Monsieur le Président du Conseil national,
Monsieur le Conseiller fédéral,
Monsieur le Président du Conseil d'Etat,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités cantonales et communales,
Mesdames et Messieurs,

C'est non seulement un devoir mais un très grand plaisir d'apporter les félicitations et les voeux chaleureux du Parlement à mon vice, c'est-à-dire à mon vice-président brillamment élu lundi dernier à la présidence du Conseil national. D'ailleurs ce sera le dernier acte de mon mandat parlementaire et je me réjouis de cette forme que prend la fin de mon activité politique.

Pour commencer, je dois faire un aveu. Claude Frey m'a toujours fait un peu peur. Lors de son  élection à la vice-présidence, il s'est annoncé à moi comme un "macho de service". Je me suis toujours demandé ce que la direction d'un Parlement allait devenir si elle était confiée à un "macho" et à une féministe. Heureusement que quelques marches séparaient la présidente du vice-président. Peut-être cela a résolu mon problème. Mais j'ai toujours eu peur qu'après m'avoir subi pendant un an, il pourrait se venger. C'est éventuellement l'une des raisons de mon départ de la politique active.

Mais parlons du nouveau président. Il est un homme de convictions qui comme le prescrit la constitution "vote sans instructions". Sa morale politique est très exigeante et n'est pas à géométrie variable. Lorsqu'il pense que la Suisse neutre a un rôle particulier à jouer, il se prononce contre l'exportation vers le tiers-monde d'hélicoptères pseudo-civils mais militaires dans leur utilisation. Je salue ici sa capacité d'aller à contre-courant de ses amis.

J'ai longtemps cru que la question qui nous séparait le plus était celle de l'Europe. Sur l'EEE, nous étions d'accord. Dans cette ville, on a voté oui à 80,76 % (quatre vingts virgule septante six pour cent) et Claude Frey était du nombre. Dommage que Neuchâtel n'ait pas été toute la Suisse ce fameux 6 décembre. Après avoir eu Frédéric le Grand pour souverain, on n'a évidemment aucune raison de craindre le Chancelier Kohl. Il faut être Zurichois ou s'appeler Frey mais Walter pour cela.

J'invite mon ami Claude Frey à poursuivre sa réflexion commencée dans son discours présidentiel de lundi dernier et à conclure que la Suisse doit participer à l'édification de l'Europe que nous voulons démocratique, fédéraliste, sociale et respectueuse de l'environnement. Battons-nous du dedans pour obtenir cette Europe-là en adhérant un jour si possible pas trop lointain à l'Union européenne.

Tous les collègues de Claude Frey ont appris avec joie son mariage célébré le 26 octobre, "dans l'intimité" précisait le faire-part. Je n'étais pas de ces intimes car ce jour-là, j'assistais avec le nouveau président du Conseil des Etats, M. Küchler, à la signature en plein désert de l'accord de paix entre Israël et la Jordanie.

Je viens donc avec des félicitations tardives mais sincères et me réjouis que l'appel de L'HEBDO à envoyer des cravates et des pochettes assorties au nouveau marié ait été couronné de succès. Ces cravates et ces pochettes nous ont fait d'ailleurs oublier nos éventuelles divergences d'il y a un an car elles provoquaient chaque matin une nouvelle discussion colorée. Si je suis une fétichiste du foulard, je crois que Claude est un fétichiste de la pochette.

La présidence du Conseil national ne dure normalement que 365 (trois cents soixante quinze) jours. Pour Claude Frey,. l'année présidentielle aura six jours de plus, élections fédérales obligent. Une année ça passe vite. Les sessions, les ambassadeurs, les séances du Bureau, les visiteurs de tout genre défilent à un rythme soutenu. Parfois il y a une séance de l'Assemblée fédérale à présider pour élire un nouveau conseiller fédéral. C'est une heure de gloire car la séance est télévisée. ça ne m'est pas arrivé, ça ne t'arrivera pas non plus, car personne ne songe à démissionner.

Cher président, je te souhaite une belle année présidentielle, je compte sur ton habileté manoeuvrière et sur ton savoir faire pour aller plus loin que les autres. Ce n'est pas souvent que l'un des conseillers fédéraux romands n'est pas socialiste neuchâtelois, il faut en profiter. D'ailleurs, le perchoir peut conduire à de plus hautes destinées. Songez à Arnold Koller ou Pierre Graber ou encore à Thomas Holenstein, Rudolf Minger, Gustave Ador ou Robert Comtesse. La présidence du Parlement les a menés au Conseil fédéral.

Cher Claude, comme souvenir de notre temps commun dans les fauteuils présidentiels, je voudrais t'offrir une photographie qui nous représente tous deux. Sur cette photo, je te dis "chut" et il me semble que j'arrive à te faire taire mais pas pour très longtemps.

Je pense que cela ne t'arrive rarement de te taire et c'est une femme qui y arrive. Puisque cela ne t'arrive pas souvent, j'ai voulu peut-être un peu prolonger ce moment par mon cadeau.

Et finalement, je voudrais faire maintenant un deuxième aveu. J'ai découvert pendant cette année ou que tu n'étais pas un macho comme annoncé ou que je n'étais pas féministe, ce que je ne crois pas. Alors la seule explication est qu'un échange de vues constructif a été possible entre les deux, ce qui me fait grand plaisir.

Mesdames et Messieurs,

La Suisse romande a parfois l'impression d'être oubliée par la Suisse alémanique. L'élection simultanée d'un président romand et d'un vice-président romand est exceptionnelle puisqu'elle ne s'est jamais produite. Je me réjouis que le président soit Neuchâtelois et le vice-président aussi de par son origine !

Mais Mesdames et Messieurs, permettez-moi un troisième et dernier aveu: Dans la situation actuelle de notre pays, cela me fait un très grand plaisir que la Suisse romande puisse se mettre davantage en évidence. En ce qui concerne l'ouverture de notre pays vers l'Europe, mon coeur bat au rythme romand.

Cher Claude, merci de ton appui, bonne chance et belle présidence. Et merci de la parfaite collaboration qui a été la nôtre pendant cette année.

Et mes chers collègues parlementaires, je vous dis à tous "Au revoir !"