Chers collègues,

Je suis très heureux de vous accueillir au Palais du Parlement à l'occasion de la Sixième Conférence interparlementaire Eureka. Votre présence ici est le signe tangible du lien qui unit la Suisse à l'Europe.

Eureka revêt une grande signification pour la Suisse. L'engagement de mon pays dans la concrétisation de cette initiative depuis son lancement le 17 juillet 1985 en témoigne. On compte à l'heure actuelle près de 250 partenaires suisses d'Eureka, participant à plus de 120 projets, et tout laisse penser que ce nombre est destiné à augmenter considérablement dans un proche avenir. C'est dire que nous regardons le type de coopération technologique entre l'industrie helvétique et celle des autres pays européens proposé par Eureka comme un élément central de l'économie de notre pays.

Face aux défis lancés par la mondialisation de l'économie, l'entrée en scène de nouvelles puissances industrielles et un progrès technologique incessant, Eureka s'est affirmée comme un extraordinaire instrument pour accroître la productivité et la compétitivité de l'Europe dans le secteur des technologies de pointe. Ici aussi les chiffres sont éloquents: à la fin de l'année passée, 200 projets pour une valeur de 3 milliards d'Ecus avaient été achevés et près de 700 projets représentant plus de 11 milliards d'Ecus étaient en cours. Quelles sont les raisons d'un tel succès?

Sans doute l'efficacité d'Eureka tient-elle à sa manière originale de concevoir la coopération transfrontalière en matière de recherche et de développement. En effet, par ses structures décentralisées et son approche peu formaliste, elle offre un cadre idéal à la manifestation de potentiels cachés dans la multitude des entreprises européennes, notamment chez les PME, et que seule la mise en commun des ressources permet de développer. Le réseau d'information et de points de contact d'Eureka permet aux entreprises de trouver des partenaires intéressés à la réalisation d'un projet sans devoir passer par des procédures burocratiques longues et coûteuses. D'autre part, les entreprises démeurent par la suite entièrement libres dans le choix des objectifs et des moyens lors de la mise en exécution de leurs projets, sans être sous la contrainte de directives de politique économique générale. Enfin Eureka privilégie la recherche proche du marché.

Bref, c'est à l'évidence la conception "bottom-up" de la coopération transfrontalière propre à Eureka qui lui a assuré son succès. Les entreprises sont attirées par sa grande flexibilité et l'espace qu'elle laisse à la créativité et à la liberté d'initiative.

Eureka est - permettez-moi de le dire - une expression du génie européen. Elle constitue une réponse originale aux obstacles posés par la fragmentation politique et culturelle de notre continent, puisqu'elle fait précisément de nos différences une source d'idées, de dynamisme et, très concrètement, de richesse. Ce qui pendant si longtemps nous a divisé devient avec Eureka le ressort de puissantes synergies. L'effort commun d'innovation dans le domaine des technologies avancées qu'elle soutient contribue à un renouveau qui projette vers l'avenir une Europe s'étendant de l'Islande à la Russie.

Je vous disais il y a un instant que la Suisse porte un grand intérêt à Eureka. Certes cela est dû à la nécessité où se trouve l'industrie suisse de participer à la coopération transfrontalière dans le secteur des technologies avancées si elle veut garder sa place sur les marchés internationaux. Cependant, si l'on regarde plus en profondeur, on s'aperçoit que l'engagement suisse naît de notre adhésion à un projet, à une vision de la maison commune européenne. Il exprime notre volonté de participer à un effort créatif commun et de contribuer ainsi à la construction d'un avenir dans lequel nous croyons.

Eureka mérite d'être encore mieux connue en Suisse, aussi bien auprès des entrepreneurs que dans l'opinion publique. En effet, sa structure décentralisée repose sur un modèle fédéraliste qui est au coeur même de la culture politique des Suisses. Elle représente ainsi pour nous un mode idéal de participation au processus d'intégration européenne, nous permettant d'y apporter nos idées et nos sensibilités propres.

En tant que président du Conseil national, (as speaker of the National Council) je souhaite qu'Eureka puisse toujours garder le caractère décentralisé et souple qui est le sien. Grâce à cet atout majeur - j'en suis convaincu -, Eureka pourra garder son élan et demeurer un instrument performant de la stratégie visant à assurer à l'Europe une position éminente dans le monde.

Je vous souhaite, chers collègues, un agréable séjour à Berne sous les auspices d'Archimède. Je suis sûr que les échanges d'idées seront profitables à tous au cours des travaux de la VIe Conférence. Merci.