Monsieur le Conseiller fédéral,
Monsieur le Conseiller fédéral élu,
Madame la Conseillère fédérale élue,
Je viens vous apporter les félicitations de l’Assemblée fédérale qui, le 11 mars, vous a élu au Gouvernement fédéral.
Nous voulons d’abord saluer en Joseph Deiss notre collègue de l’Université de Fribourg, à la fois bilingue et internationale. Grâce à son rayonnement, elle a fait connaître loin à la ronde votre ville et votre canton.
Pendant les mois écoulés, nous avons tous deux présidé la commission de nos conseils respectifs pour la révision de la constitution fédérale. Au terme de cet exercice, Joseph Deiss, l’économiste, l’auteur d’un traité qui marche sur les pas de Raymond Barre, est presque devenu un juriste, et j’insiste sur le mot « presque ». Mais tout de même, je vais donner quelques frissons rétrospectifs au recteur de Fribourg, l’Université de Bâle aurait été prête à faire appel à lui pour un cours de droit constitutionnel. Malheureusement, c’est trop tard Joseph !
Dans cette tâche de président de la commission constitutionnelle, Joseph Deiss a maîtrisé les problèmes juridiques les plus complexes. Si le peuple et les cantons, le veulent, nous aurons le 18 avril une constitution qui permettra à la Suisse de mieux affronter les problèmes de demain. Joseph Deiss a pris une grande part à cet exercice.
Joseph Deiss incarne par excellence le canton bilingue qu’est Fribourg qui a apporté à la Suisse la culture et la langue françaises en 1481, rendant ainsi un service inestimable, celui de créer un pays de diversité linguistique et culturelle. Certains se demandent si Joseph Deiss est le Cohn-Bendit suisse. Est-il Allemand ou Français ? la réponse n’est pas évidente. Certains veulent absolument cataloguer Joseph Deiss, est-il plutôt Romand ou Alémanique ? Impossible de le dire. Aucun accent ne trahit l’appartenance à une communauté plutôt qu’à une autre. Il est tout simplement Fribourgeois et cela lui suffit. Nous nous réjouissons que la qualité de parfait bilingue ait été considérée cette fois-ci comme un avantage et que Joseph Deiss se voie en constructeur de ponts, en "Brückenbauer", dont la Suisse a grandement besoin.
Votre élection ne ressemble à aucune autre. En 151 ans d’histoire fédérale, jamais les candidats n’ont été élus avec des marges aussi faibles. Jamais non plus, la même personne n’a occupé le 5e rang, puis le 4e, puis le 3e, puis le 2e et enfin le premier. Aucun n’a été comme vous un pareil multiplicateur de voix transportant vos partisans d’un noir dépit à l’allégresse totale. Passer en une heure de la fosse des Philippines aux sommets des Alpes, il faut convoquer à la fois Auguste et Bertrand Piccard pour y arriver. Auf Hochdeutsch, wäre man versucht zu sagen, « ohne Fleiss kein Deiss ».
C’est dire que vous aviez à faire à forte concurrence, et comme le vice-président de l’Assemblée fédérale se doit être au-dessus de la mêlée, j’adresse une pensée et un salut aux autres principaux candidats, MM. Peter Hess, Jean-François Roth, Adalbert Durrer, Remigio Ratti et Bruno Frick, qui tous avaient des mérites certains. Grâce à vous, grâce à eux, nous avons eu une belle élection qui a fait la joie des analystes et fera le bonheur des historiens.
Les armoiries communales de Barberêche nous donnent une partie de l’énigme. En haut, il y a la croix de St-Maurice qui rappelle la démocratie-chrétienne, en bas une rose qui rappelle la gauche qui vous a soutenue. Mais attention, cela n’aurait pas suffit si des radicaux qui sont aussi au centre du centre n’avaient pas apporter leur concours décisif.
Chaque année, la journée de l’Europe de l’Université revêt un éclat tout particulier et le 28 avril prochain, encore davantage puisque le chancelier Kohl viendra y prononcer le discours traditionnel pour les 50 ans du Conseil de l’Europe, qui réjouira le partisan convaincu de l’adhésion suisse à l’Europe que vous êtes. Je sais que Joseph Deiss admire Adenauer et Schuman mais aussi de Gaulle. Ils n’avaient pas exactement les mêmes vues sur l’Europe. On sent que s’il en avait eu l’occasion Joseph Deiss aurait aimé réconcilier les partisans d’une Europe fédérale et l’avocat d’une Europe des nations. Eh bien, maintenait, il est au pouvoir et peut travailler dans ce sens.
Vous avez été le surveillant des prix. C’était probablement là le poste où vous avez disposé du plus grand pouvoir, celui de faire changer un prix, de contrecarrer les lois économiques, d’aller dans le sens de l’économie sociale de marché. Maintenant ça change, il faut partager le pouvoir avec les membres d’un collège. Vous serez à la fois le 7e et le 8e conseiller fédéral puisque, tout le monde le sait, les juristes éminents se contentent d’avoir chacun une opinion différente tandis que les économistes distingués se plaisent à présenter au moins deux théories.
Vous avez dit à la télévision que vous étiez prêt à prendre les sept départements. C’était très généreux et pas du tout modeste de votre part car on ne vous en demandait pas autant. Il vous suffira d’en diriger un. Nous nous félicitons pour vous que ce soit le Département des Affaires étrangères. Nous sommes sûrs que vous accomplirez cette tâche brillamment.
Bravo pour votre belle élection, bon courage et bonne chance. Vous avez toutes les cartes en main pour être un magistrat de premier plan. Le Parlement fédéral se réjouit de coopérer avec le 104e conseiller fédéral qu’il a désigné pour siéger au Gouvernement rajeuni de la Suisse.
Vive Fribourg ! Vive la Suisse !