Le nouveau visage de la Place fédérale, reflet de l’activité du Parlement


Monsieur le Président de la Confédération,
Monsieur le Président du Conseil des États
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers Concitoyens,

Il y a deux ans, nous célébrions ici même le centenaire de l’inauguration du Palais du Parlement : nous nous félicitions alors de ce que le Palais n’avait pratiquement pas changé depuis 1902. Aujourd’hui, réunis pour inaugurer le nouvel aménagement de la Place fédérale, ce sont précisément les changements apportés aux abords du Palais qui nous remplissent de fierté. En effet, la sobriété et la simplicité qui caractérisent la nouvelle place en font désormais un parvis digne de l’institution parlementaire.

Il existe toutefois un changement que je regrette, même s’il ne date pas d’aujourd’hui : il s’agit du nom donné à la place. Entre 1902 et 1909, la Place fédérale s’est en effet appelée « Place du Parlement » : est-ce à dire que le Parlement a ensuite trop perdu en importance pour mériter encore de donner son nom à une place aussi belle ? Je me pose la question, sans y répondre.

Cela dit, la Place fédérale est indissociable du Palais du Parlement, et je suis heureux de constater que le nouvel aménagement tient compte de cette réalité à plusieurs égards :

Tout d’abord, au niveau du matériau utilisé : le Palais du Parlement a été construit avec des pierres provenant de 13 cantons différents. Avec le parterre de roches de la place, c’est aujourd’hui un 14e canton – celui des Grisons – qui est représenté. Construire un monument unique à partir de divers matériaux provenant de diverses régions représente pour moi un exemple symbolique du fédéralisme et de la force qu’il possède encore aujourd’hui.

Autre parallèle : à l’instar des quatre lansquenets qui se trouvent au pied de la statue des Confédérés, le parterre de la place est constitué de groupes de quatre dalles symbolisant elles aussi les quatre régions linguistiques.

Enfin, l’intérieur du Palais du Parlement porte l’inscription de trois sentences illustrant le rôle et la raison d’être de l’État fédéral : « unus pro omnibus, omnes pro uno », « Salus Publica Suprema Lex Esto » et « In Legibus Salus Civitatis Posita Est ». L’architecte Hans Wilhelm Auer a souhaité ainsi rappeler aux députés qui gravissent les marches de l’escalier qu’ils œuvrent pour le bien du peuple et que ce bien dépend des lois qu’il leur revient de voter.

De même que le Palais, la nouvelle Place fédérale nous livre trois principes valables pour l’activité parlementaire. S’il ne s’agit pas de préceptes gravés dans la pierre, ces principes n’en sont pas moins importants et, espérons-le, appelés à perdurer :

Le premier d’entre eux est illustré par le dépouillement du nouvel aménagement qui permet désormais d’embrasser d’un coup d’œil tous les monuments entourant la Place fédérale. Ne peut-on voir dans cet horizon dégagé comme une analogie avec l’activité parlementaire, où la clairvoyance s’impose ? Sans même parler du vieil historien et du jeune chroniqueur situés à gauche et à droite de l’entrée principale du Palais du Parlement, qui rappellent aux députés que leur action s’inscrit dans le cours de l’Histoire et qu’elle sera jugée tant par les contemporains que par les générations à venir : si les véhicules longtemps garés sur la place ont souvent obstrué la vue de l’historien, ils ne l’ont pas empêché d’assister à la visite de deux empereurs – Guillaume II en septembre 1912, Hailé Sélassié en décembre 1954 – ni d’être le témoin du 10e anniversaire du Parti des Paysans, Artisans et Indépendants fêté par quelque 30 000 paysans en 1928. Ils ne l’ont pas empêché non plus d’assister à l’hommage au Général Guisan en 1945 et à la manifestation pour l’Année de la femme en 1975, ou d’avoir vent de la requête déposée par le Conseil fédéral auprès des autorités bernoises en 1930 pour l’interdiction du stationnement des véhicules sur la Place fédérale. 74 ans plus tard, cette requête a enfin abouti et permet au chroniqueur d’avoir désormais une vue imprenable sur la Banque nationale ou d’être informé des réunions secrètes qui se tiennent au Café fédéral.

Le deuxième principe réside dans la structure de la place, faite de simplicité et de clarté – là encore, on peut y voir deux maîtres mots qui caractérisent idéalement l’activité parlementaire.

Enfin, les jets d’eau symbolisent la vitalité, le dynamisme qui règne au sein du Palais du Parlement. L’activité parlementaire connaît elle aussi des bouillonnements et des déferlements, - parfois des éclaboussures, voire des fuites. Mais, à l’image de l’eau qui coule toujours dans le même sens, il appartient au Parlement, avec ceux qui l’ont élu, d’orienter l’évolution du pays vers une seule et même direction, celle de l’avenir.

Ces trois principes – clairvoyance, simplicité, direction – ne doivent pas seulement guider le travail parlementaire, mais doivent aussi servir de base à une collaboration fructueuse entre les communes, les cantons et la Confédération. C’est dans cet esprit que je tiens à remercier chaleureusement tous ceux qui ont apporté leur contribution à la réalisation de ce projet, et que je souhaite à la nouvelle Place fédérale un bel avenir fait de rencontres et de débats.