Monsieur le Président du Conseil national,
Monsieur le Président de la Confédération,
Madame la Présidente du Conseil d’Etat,
Monsieur le Syndic,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Je viens apporter ici tout à la fois la voix du Conseil des Etats et celle de la Suisse romande. La deuxième minorité entend saluer la troisième et se déclarer proche d’elle par le cœur et par l’esprit.
Si la session de Genève est née autour d’une bouteille partagée à la terrasse du café fédéral entre parlementaires alémaniques repentants après le vote du 6 décembre 1992, l’idée de la session de Lugano est jaillie au cours d’un repas entre ma concitoyenne Martine Brunschwig Graf et le conseiller aux Etats Dick Marty.
A juste titre, notre collègue a relevé qu’un pays avait besoin de moments symboliques tels que celui que s’apprête à connaître Lugano et la Suisse italienne. La session de Genève fut un de ces moments-là. Le rôle international de Genève, capitale de la paix, a été découvert avec enthousiasme par les membres du Parlement d’alors. D’aucuns se sont aussi étonnés de la vocation agricole et viticole de mon canton qui ne se résume pas à Cointrin plus Cornavin. Depuis lors, trois-quarts du Parlement ont été renouvelés et n’ont entendu que par ouï-dire ce qui s’est passé à Genève mais comme leurs devanciers, je suis sûre que cette session en Suisse italienne laissera aux députés d’aujourd’hui un souvenir inoubliable.
Jamais depuis si longtemps, l’on avait autant entendu parler du Tessin et de la Suisse italienne. Journaux, émissions de radio, programmes TV rivalisent pour nous présenter ce canton non dans une approche traditionnelle, mais en évoquant ces problèmes qui sont mal perçus par les autres Confédérés, qu’il s’agisse des transversales alpines, du tunnel routier du Gothard, de la libre-circulation des personnes, des régies fédérales qui abandonnent ce canton. Sans ce déplacement au Tessin, nous ne penserions même pas à évoquer ces questions. On a glosé sur le coût de ce rendez-vous. Mesdames et Messieurs, Lugano n’est pas une dépense, c’est un investissement. Cette session a vocation d’être une tueuse de clichés et d’idées reçues et de nous faire découvrir ce pays qui est une composante essentielle de notre Confédération.
Face au Tessin, la grande et noble Lombardie semble avoir prêté son nom à Filipo, l’autre conseiller aux Etats tessinois. Mesure t-on vraiment l’importance de cette grande région d’Europe dont la population dépasse celle de notre pays tout entier ? Entre la Suisse d’outre-Gothard et la dynamique Lombardie, il y a le Tessin qui occupe une position charnière. Neuf millions de Lombards sont face à 300 000 Tessinois, ces Suisses à 120 % comme l’a déclaré plaisamment Dick Marty. Le devoir des Confédérés est de permettre au Tessin de jouer pleinement ce rôle de charnière et de lui en donner les moyens. Lorsque notre téléviseur nous montre les prévisions du temps, la carte de la Suisse ne se prolonge pas jusqu’à Innsbruck, à Stuttgart, à Lyon ou à Milan. Nous avons ainsi de notre pays une image incomplète, celle d’une sorte d’île en dehors du temps. A juste titre, notre ancien collègue Remigio Ratti écrivait il y a quelques années « La Suisse devient de plus en plus transfrontalière et à géométrie variable. Le rôle du Tessin est de donner une contribution au renouvellement de la Suisse au XXIe siècle ».
Pour celle qui vous parle, le renforcement de la cohésion nationale est une priorité essentielle. Nous devons reconnaître la vertu et l’importance du débat politique dans notre système de démocratie directe, nous devons repenser, redéfinir de manière constante notre réalité helvétique. Nous devons construire l’avenir de notre pays jour après jour, dans un esprit de tolérance à l’égard de nos citoyens, dans un esprit d’ouverture vis-à-vis de nos voisins. La Suisse ne peut être vraiment associée à l’Europe en formation que si elle sait se renforcer d’abord elle-même. On regrette parfois la domination de l’allemand et du français. Le meilleur moyen d’affirmer la présence de l’italien est de le parler. Je vous invite à y penser, chers collègues de la Suisse italienne. Nous sommes plus nombreux que vous ne le pensez à vous comprendre et à vous apprécier lorsque vous vous exprimez dans votre langue maternelle. Quoi de plus déprimant que ces discours qui commencent éloquemment par deux phrases en italien et qui bifurquent immanquablement sur l’allemand ou le français.
Le printemps de Lugano est une occasion unique de retrouvailles entre Suisses des quatre langues. Ce grand moment de la vie confédérale est arrivé ! Remercions celles et ceux qui l’ont préparé, au premier rang les autorités cantonales et communales et sachons toutes et tous en profiter largement.
Que la session du Lugano soit fructueuse pour le pays tout entier et pour le Tessin, canton si cher à nos cœurs !