Madame la Conseillère fédérale,
Monsieur le Président de la Confédération,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles, militaires, diplomatiques et religieuses,
Chers collègues et amis,

C'est pour le président de l'Assemblée fédérale un très agréable devoir de présenter les voeux du Parlement à Mme Ruth Dreifuss.

Au troisième tour de scrutin, elle a reçu l'appui de douze douzaines de parlementaires des deux chambres, témoignant d'une large confiance parlementaire. En quelques jours, elle a su s'imposer face au groupe socialiste, face à la presse, face à l'opinion. En un après-midi, elle a aisément conquis le groupe PDC et le groupe radical à tel point qu'on se demande à Berne si PRD signifie désormais... Parti de Ruth Dreifuss.

Privilège rare, Mme Dreifuss a eu le temps de réfléchir, le temps de lire, le temps d'écrire. On sent la femme décidée, solide, compétente, précise dans l'expression, maîtresse de ses dossiers, ouverte sur les problèmes contemporains.

Madame Dreifuss, à l'inverse de tant d'autres d'entre nous, vous avez été épargnée par les aléas de la politique politicienne dévoreuse de temps et d'énergie. Cela vous vaut une fraîcheur et une liberté enviables au moment où vous gravissez d'une seule enjambée les marches du pouvoir.

Vous êtes ferme dans vos convictions et sûre de vous. On discerne chez vous une vision politique, un esprit de synthèse, une force de caractère. Vous savez écouter l'autre. Votre appel au "contrat social" dans votre déclaration d'acceptation venait à point nommé. Dès vos premiers mots prononcés en tant que magistrate, vous avez su donner un sens élevé à la mission que le Parlement vous a confiée.

Vous avez raison: il faut favoriser le consensus, il faut rechercher le dialogue. La Suisse vit et vivra des temps plus difficiles. Je me réjouis que les vastes responsabilités du Département de l'intérieur aient été confiées à une femme qui a l'expérience du monde du travail. 150 000 chômeurs, bientôt 200 000, attendent de Berne action et réaction. Plus d'un million de Suisses vivent à l'ombre de la prospérité. Là où vous serez, vous pourrez mieux répondre à leur attente.

Le non du 6 décembre ne doit pas être le dernier mot de la Suisse face à la construction européenne. Je suis heureux que Mme Dreifuss s'engage résolument dans la voie du rapprochement avec la Communauté et qu'elle soit une Européenne ardente. Pourquoi treize étoiles n'orneraient pas bientôt le drapeau européen comme il y a en treize sur le drapeau valaisan ?

Concitoyens de Genève, vous qui comme toute la Suisse romande et les deux Bâle, avez dit oui à l'Europe, je vous invite à rester mobilisés pour cette grande cause de l'Union de notre continent.

Madame la Conseillère fédérale,

Avec votre élection, un pas de plus vers la légitime aspiration des femmes à l'égalité est accompli. Mais il reste beaucoup à faire. Le Parlement a le devoir de mettre en oeuvre toutes les mesures qui assureront vraiment l'égalité de l'homme et de la femme. Et j'espère que d'autres femmes viendront vous rejoindre au Gouvernement. Mais n'oubliez pas quand vous ferez vos premières armes devant le Conseil national, que vous serez face à 165 hommes. Aux Etats, ce sera encore pire, il y en a 42 sur 46!

Madame Dreifuss, vous avez voulu devenir conseillère nationale. Heureusement, vous avez été battue, ce qui vous a ouvert la porte du Conseil fédéral. J'ai relu le tract signé par notre collègue Alexander Tschäppät: "Ich wähle Ruth Dreifuss weil sie als Bilingue zum besseren Verständnis zwischen der deutschen und der welschen Schweiz, weil auch die Gegner ihre Sachkenntnisse zu schätzen  und weil sie von Kopf bis (Drei)fuss auf Politik eingestellt ist".  Le collègue Tschäppät avait vu juste.

Votre élection attendue depuis plus de soixante-dix ans apporte à Genève un membre du Conseil fédéral. J'ai relu votre biographie. J'ai compté 21 ans passés à Genève. Personne ne pourra vous reprocher de vous être exilée à Berne pour oeuvrer à notre coopération au développement puis pour animer une grande centrale syndicale. Je suis sûr que Genève vous adoptera toujours plus comme elle a adopté d'autres Confédérés qui siègent aujourd'hui dans son gouvernement cantonal.

Pour moi Valaisan, être à Genève est un double plaisir, parce que Genève est la plus grande ville du Valais, et parce que Genève est la carte de visite de la Suisse dans le monde, la ville internationale par excellence, la ville de la paix et de la coopération entre les peuples. Que l'esprit de Genève souffle puissamment sur les relations entre les Etats.

Mesdames et Messieurs,

Deux de mes collègues parlementaires se sont mis à disposition pour cette élection pas comme les autres, M. Francis Matthey et Mme Christiane Brunner, conseillers nationaux. J'ai vu l'un et l'autre à l'oeuvre dans différents domaines. Ils auraient fait de bons conseillers fédéraux. M. Matthey n'avait qu'un défaut, il était un homme au mauvais moment. Mme Brunner n'avait que des qualités et l'on ne l'a pas élue. C'est la dure loi de la politique. Les choses électorales comporteront toujours une part de mystère et il serait vain de chercher une explication rationnelle. J'adresse à mes deux collègues parlementaires mon cordial salut. Leur attitude au cours de ces moments difficiles les a grandis. Tous deux ont droit à la reconnaissance du pays.

Post Tenebras Ruth.

Madame la Conseillère fédérale,

Votre credo, c'est la justice, l'égalité, l'ouverture au monde et la tolérance. Ce credo, nous le faisons nôtre.

Mme Dreifuss, nous sommes sûrs que vous saurez apporter à notre vie politique un souffle nouveau. Acceptez encore toutes nos félicitations pour votre brillante élection. Nos voeux de succès vous accompagnent dans vos nouvelles tâches.

Le Conseil national et le Conseil des Etats se félicitent de leur choix. La Suisse est fière de son centième membre du Conseil fédéral. Le Parlement se réjouit de collaborer avec vous. Longue route, Madame Ruth, c'est ce que je vous souhaite de tout coeur.