Il eût été inconcevable que la première autorité du pays, l'Assemblée fédérale, ne fût pas représentée en ce jour historique qui marque l'adhésion de la Suisse à l'Organisation des Nations Unies. C'est la raison pour laquelle je conduis une délégation parlementaire certes petite en nombre - du fait de notre souci commun d'une bonne gestion des deniers publics - mais représentative de nos quatre grands partis.

Je me réjouis donc de prendre place tout à l'heure au banc de la Suisse, à la place qui lui revient naturellement au milieu des nations du monde, dans l'enceinte de l'Assemblée générale et ce au triple titre de Genevoise, de parlementaire et de femme.

Comme Genevoise, je ne peux que rappeler que Genève, qui abrita la Société des Nations, est l'un des sièges des Nations Unies et la capitale de la paix. L'esprit de Genève a certainement atteint son apogée lorsque Briand déclara au moment de l'admission de l'Allemagne à la SDN, il y a exactement 76 ans, le 10 septembre 1926 : " Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons. Place à la conciliation, à l'arbitrage et à la paix ". Même si ce propos devait être cruellement démenti par le second conflit mondial, il exprime la pensée de toutes celles et ceux qui donnent la priorité au droit international plutôt qu'à l'usage unilatéral de la force.

Ma ville est celle d'Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, et celle des Conventions de Genève sur le droit humanitaire international dont la Suisse est l'Etat dépositaire et j'accepte, avec reconnaissance et fierté, ce double héritage et les responsabilités qu'il nous confère.

Comme parlementaire, je me plais à relever que le Parlement fédéral a très largement soutenu l'adhésion aux Nations Unies.

En 1977 déjà, la commission des affaires étrangères du Conseil national demandait l'adhésion de la Suisse dans les meilleurs délais possibles…délais qui n'ont malheureusement pas pu être réduits à moins de 25 ans !

Il a, en effet, fallu d'abord essuyer un lourd échec en votation populaire en 1986 avant de connaître, en 2002, un succès certes étroit mais qui traduisait une évolution sensible des esprits puisqu'en 16 ans on est passé de 24 à 56 % de oui.

Ceux qui m'entourent sont des exemples vivants de cette évolution. En 1986, les socialistes et les PDC, n'est-ce pas, Monsieur le Président du Conseil des Etats, étaient déjà sensibles à la nécessité d'adhérer à la grande organisation universelle. Mais l'actuel Président de la Confédération ainsi que mes collègues Claude Frey, Maximilian Reimann et Karl Tschuppert jugeaient l'adhésion incompatible avec la neutralité. On était en pleine guerre froide dans un monde bipolaire. Cette année, leur engagement dans la campagne pour le oui a été déterminant afin d'obtenir la majorité des cantons.

Je suis particulièrement fière de constater que ce résultat a été obtenu dans le plein exercice de la démocratie et des droits populaires. En effet, c'est suite au dépôt d'une initiative populaire que le sujet de l'adhésion a été remis sur le tapis et c'est par une votation populaire que cette adhésion est devenue effective. M. Remo Gysin, conseiller national ici présent, est de ceux qui ont lancé l'initiative populaire après avoir fait aboutir une motion au Parlement.

La question du rôle que le Parlement aura à jouer maintenant est posée par de nombreuses interventions déposées par mes collègues. Les prochains mois détermineront de quelle façon le parlement et particulièrement les deux commissions de politique étrangère, représentées ici par leurs présidents, pourront faire valoir leur influence dans le respect des compétences de chacun mais aussi dans l'esprit de la loi qui consacre la participation du Parlement dans le domaine de la politique extérieure .

Comme femme enfin, je constate que l'action de la Suisse en faveur de la paix, de la protection de l'enfance, des droits de la personne humaine, dans la lutte contre la pauvreté et pour la protection de l'environnement trouvera dans les travaux de l'Assemblée générale un nouveau champ d'action au bénéfice de la communauté humaine. Comme le disait Kofi Annan en recevant le prix Nobel de la paix, répondre aux besoins des êtres humains dans la détresse, voilà la mission de l'Organisation des Nations Unies au cours du siècle qui commence.

Mesdames et Messieurs,

située au carrefour des tempêtes et des propagandes, bien éloignées de la sagesse cartésienne, l'ONU, angélique pour certains, démoniaque pour d'autres, ne mérite ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. Elle est, comme nous toutes et tous placée entre le ciel et l'enfer. Comme nous et avec nous, elle fera tout le possible pour garder aussi bien les pieds sur terre que suffisamment de terre sous nos pieds.