Monsieur le Ministre, Messieurs les Présidents des groupes d’amitié de l’Assemblée nationale et du Sénat, Mes chers collègues, Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,
Je me réjouis de cette nouvelle occasion de vous rencontrer ici dans cet hôtel de la place de la Concorde et en face de votre maison, le Palais-Bourbon.
Je viens d’avoir le grand privilège de m’entretenir avec M. Jean-Louis Debré, votre président, qui dirige les travaux de l’Assemblée nationale avec fermeté, mais en respectant les droits de l’opposition. J’ai senti combien il était désireux d’affirmer l’indépendance de l’institution parlementaire. Faisant état de son expérience personnelle d’ancien magistrat, il a eu des propos élogieux sur la coopération de la Suisse dans la lutte contre les délits financiers et a relevé notre apport à la francophonie.
Avoir en face de soi pendant près d’une heure le fils de Michel Debré ne peut que conduire à évoquer la figure historique du premier chef de gouvernement de la Ve République dont le rôle fut si éminent au moment de la mise en place de la Constitution d’une France moderne et bénéficiant d’une stabilité politique lui permettant de jouer un rôle capital en Europe et dans le monde.
L’entrevue avec le président de la commission des affaires étrangères, M. Balladur a permis d’évoquer les questions de nos relations avec l’Europe et nous avons pu lui dire que la Suisse, si elle n’était pas membre de l’UE, avait néanmoins une politique européenne caractérisée par des accords bilatéraux, la construction de tunnels alpins, les stabilisation dans les Balkans, l’aide à l’Europe centrale et orientale. Ce fut aussi l’occasion de remercier la France, qui par son ministre des affaires étrangères, a parrainé éloquemment la candidature de la Suisse aux Nations Unies l’an dernier.
Je remercie le président Jacques Barrot de prendre part à ce déjeuner en ce début de session parlementaire, lui qui a la lourde mission de diriger le groupe parlementaire le plus important en nombre de l’histoire parlementaire de la République française. Sa présence nous honore et je le prie de transmettre nos compliments à son épouse, une Suissesse ayant vécu à Lausanne.
Nous venons vendredi passé - de clore notre dernière session avec la fin de notre 46e législature. Les travaux parlementaires sont de plus en plus surchargés et malgré nos efforts, les débats ne se déroulent plus de manière satisfaisante. On cherche à tirer tout le parti possible du règlement et pas toujours dans l’intérêt général. La machine parlementaire est menacée de blocage. L’institution parlementaire que nous voulons servir a besoin d’une rénovation. Voici un sujet d’intérêt commun que la nécessaire réforme du Parlement.
Le voyage d’une délégation de l’AN, conduite par Jean Ueberschlag, à fin mai dernier a permis une utile reprise de contact après quinze ans d’interruption de ce type de rencontres. Je dois vous dire tout le plaisir et l’intérêt que j’ai trouvé dans ces échanges entre les parlementaires de nos deux pays. Les députés français qui ont visité le chantier des transversales alpines ont pu se rendre compte de l’effort qui est le nôtre pour faire passer le trafic de la route vers le rail.
Je vous informe que vendredi dernier, les deux chambres de notre Assemblée fédérale suisse ont accepté l’acte législatif permettant de créer des délégations permanentes officielles chargées des relations avec les parlements d’un nombre limité d’Etats. Les critères retenus sont ceux de la proximité géographique, des intérêts communs, des points communs aux niveaux politique, économique, historique ou culturel ainsi que le rayonnement des pays partenaires. Vous en conviendrez, ces critères caractérisent exactement les rapports avec les groupes d’amitié de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Récemment a paru dans Le Temps (3 octobre) un article sur les conséquences de l’entrée en vigueur des accords bilatéraux que vous aviez bien voulu ratifier. Trois tendances marquées se dessinent après environ un an d’application de ces accords. D’une part, le nombre de travailleurs frontaliers augmente dans les cantons de Vaud et de Genève. Depuis 1997, on est passé de 35 000 à 50 000 en juin de cette année. D’autre part, la population de l’agglomération genevoise s’est accrue de 6000 personnes. Enfin, on constate l’installation d’une population suisse en Haute-Savoie et dans le département de l’Ain.
Je reconnais que les disparités salariales entre revenus suisses et français provoquent des tensions avec un exode de la main d’œuvre qualifiée vers la Suisse. Malgré les difficultés, le préfet de la Haute-Savoie et le Conseil d’Etat de Genève constataient que nombre de projets de coopération frontalière étaient en cours pour, ont-ils dit, « l’avenir de ce grand bassin de vie ».
La commémoration du bicentenaire de l’Acte de Médiation a été pour moi le moment le plus fort de ma présidence. Je l’ai souligné à l’intention de mes collègues dans mon discours de clôture de la législature. Il m’est agréable de constater que ce voyage à Paris est le prétexte d’une nouvelle rencontre qui doit servir le renforcement de nos relations parlementaires et de cultiver l’amitié entre nos deux pays.
Au travers des alternances politiques, il m’est agréable de constater que la coopération entre nos pays et nos Parlements ne se dément pas. Qu’ils soient UMP, UDF ou socialistes, les députés français ont le souci de maintenir d’excellentes relations avec leur petit voisin d’Outre-Jura. La France - avait dit de Gaulle le 15 décembre 1965 - c’est tous les Français. Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite la France ! Naturellement, il y a deux courants observait-il. L’éternel courant du mouvement qui va aux réformes et il y a le courant de l’ordre de la tradition qui est aussi nécessaire.
Alors à ces deux courants réunis à l’occasion de ma visite à Paris, et dont un centriste comme moi essaye de faire la synthèse dans son pays, je dis merci d’être venus ce midi à l’invitation de l’Ambassadeur de Suisse pour cultiver l’amitié et construire une Europe plus forte et plus solidaire dont un monde qui ne pourrait que perdre à n’être qu’unipolaire.
Vive l’amitié franco-suisse !