous mes collègues PLR sont entrés à la Chambre des cantons après moi. Soudainement, j’ai pris un sacré coup de vieux. C’est donc non pas un jeune perdreau, mais bien un jeune dinosaure qui a été élu au perchoir du Conseil des Etats. Puisse ce perchoir être solide! 

J’aimerais remercier également mon canton, à qui je dois tant. Neuchâtel est un canton particulier, une République qui connaît parfois des hauts et des bas, dans tous les sens du terme…

Charles-Ferdinand Ramuz décrivait notre canton comme «une bande de sapins, une bande de vignoble, cousues à la main par l’Histoire».

Cette Histoire a été marquée par un lien extrêmement fort entre Neuchâtel et la Suisse. Ainsi, notre canton fête cette année le bicentenaire de son entrée dans la Confédération.

L’attachement du canton de Neuchâtel à la Suisse est profond : il se manifeste même dans les armoiries de notre canton, qui arborent fièrement une croix helvétique. Une union sacrée faite drapeau!

Cet attachement se manifeste également dans la générosité des Neuchâtelois lorsqu’il s’agit de fournir à notre pays des conseillers fédéraux, et nous en avons la preuve vivante dans cette salle. Neuf conseillers fédéraux neuchâtelois jusqu’à présent : si on rapporte ce chiffre à la population actuelle de notre canton, cela représente un conseiller fédéral pour 20'000 habitants. Si l’élection de conseillers fédéraux était une discipline olympique, Neuchâtel serait médaille d’or incontestée!

Par contre, pour ce qui est des présidents du Conseil des Etats, notre canton mérite la mention « peut mieux faire », le dernier Neuchâtelois ayant été élu à la présidence de cette chambre l’ayant été en 1953! Preuve que Neuchâtel sait aussi partager les honneurs avec les autres cantons…

Mais la Suisse semble également tenir au canton de Neuchâtel. C’est ainsi qu’en 1856, lors de l’ «Affaire de Neuchâtel», la Suisse n’a pas hésité une seconde à mobiliser son armée – 30'000 hommes! – le long du Rhin pour empêcher le roi de Prusse de reprendre le contrôle du canton de Neuchâtel et de remettre en cause l’indépendance de la jeune République. La Suisse préférait la guerre contre la Prusse plutôt que de perdre Neuchâtel! Quelle magnifique preuve d’amour et de solidarité confédérale! 

 

Mesdames et Messieurs,

Le but de la journée n’est pas de se perdre dans de longs discours, mais bien de montrer à nos hôtes venant d’autres cantons que nous sommes sans doute le peuple le plus convivial, le plus chaleureux qui puisse se trouver sur cette planète.

Je conclus donc en remerciant les autorités de mon canton et de ma commune pour l’organisation des festivités de ce jour. J’espère que si le Grand Conseil a renoncé à siéger aujourd’hui, en plein examen du budget, ce n’est pas parce que cette manifestation aura complètement asséché les caisses de l’Etat! Si tel était le cas, nous pourrions naturellement organiser une collecte à la sortie.

Merci aux deux orateurs qui se sont exprimés avant moi et qui ont tenu des propos extrêmement sympathiques: j’espère que tous ces petits mensonges ne leur auront pas trop coûté…
J’espère assumer ma fonction de président du Conseil des Etats avec compétence et humilité. Et je n’exclus pas, qui sait, de prendre par moments un peu de plaisir. Mais pas trop, rassurez-vous: je ne veux pas ternir la réputation des Neuchâtelois et il ne sera pas dit qu’un enfant de ce coin de pays aura sombré dans le péché!

Mon discours arrive à son terme: j’espère n’avoir pas été trop ennuyeux et n’avoir suscité aucun coma profond dans la salle.

Soyez en tous les cas remerciés toutes et tous d’être venus et de contribuer par votre présence à la réussite de cette journée.

Vive la Suisse! Vive Neuchâtel! Et vive la République!