Même si, chaque année, nous élisons un nouveau Président, il y a de la continuité dans le changement.
Ainsi, je voudrais d'abord m'adresser au Président sortant, M. Otto Schoch:
Vous avez connu de nombreux hauts faits: vous avez reçu des invités étrangers de haut rang; vous avez aussi effectué vos propres visites d'Etat, notamment à Londres ou vous avez été reçu, cependant, sans les honneurs militaires, par le Lord-Chancelier d’Angleterre.
Votre année présidentielle a été caractérisée par votre indépendance intellectuelle: ainsi, lorsqu'il s'est agi de départager un score nul pour le rendre valide ou encore dans vos nombreux déplacements en train, laissant la Mercedes fédérale stationnée au garage. Vous avez aussi été un réformateur: en effet, le congé du lundi de la troisième semaine de session, pour nous retenir, en contrepartie, le dernier jour de la session, fut une innovation.
Cher Président sortant, nous remercions en vous surtout le Président impartial et innovateur que vous avez été.
Monsieur le Président élu
Nous vous adressons nos vives félicitations pour cette brillante élection. L'ensemble des voix - 40 sur 40 - pas une seule voix de vos collègues ne vous a manqué, exprime la très haute considération que chacun porte à un homme qui préfère le dialogue aux coups d’éclats. Ce score canon vous aurait permis de décréter par la voie de l'initiative présidentielle une amnistie générale libérant les brigands et les fraudeurs. Votre sagesse vous y a fait renoncer, réservant ainsi à notre Conseil le droit de décréter ou non une éventuelle amnistie.
La présidence du Conseil des Etats, à laquelle nous vous avons appelé, est en soi la suite logique de votre parcours. En 1964 déjà, vous êtes entré au Conseil communal de votre commune, que vous avez présidé de 1972 à 1984. Trois ans après, en 1987, vous avez présidé le Grand Conseil valaisan. C'est durant cette année également que vous avez été élu au Conseil des Etats. Durant votre carrière politique, vous avez été membre et président de nombreuses commissions. Un fil rouge, cependant, marque votre action: c'est celui des finances et de l’économie. Déjà, à la commune, ou vous avez procéder à un difficile remaniement parcellaire pour permettre à St-Léonard de mieux se développer.
Il y a eu quatre événements importants à St-Léonard qui nous reçoit si chaleureusement. Le pont sur la Rière, où se trouvait un péage épiscopal, fut le témoin de deux d’entre eux qui furent tragiques, puisque des combats s’y déroulèrent: l’écrasement des La Tour en 1375, par les soldats de l’évêque après le meurtre de Guichard Tavelli, puis un engagement entre les Hauts-Valaisans et Bas-Valaisans. Non non, Bodenmann et Couchepin ne s’étaient pas donné rendez-vous ici. C’était en 1840. Et deux événements heureux dans la commune: voici 100 ans exactement, un nouvel édifice religieux fut construit par le doyen Sierro qui n’était pas le grand-père du président du Conseil d’Etat. Le dernier événement fut naturellement l’élection d’Edouard Delalay à la présidence du Conseil des Etats.
Dans votre canton aussi, nombreuses ont été les oeuvres au sein desquelles vous avez contribué à la mise en route d'actions en faveur de l’économie. Ainsi, le projet de loi visant à la promotion de l’économie, la loi fiscale, la commission pour les appellations d'origine contrôlée que vous présidez.
Vous contrôlez la production, l’encavage et la dégustation des vins. Ainsi, la production vinicole valaisanne a réalisé des progrès remarquables, ce qui d'ailleurs se confirme lors de nombreux concours internationaux. Ces progrès étaient-ils véritablement indispensables lorsqu’on se souvient que dans La Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau écrivait au sujet des vins valaisans. « Il faut savoir s’arrêter et prévenir l’excès. Voilà ce qu’il ne m’était guère possible de faire avec d’aussi déterminés buveurs que les Valaisans, des vins aussi violents que ceux du pays, et sur des tables où l’on ne vit jamais d’eau d’Aproz ou de bière Cardinal. Comment se résoudre à jouer si sottement le sage, et à fâcher de si bonnes gens. Je m’enivrais donc par reconnaissance» et que même le Vaudois Ramuz ajouta: « C’est que le pays du Valais est le pays du bon vin ».
Alors que nos commissions parlementaires fédérales cherchent encore des voies pour promouvoir le capital-risque, grâce à votre imagination quasi furglérienne, vous avez déjà créé un fonds semi-public pour favoriser le capital-risque de nouvelles entreprises comme notre ancien ministre de l’économie préconisa jadis sans succès la garantie des risques à l’innovation.
Trois éléments vont, selon vos convictions, de pair avec l’économie nationale: la cohésion qu'elle cimente, grâce à l’économie régionale, l'adaptation à un marché ouvert, ce qui n'a nullement été facile pour la viticulture.
Votre prédilection a été la Commission et la Délégation des finances que vous avez les deux présidées. Non seulement vous avez fait le passage entre les vaches grasses et les vaches maigres mais, avec fermeté, vous avez tenu à maintenir les prérogatives de ces deux autorités parlementaires à l’égard de notre ancien ministre des finances. Des tâches désagréables vous furent confiées, comme celle d’annoncer à la presse l’inadmissible décision de renoncer au Loetschberg et contre laquelle toute la Suisse occidentale doit se lever. Mais vous avez tout de suite relevé que cette décision n’était pas définitive et que le temps n’était pas encore venu de jeter l’éponge.
Comme votre carrière, cette présidence semble être sous une bonne étoile. Cela n'a rien d’étonnant, quand l'on sait que vous connaissez les mystères de l'astrologie. 1997 sera une année PDC, ça n’arrive pas souvent que le Soleil, ici Arnold Koller, Président de la Confédération, Vénus, Judith Stamm, Présidente du Conseil national et Mercure, Edouard Delalay, Président du Conseil des Etats, soient placés dans la même galaxie à la fois céleste et démocrate-chrétienne. Et l’on pourrait même ajouter Jupiter, le vice-président du Conseil fédéral, sans être irrévérencieux à l’égard de Flavio Cotti. La dernière triple présidence remonte à 1973 avec deux Valaisans, Roger Bonvin et Marius Lampert et un Tessinois. Oui vous avez placé cette présidence sous une bonne étoile et vos amis PDC de tout le pays vous souhaitent une présidence fructueuse. Pour le président du parti suisse dans une de ses dernières prestations, quelle joie d’être ici dans ce canton à la majorité si solide et à l’électorat si fidèle.
Cher Edouard, vous avez déjà goûté aux lointains voyages parlementaires en rendant visite à nos cousins francophones du Québec et de Madagascar. Grâce aux clefs qu’offre la présidence, vous allez découvrir d’autres horizons enrichissants pour votre esprit curieux. Vous connaissez déjà le Bureau et ses mystères, la commission administrative et ses ordres du jour décapants. Voilà que vous allez présider nos séances en occupant le 5e rang dans l’ordre défini par le règlement protocolaire fédéral. Vous le ferez bien car votre esprit méthodique et pondéré vous y prépare. Nous nous réjouissons déjà de vous voir à l’oeuvre.
Avant que vous ne vieillissiez trop rapidement de six mois en six mois dans les photos de cette luxueuse publication sur papier glacé qui s’intitule La Vie à Crans-Montana et qui relate les faits des gens biens de la Noble et Louable Contrée et de ses visiteurs, je m’empresse de lever un verre de pinot à votre santé puisque c’est - je l’ai lu dans La Liberté de lundi qui n’est plus la Menteuse - votre cru préféré.
Salut Edouard et bon vent !