Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame la Présidente du Grand Conseil lucernois,
Monsieur le Président du Grand Conseil nidwaldien,
Chers collègues européens,
Chers collègues suisses donc européens,
Mesdames et Messieurs,
Soyez très cordialement les bienvenus au Bürgenstock, belvédère incomparable des Alpes suisses, connu loin à la ronde.
Audrey Hepburn s'est mariée ici et Sophia Loren a vécu des jours heureux dans ce lieu enchanteur. C'est dire l'attrait irrésistible de cet endroit où nombre de manifestations de toute nature se sont déroulées. Parmi les exemples récents, je cite une conférence qui a abouti, au début de cette année, à un cessez-le-feu entre le gouvernement du Soudan et un mouvement de libération.
Nous sommes ici au cœur de la Suisse, dans l'un des trois cantons fondateurs de la Confédération. Sans vouloir heurter le président de l'Assemblée parlementaire, je dois lui dire que l'alliance de 1291 était dirigée contre l'Empire des Habsbourg qui entendait modestement dominer notre pays. Aujourd'hui, les Autrichiens président aux destinées de l'Europe tout entière avec Peter Schieder à la tête de l'Assemblée parlementaire et Walter Schwimmer comme secrétaire général !
Ce lac magnifique, que les Allemands appellent " lac des quatre cantons forestiers " et les Anglais " lac de Lucerne ", est réellement le berceau de la Suisse. Et lorsqu'il s'est agi de trouver un thème pour orner la salle de notre Parlement national, c'est tout naturellement la scène de la prairie du Grütli, au bord du lac des Quatre Cantons, qui fut choisie.
C'est à Zurich que Winston Churchill lança son fameux appel du 19 septembre 1946 à la constitution d'un Conseil de l'Europe. Mais la Suisse n'a pas toujours occupé la place qui aurait pu lui revenir au sein de cette institution. Mon pays a pris son temps avant de se décider à adhérer. Ainsi, notre gouvernement fédéral relevait, en 1957, que " l'ambition du Conseil de l'Europe de devenir un lieu où s'élaborerait une politique extérieure commune pourrait comporter certains inconvénients pour notre politique de neutralité, en obligeant nos délégués à prendre position dans des débats relatifs à des questions controversées. ". Fort heureusement les esprits ont évolué, et l'action décidée des parlementaires a conduit notre pays à devenir, lui aussi, membre du Conseil de l'Europe.
Il y aura bientôt 40 ans - c'était le 5 mai 1963 -, les couleurs fédérales furent hissées devant le Palais de l'Europe à Strasbourg : la Suisse entrait dans la famille des nations démocratiques d'Europe. Je me permets de citer les mots du ministre des affaires étrangères d'alors, Fritz-Traugott Wahlen : " Wir begrüssen im Europarat den edlen Versuch, als einigendes Band in der Familie der europäischen Völker den Geist zu setzen und die Macht dem Recht zu unterwerfen ".
Notre parlement a, depuis lors, toujours su que le Conseil de l'Europe avait une éminente mission à accomplir et a souvent délégué les meilleurs d'entre nous pour siéger à Strasbourg. La Suisse est fière d'apporter sa contribution à l'Assemblée parlementaire qui est devenue la conscience démocratique de l'Europe.
Voici quinze jours, nous avons, Mme Maury Pasquier et moi, eu le privilège de participer à la Conférence des Présidents des parlements européens à Zagreb, coprésidée par notre ami Peter Schieder. Nous en sommes revenus enchantés, mais aussi convaincus que les valeurs européennes - comme l'abolition de la peine de mort - doivent avoir une portée universelle. La paix, le progrès et la prospérité, vous en conviendrez, ne sauraient être réservés aux seuls 800 millions d'Européennes et d'Européens.
" La fin de la division de l'Europe nous offre une chance historique d'affermir la paix et la stabilité de notre continent ", affirmait la Déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Vienne en 1993. En doublant le nombre de ses membres, le Conseil de l'Europe est devenue l'institution politique européenne par excellence qui accueillit sur un pied d'égalité et dans des structures permanentes les démocraties d'Europe libérées de l'oppression totalitaire.
Je lève mon verre à la santé de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, et vous souhaite, à chacune et à chacun, de vivre une conférence fructueuse à Lucerne.