A mon tour de me réjouir de notre adhésion aux Nations Unies. La Chambre haute que je préside a largement plébiscité l'adhésion aux Nations Unies - il n'y avait que deux opposants - alors que la majorité des cantons fut particulièrement étroite, soit 12 cantons contre 11 lors de la votation du 3 mars dernier. Ce résultat est quelque peu paradoxal. Mais il démontre que mes collègues sénateurs n'ont pas craint de s'engager dans une cause qui n'était pas nécessairement populaire dans leur canton.
Nous entrons dans une organisation qui a une longue histoire faite de succès et d'échecs et nous ne pouvons avoir la prétention de la réformer ou d'en améliorer le fonctionnement seuls et à bref délai. Nous adhérons à une Charte dont les termes nous sont connus et qui sont le fruit d'un équilibre entre l'idéal et la Realpolitik. L'ONU atteint avec notre adhésion et celle du Timor oriental la dimension de l'universalité. En 57 ans, on est passé de 51 à 191 Etats-membres, essentiellement du fait de la décolonisation. Son champ d'action conduit l'ONU à s'occuper de tous les problèmes de la planète et notre absence était devenue inconcevable et préjudiciable pour la défense de nos intérêts nationaux.
Le Parlement fédéral ne peut qu'approuver les priorités de la Suisse dans son action au sein de l'ONU telles que le Conseil fédéral les a définies :
• Maintien et promotion de la sécurité et de la paix
• Engament en faveur des droits de l'homme, de la démocratie et des principes de l'Etat de droit
• Accroissement de la prospérité commune et promotion de la cohésion sociale
• Préservation du milieu naturel.
• Consolidation du siège genevois de l'ONU.
Il ne faut pas se dissimuler qu'encore en 2002, l'adhésion à l'ONU s'est heurtée à une trois forte résistance puisque 9 citoyens sur 20 ont voté non. A notre diplomatie, à notre gouvernement mais aussi à notre Parlement de montrer que l'adhésion est une régularisation de nos rapports avec la seule organisation universelle. Dans la lettre de candidature de la Suisse, le Conseil fédéral a réaffirmé notre neutralité ce qui signifie la non-adhésion à une alliance militaire et aussi un état d'esprit fait de disponibilité à offrir nos bons offices et d'impartialité propre à aider les autres à prévenir et à résoudre leurs conflits. Je pense à l'accord récent conclu au Bürgenstock où nous avons pu jouer un rôle positif dams le conflit du Soudan.
Nous devrons continuer à informer, à dire ce que nous faisons ici au sein de l'ONU, à expliquer nos positions afin de convaincre tous nos concitoyens de la justesse de la décision prise en mars dernier.
L'ONU est confrontée à de grands défis qu'un avocat genevois , spécialiste du droit international, résumait ainsi dans un ouvrage récent :
• Le défi d'une plus grande démocratie et d'une plus grande justice
• Le défi du terrorisme international (nous pensons tous au 11 septembre mais à d'autres manifestations du terrorisme)
• Le défi de la convergence du social et de l'économique
• Le défi de la rencontre avec la société civile internationale
• Le défi de la prévention des conflits.
La contribution de la Suisse peut être considérable pour relever ces défis. Nous apportons nos valeurs qui peuvent s'illustrer dans le cadre du Palais de verre, la démocratie directe, le fédéralisme, la neutralité. Nous adhérons à une organisation dont les membres ont démontré l'existence de différentes approches aux problèmes de notre temps. Il n'y a donc pas de vérité unique mais la recherche inlassable d'un dénominateur commun que nous espérons le plus grand possible.
Nous sommes aux Etats-Unis d'Amérique, dans le pays du président Wilson qui avait été l'inspirateur de la Société des Nations et du président Roosevelt qui a posé avec Churchill en 1941 les bases des Nations Unies dans la Charte de l'Atlantique. Je rends hommage aux hommes d'Etat visionnaires qui ont placé leur espoir dans une institution qui est devenue ouverte à tous, qui tient compte des intérêts de tous et qui n'est pas issue de la domination d'un groupe sur les autres.
Dans cette Assemblée générale dans laquelle nous nous apprêtons à prendre notre place, chaque Etat a les mêmes droits ce qui compense une inégalité de fait ou de nature. Aux Nations Unies comme dans les auberges espagnoles, les Etats ne peuvent prétendre trouver grand-chose de meilleur que ce qu'ils y apportent eux-mêmes de bon et qui est fait de leur avancement social, de leur maturité politique, de leur esprit de coopération et de leur bonne foi. C'est dans cet esprit que notre Confédération suisse s'apprête à prendre sa place dès aujourd'hui dans le concert des Nations.