Mes chers collègues,

Notre conseil reprend ses travaux au moment où la situation internationale s’aggrave avec une menace de guerre en Irak.

Le régime irakien constitue, à n’en pas douter, un risque pour la sécurité régionale et pour le monde. Il détient des armes de destruction massive ainsi que des armes chimiques et bactériologiques dangereuses. Le régime au pouvoir depuis 25 ans est l’une des plus sinistres dictatures existant dans le monde. Il est répressif et les droits de l’homme sont violés à une large échelle. Aucune opposition n’est tolérée. La situation de la femme irakienne est déplorable. Les Kurdes sont opprimés.

L’Irak doit être contraint de désarmer par des voies pacifiques. La guerre ne devrait être engagée qu’ultimo ratio lorsque toutes les autres voies ont été explorées. Le temps accordé aux inspecteurs doit être suffisant pour leur permettre d’accomplir leur mission, n’en déplaise à ceux qui sont si pressés d’en découdre par les armes.

Il y a un an, jour pour jour, notre pays décidait en votation populaire d’adhérer à l’Organisation des Nations Unies dont le but est de préserver les générations futures du fléau de la guerre. Comme nouveau membre, nous estimons que les mesures contre l’Irak doivent être déterminées dans le cadre des Nations Unies et sous l’autorité du Conseil de sécurité. La primauté du droit international est l’une des grandes conquêtes du 20e siècle. Il interdit l’attaque préventive. Le droit international est le meilleur garant pour le succès des efforts de paix dans une époque où un seul Etat a le monopole de la toute puissance.

De la nature de l’éventuelle intervention en Irak dépend l’attitude de la Suisse. Si l’action est unilatérale, notre pays doit s’en tenir à une stricte neutralité. Si elle est placée sous l’autorité des Nations Unies, la coopération de notre pays aux décisions de cette organisation est acquise. Dans tous les cas, la Suisse, gardienne des Conventions de Genève, doit œuvrer pour leur respect et la protection de la personne humaine.

Voici une cinquantaine d’années, le président des Etats-Unis d’Amérique déclarait : «  le meilleur moyen de gagner la guerre est de la prévenir ». Il était général et membre du parti républicain. Il avait des racines suisses et s’appelait Eisenhower. Son secrétaire d’Etat pouvait affirmer devant l’Assemblée générale en parlant du conflit de Suez : « Le recours à la force, l’attaque armée brutale par trois de nos membres sur un quatrième ne saurait être autre chose qu’une grave erreur incompatible avec les principes et buts de la Charte des Nations Unies » . 1

Cette fois-là, c’était le nouveau Monde qui mettait la vieille Europe en garde contre une aventure dont nul ne pouvait prévoir l’effet déstabilisateur sur une région où, depuis lors, le conflit israélo-arabe n’a fait que s’aggraver. Ce qui était vrai en 1956 l’est encore aujourd’hui. Puissent les efforts des Etats, qui en ces heures décisives, veulent croire à une solution pacifique, prévaloir sur les intentions des puissances qui ne veulent donner aucune chance à la paix.


Les batailles, mes chers collègues, il vaut mieux les livrer sur l’eau en tirant des bords. C’est ce qu’a fait Alinghi en remportant la plus prestigieuse compétition de voile du monde, hier à Auckland.

Belle revanche pacifiste : la coupe de l’America revient 152 ans après sa création dans la vieille Europe. C’est à notre pays qu’on le doit, en particulier à un patron italo-suisse qui sait que pour gagner il faut choisir les meilleurs équipiers du monde.

Cette victoire est donc celle de la mondialisation intelligente, de l’homme maîtrisant la technique et s’adaptant à la nature. Cette image d’une Suisse ouverte qui avec ses partenaires internationaux, ses Hautes Ecoles, ses patrons, ses artisans, ses sponsors, ses marins, enfin, est le symbole de notre réussite.

Combien de succès de pionniers, de Nestlé, d’Hayek, de Piccard, de Bertarelli, pour quelques échecs récents.

La politique, l’économie, les partenaires sociaux doivent maintenant  transformer ce défi suisse en un formidable mouvement de confiance dans nos capacités et dans nos atouts. Un mouvement qui doit entraîner tout le corps social dans un travail d’équipe.


1.  Speech delivered  by Mr. John Foster Dulles, secretary of State (United States of America) … “ the violent armed attack by three Members of the United Nations upon a forth cannot be treated as anything but a grave error inconsistent with the principles and purposes of the Charter ” (General Assembly, 1st November 1956, 5  to 7.40 p.m. Eastern time).