Stockholm, 12 septembre 1992

Il n'est pas nécessaire dans un milieu de parlementaires du monde entier de justifier davantage pourquoi la politique qui dépasse le cadre national comporte un poids toujours grandissant. Il y a essentiellement trois facteurs qui ont conduit à une coopération et contraint à une intégration sur le plan international.

Premièrement, le maintien et le développement de la sécurité et de la paix ainsi que la défense des droits de l'homme - revendications élémentaires et existentielles pour tous les hommes - ont obtenu une nouvelle dimension par la fin de la domination communiste.

Deuxièmement,  l'apparition de nouveaux dangers globaux qui menacent la sécurité, l'existence même de l'humanité: l'explosion démographique, les problèmes de l'alimentation et de l'énergie, les migrations et les flux de réfugiés, les exigences écologiques, notamment dans le domaine climatique, mais également le crime organisé dans ses différentes manifestations.

Troisièmement, la globalisation et l'internalisation des marchés ainsi que des développements technologiques qui rendent nécessaires de nouvelle conditions- cadre: d'une part pour garantir un développement durable, écologiquement supportable et fondé sur l'économie sociale de marché, et d'autre part, assurer un trafic libre de biens et de services entre tous les Etats sans entraves protectionnistes  (GATT).

Dans le contexte de notre discussion, un fait indiscutable réside en ce que l'histoire de la démocratie est tournée vers l'Etat national. La politique étrangère classique, au sein étroit du terme, relève principalement du domaine de compétence de l'exécutif, le gouvernement. La démocratie a toujours trouvé son expression et la trouvera encore principalement dans la politique intérieure. Le Parlement est avant tout compétent pour l'approbation des traités internationaux ou pour des décisions comportant une portée financière.

Plus le champ d'action de la politique étrangère s'accroît, plus elle se confond avec la politique intérieure, parce qu'il n'y aura bientôt plus de domaine qui sera exclusivement d'importance nationale, plus il est urgent de d'exercer une influence plus grande du Parlement en intervenant à temps sur les activités de politique étrangère des gouvernements.

Autrement dit: Plus la marge de manoeuvre des Etats nationaux et donc des Parlements sera limitée, plus les décisions seront prises à travers de traités internationaux ou dans le cadre d'organisations supranationales. Il importe donc, par conséquent, de laisser dans une moindre mesure aux seuls gouvernements la conception de la politique au niveau international. Les Parlements en tant que représentants des peuples doivent faire valoir leur poids politique sous des formes appropriées afin qu'ils ne deviennent pas des chambres d'enregistrement destinées à entériner par acclamations la politique gouvernementale. Sinon, la distance qui sépare le peuple de la classe politique s'accroîtra avec la conséquence que la politique n'est plus comprise et n'est plus appuyée par l'opinion publique. Malheureusement, de tels manifestations d'incompréhension, de telles difficultés d'acceptation, apparaissent aujourd'hui en Europe.

Mesdames et Messieurs,

En raison d'une coopération et d'une intégration accentuées, la notion de démocratie à l'intérieur des Etats est en jeu. C'est à nous, les parlementaires, de renforcer la démocratie et de redéfinir notre rôle de lien entre le peuple et le gouvernement, également dans le domaine de la politique étrangère. C'est dans ce sens que la délégation suisse vous a présenté un projet de résolution et un mémoire.